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Le Chasseur {Epilogue}

Publié le par danouch

« Ce matin, non loin de Lille, c’est une découverte stupéfiante qui frappe ce village. La police a arrêté chez lui, Gérard Walberg, ancien inspecteur de police et père de la défunte Rose Delaine tué il y a presque quatre mois à Paris. Accusé d’avoir monté et dirigé une organisations de trafique d’organe…»

Il zappe.

« C’est hier dans la journée, qu’un escadron militaire a encerclé un petit quartier à quelques kilomètres de Marseille. Une véritable scène digne des plus grands film d’action américains, pas moins d’une vingtaine de soldat issu des forces spéciales pour maîtriser ce qui serait une cellule de criminels internationale… »

Il zappe.

« Le colonel Calvin Delaine était sur place, il a lieu de ce demander si cette descente spectaculaire aurait un lien avec le meurtre de Rose Delaine, sa femme. Rappelez vous, il y a quatre mois, son corps a été retrouvé dans une ruelle de Paris, près de l’Opéra... »

Il zappe.

« L’arrestation de Gérard Walberg, la descente près de Marseille. Tout porte à croire que le père de Rose Delaine serait à l’origine du meurtre de sa fille… »

Il éteint l’écran de télévision. Personne ne parle de lui. Personne ne parle du Marchand de Sable. Encore une fois, l’armée à filtrer les informations et laisse bien entendre ce qu’elle veut qu’on entende.

- Monsieur Milak, votre petit déjeuner.

Une infirmière rentre dans la chambre et pose un plateau sur la table roulante. Sevan se redresse tant bien que mal sur son lit. Le bras plâtré du haut de l’épaule jusqu’à la pointe des doigts. Des points de sutures sur le visage fermant la plaie ouverte par les différents tires dans sa direction.

Il ne se souvient pas avoir été emmené à l’hôpital. Pas même un rayon de lumière. Alors que Jack avait tiré la dernière balle en plein crâne du Marchand, il s’est évanouie sous la puissance de la douleur. Le Marchand lui avait brisé le bras et tous les doigts de sa main droite. C’est à se demander comment il a pu rester éveillé aussi longtemps, l’adrénaline, la peur, l’effroi a dû jouer mais lorsqu’il a vu le corps de son bourreau tomber au sol, avec une lenteur irréelle, la tension l’a accompagné dans la chute. Un poids a disparu. Son corps n’a pas tenu plus longtemps.

Il s’est réveillé il y a quelques heures, dans son lit d’hôpital. Dans une chambre vide. Ses yeux ont parcouru la pièce avec une certaine inconscience, la réalité avait dû mal à se mettre en place. Puis une chose l’a frappé. Le silence. Pas de cri, pas de coup de feu. Un sentiment à exploser dans sa poitrine. Le soulagement. Le retour à la normale.

L’émotion était forte, quasi-nouvelle. Depuis combien de temps n’a-t-il plus senti cette insouciance ? Depuis combien de temps ne s’est il pas réveillé avec la peur quotidienne, omniprésente, lui tenaillant la gorge ?

Sa tête a basculé en arrière et presque symboliquement, il a prit une grande inspiration et a expiré par la bouche laissant les derniers résidus de cette histoire, s’évanouir dans le temps.

C’était finit.

Il aurait crié de joie s’il avait pu, il aurait sauté sur place, dansé, chanté, pleuré ! Il était mort ! Le Marchand était mort ! Et lui était là, bien vivant.

- Vous désirez autre chose ? Lui demande l’infirmière le sortant de ses rêves.

- Non ça ira, merci.

Certes il a des séquelles, il en fera encore des cauchemars, il ne cessera jamais de regretter la mort de tous ces hommes et femmes. Il ne cessera jamais de penser à Cédric sans se sentir coupable, sans sentir son cœur se serrer dans sa poitrine mais aussi égoïste que cela puisse paraître, il est heureux. Le calvaire a prit fin. La chasse est terminée. Il ne manque plus qu’une personne et tout sera enfin parfait.

La porte s’ouvre brusquement laissant entrer une tempête brune au regard pourpre.

- Ca y est. Ton père a été libéré ce matin. Lui dit Eden avec le sourire.

Sevan lui répond par le même sourire. Il observe le visage de l’être aimé avec tendresse, un strippe ferme la blessure qu’il avait à l’arcade, quelques égratignures sur le visage, des mouvements encore douloureux, lorsqu’il marche mais rien ne viendra gâcher ce magnifique sourire. Ce magnifique contentement sur son visage. Ce sourire rayonnant pour lequel Sevan est tombé.

- Ta mère n’a rien de grave. Elle est surement encore sous le choc. Elle a rejoint ton père, ils viendront surement te voir dans la journée.

Sevan ne dit rien, il se contente de sourire en regardant son amant. Ses yeux redescendent lentement sur son cou dont une belle veine ressort, un début de clavicule à découvert. Le reste se camouffle derrière un sous pull fin et blanc dont il peu deviner un torse finement musclé, qui soulève délicatement le tissu. Il redescend sur le jean sombre avant de remonter rapidement jusqu’à ces yeux. Eden est resté muet durant ses quelques minutes, il s’est laissé observer par Sevan, comme s’il s’agissait de la première fois qu’il le voyait.

- J’ai l’impression que ca fait des décennies que je ne t’ai plus vu aussi attirant.

- Je sais pas si c’est un compliment mais merci, répond Eden amusé.

- Et si tu montrais ce qu’il y a dessous…, murmure Sevan en passant sa langue sur ses lèvres.

Eden arque un sourire sensuel, il pousse la table roulante et grimpa sur le lit d’hôpital, en califourchon sur Sevan. Il retire sans attendre le sous pull, Sevan approche sa main valide et caresse sa peau avec tendresse. Des frissons parcours son corps tout entier, Eden sent déjà un souffle torride remonte le long de sa gorge.

- Tu devrais fermer la porte à clé, susurre Sevan.

- C’est déjà fait.

Ils partagent un regard complice. Sevan se redresse pour venir poser ses lèvres sur cette peau nacrée. Il dépose des baisers doux sur chaque bleus qu’il voit. Il remarque un hématome disproportionné sur tout le flan gauche, déjà partagé entre le jaune, le bleu, le violet et le rouge, il passe lentement ses doigts dessus ce qui fait grimacer de douleurs Eden. Sevan le regarde inquiet.

- Un souvenir du Marchand.

Une vérité assombrit le regard de l’aîné, l’excitation disparaît. Il fixe cette marque avec intensité, se remémorant toutes les fois où Eden a failli disparaître de sa vie. La tempête de neige, la venue du Chasseur au chalet, l’explosion de l’immeuble, dans l’école, la course poursuite avec le Marchand jusqu’à l’air d’autoroute, dans la maison de Michèle, dans la clinique. Toutes ces fois où il aurait pu ne jamais le revoir.

Comme si Eden avait lu dans ses pensées, il pose ses mains sur son visage et le remonte jusqu’à lui pour l’empêcher de regarder son bleu. Il plonge ses yeux dans le brun des siens, il parcours ses iris avec amour avant de laisser transparaître un sourire plein d’amour.

- On est vivant. Je suis vivant. Tu es vivant. Notre histoire commence maintenant.

Il scelle sa promesse par un baiser profond. Un baiser de réconciliation. Un premier baiser. Sevan abdique, sa main retombe sur son torse, emporté par la danse voluptueuse de leurs langues. Le cœur battant. Le cœur gonflé. L’excitation revient, moins sauvage, plus forte et douloureuse. Une larme solitaire roule sur sa tempe et meurt dans ses cheveux.

Eden se détache de lui et vient embrasser son cou, serrant son corps au sien. Ses mains descends sur épaules et détache cette robe insignifiante pour la jeter plus loin dans la pièce. Il incite Sevan à s’allonger, pour continuer ses baisers, ses caresses. Le torse de Sevan se gonfle sous le plaisir que lui procure la douce chaleur des baisers d’Eden. Il aime sentir ses mains grandes expertes parcourir son corps, sentir la langue chaude et suave venir lui lécher les mamelons. Son dos se cambre, ses yeux se ferment. Sa langue siffle entre ses lèvres. Les cheveux d’Eden chatouille son ventre alors qu’il continue de descendre. Ses mains suivent en caressant ses hanches, elles retirent le tissu et dévoilent la mesure de l’excitation de Sevan. Eden a arrêté ses baisers.

Une vague de frisson coupe le souffle de Sevan qui ouvre instantanément les yeux, Eden remonte sa langue paresseusement le long de la verge. Sevan serre le drap dans ses mains, il retient un râle profond tandis que tous ses muscles se contractent. Eden prend son sexe à pleine bouche et rompt sa volonté, Sevan n’arrive plus à retenir son cri. Son corps tout entier en semble soulager avant d’être harcelé par les mouvements de vas et viens de la langue fourbe d’Eden. Le plaisir est indéfinissable. La chaleur est étouffante. La bouche couvre sensuellement tout son sexe, l’étouffe dans un cocon de chaleur intense.

Brusquement quelqu’un vient frapper à la porte, on essaie d’entrer mais la porte est fermée. Sevan ouvre brusquement les yeux, la sueur sur le front. Ca n’arrête manifestement pas Eden.

- Monsieur Milak ? Tout va bien ?

Sevan est rouge de honte (ou d’excitation) tente de dire quelque chose.

- Ou-oui ! Il arrive à articuler.

- Pourquoi vous avez fermé à clés ?

Eden arrête sa fellation, il s’apprête à dire quelque chose Sevan se redresse et pose sa main sur sa bouche devinant aisément le genre de phrase qu’il pourrait sortir.

- Je me prépare ! Je suis pudique !

- Ah…Très bien. Je vous demanderai d’ouvrir la porte quand même Monsieur ! Pour des raisons de sécurité.

Sevan ne réponds pas. Eden retire doucement sa main de sa bouche et commence à lécher son index sous l’œil humide de Sevan qui n’arrive plus à remettre de l’ordre dans ses idées. Il est fasciné par la façon dans la langue rouge et humide d’Eden s’enroule autour de son doigts, la façon dont ses lèvres vives et pulpeuses embrasse sa peau avant de s’en détacher. Eden est satisfait, le voir aussi envoûté gonfle sa poitrine d’orgueil. Il tire Sevan par le bras et l’approche de lui, toujours assit en califourchon sur lui, il happe langoureusement sa bouche.

L’excitation est montée d’un cran. Eden se lève et retire son jean déjà déboutonné et son boxer. Il se repositionne sur Sevan mais cette fois, il se place entre ses jambes et remonte ses cuisses sur son bassin. Le regard embrumé de Sevan le fait sourire, il se baisse jusqu’à lui et vient mordre la peau de son cou, il entend son souffle, ses gémissements de plaisir. Il remonte sur sa bouche qu’il vient lécher de la pointe de la langue, sa main droite découvre son front de ses cheveux alors que la gauche remonte sur sa cuisse.

Il l’embrasse à nouveau alors qu’il introduit le premier doigt, Sevan mord sa langue. Le sang se mêle à la salive alors qu’il sent remuer en lui cette intrusion. Une deuxième intrusion le fait se cambrer, ses yeux se ferment, le plaisir le gagne enfin. Eden a de l’expérience, il a confiance.

Le baiser est interrompu. Eden le pénètre lentement. Il y va par étape, lentement, il se fait accepter. Avec une délicatesse rare, Sevan n’a même pas mal. Parfois un gémissement plein de douleur siffle entre ses dents mais ce n’est pas insupportable. Eden réussi à entrer totalement en lui, il s’arrête quelques instants pour l’habituer mais Sevan se fait pressant. Espiègle, Eden commence les premiers vas et viens, d’abord délicat, sans brutalité. Sevan y prend un plaisir évident, la sueur qui perle sur son front, les plis que prennent son visage sous le plaisir, la bouche mi-ouverte qui laisse échapper un souffle saccadé et brûlant.

Eden augmente la cadence. Les coups de reins deviennent plus fort, plus sauvage, Sevan se mord le poing pour ne pas crier. Eden se retient tant bien que mal alors que le bruit du claquement de la chair contre la chair emplit la pièce, emplit leurs esprits. Sevan laisse son esprit divaguer, la brume le couvre, il oublie la pièce, il oublie tout ce qui entrave son plaisir, il se laisse aller. La luxure les possède. La fièvre l’emporte.

Suant, à bout de souffle, Eden accélère d’avantage. Il se force à garder les yeux ouverts, regarder le visage envahi par l’extase de Sevan, ses muscles lui font mal, sa tête tourne, il jouit à l’unisson avec Sevan qui retient de toutes ses force son dernier cri. Eden en perd l’équilibre, il se retire et tombe en arrière, il se soutient par ses bras, la tête en arrière. Le torse soulevé par les respirations fortes.

Sevan sent tout son corps s’endormir, il n’a même pas la force d’ouvrir les yeux alors qu’il tente de reprendre son souffle.

Les mouvements du corps d’Eden ne l’aide même pas à rester éveiller. Son souffle reprend son rythme alors que le plus jeune se rhabille de ces effets. Il vient poser sa main sur le front de Sevan qui daigne enfin ouvrir un œil.

- Tu devrais te rhabiller aussi, je vais aller ouvrir la porte.

Sevan retient le bras d’Eden pour l’amener à lui avec force emprisonnant ses lèvres contre les siennes. Il retire sa pression mais ils continuent de s’embrasser, Eden s’écarte doucement, un sourire tendre gravé sur son visage. Il lui tend sa robe blanche avant d’aller déverrouiller la porte.

Les heures passent lentement mais jamais ils n’ont été aussi heureux de voir le temps s’écouler sans crainte. Ils se plaisent presque à rester de long moment dans le silence, sans rien se dire, juste à se jeter quelques regards complices de temps à autres. Eden est descendu un instant dans la boutique de l’hôpital pour acheter un journal à Sevan et un magazine de jeux pour lui.

Ce n’est qu’au couché de soleil que le médecin a finalement décide de venir les voir, une feuille de sortie dans la main.

- Je crois que vous avez bien mérité de sortir d’ici. Sourit le vieil homme.

Il tend la feuille de sortie à Sevan qu’il s’empresse de signer, il se redresse et s’habille de quelques effets qu’Eden a préparé au cas où. Dans la hâte Eden a plusieurs fois appuyé sur la joue blessée de Sevan en tentant de lui passer son pull, les gémissements de douleurs sont mêlées aux rires des deux hommes. Décidemment, rien ne pourrait mettre en colère l’un d’eux, tout ce qu’ils désirent c’est partir et rentrer enfin chez eux.

En bas de l’hôpital, Sevan a fixé longuement les portes électriques. Ses pas sont étrangement lent, son cœur bat au ralentit, il déglutit. Son premier pas vers l’extérieur lui coupe le souffle, un vent inconnu lui balaye le regard. Il regarde la rue, les passants, avec une certaine distance. Il ne peut s’empêcher d’imaginer un van débouler du bout de la rue, remplis de militaires, une scène surréaliste pour certain mais qui a été son lot quotidien pendant des mois. Aujourd’hui c’est toute cette normalité qui lui parait surréaliste, tout ce silence qui paraît impossible.

- Tu finira par t’y habituer. Lui sourit Eden devinant ses pensées.

Sevan lui répond par un sourire timide.

Ils s’avancent dans le parking en se tenant la main, Eden lui ouvre la porte de sa voiture et l’emmène loin de l’hôpital, loin de la ville. Alors que les paysages défilent sous ses yeux il se dit qu’il hâte d’arriver à destination, il en a assez de la route, des kilomètres. En quelques mois il a traversé la France de long en large et en travers, chaque voyage n’était que fuite, course contre la montre. Ses longues lignes de goudrons qui sillonnent le pays, il ne veut plus en voir, il ne veut les arpenter. Il ne désire qu’une chose, retrouve son chez soi. Revenir dans sa maison. Sa maison…Où est-ce déjà ? Paris ? Reprendre son travail à la banque ? Impossible. La fantôme de Cédric plane sur cette ville et principalement sur le lieu de son travail, il ne se sent pas capable de rependre sa vie là où elle en était. Inimaginable. Il ne pourra pas faire comme si rien ne c’était passé, ca serait nié la mort de Cédric, ca serait nié son histoire avec Eden. Il vivra avec, il l’utilisera pour construire sa vie et forgé son futur. Avec lui et peu importe l’endroit. Pourquoi il y pense d’abord ? Son chez soi il l’a trouvé.

Instinctivement, son regard se détache de sa fenêtre et se tourne vers le conducteur qui fixe la route, indifférent. La nuit tombée, les lumières de la route disparaissent pour les lumières de la ville, Sevan reconnait le chemin, les rues. Bientôt il quittera l’hyper-centre et s’engouffrera dans la banlieue résidentielle. Un certain sourire nostalgique s’étire sur son visage lorsqu’il aperçoit enfin les lumières provenant de la villa des Bale. Le grand portail noir s’ouvre sur l’allée centrale, Eden arrête la voiture sur les graviers et sort plus pressé que jamais.

L’odeur des bons souvenirs ravivent ses papilles, Sevan se laisse trainer jusqu’à la porte qui s’ouvre avant même qu’ils n’aient eu le temps de sonner. Dans une magnifique robe turquoise tombant sur une paire d’escarpins hors de prix, le visage élégant de Jill les accueille.

- Vous êtes en retard ! Elle s’écrie courroucé.

Les deux garçons s’arrêtent, prit en faute. Eden en baisse les yeux comme un enfant grondé. Lentement, une étreinte maternelle couvre le corps frêle de Sevan qui se laisse totalement faire, à la fois surpris et heureux. Pour la deuxième fois depuis qu’ils se connaissent, Jill se permet un geste d’affection envers lui et la sensation est toujours aussi chaleureuse. Se petit picotement dans l’estomac qui lui chatouille le cœur et qui l’oblige à sourire, sa façon à elle de lui souhaiter le bon retour.

- Tu es splendide Jill, complimente Sevan.

Elle lui offre un magnifique sourire avant d’ouvrir la porte.

Comme la première fois, Sevan s’attarde sur tout ce que ces yeux voient. Le long couloir de l’entrée orné de tableaux, le bruit crescendo des voix qui s’échappent du salon. La lumière ocre des lustres, l’escaliers suspendu qui mène à l’étage. Sur sa droite, le comité d’accueil les attends.

- Seigneur un revenant ! S’écrie Eve.

Elle lui saute au cou et dépose un baiser bruyant sur sa joue, émue elle le regarde de haut en bas le sourire aux lèvres. Elle resplendissante, pense Sevan, il ne l’a jamais vu aussi heureuse.

- Lâche le un peu, tu vois pas qu’il étouffe. Sermonne Eden amusé.

- Tu l’auras pour toi tout seul ce soir alors laisses le nous un peu, lui dit Gaël en descendant des escaliers.

- Encore entrain de t’isoler ? Le taquine Sevan.

Pour toute réponse Gaël lui sourit.

Par ce simple regard complice, tant de choses sont dites, des choses qu‘ils ne veulent pas dire à haute voix. Avec le temps, ils ont développé une relation particulière, une relation qui leur appartient à eux seuls. Eden en serait presque jaloux.

- On attendait plus que vous ! Gronde la voix de Jack en sortant des cuisines.

- Jack ? Où est passé ton fauteuil ? S’étonne Sevan.

De sa haute stature, penché sur sa canne, Jack relève le pant de son pantalon et dévoile une prothèse aussi vraisemblable qu’une jambe ordinaire.

- La technologie militaire. Le must du must, dit il en lui faisant un clin d’œil.

La sonnerie retentit à nouveau, Jill sort sans attendre de la cuisine et se dirige vers l’entrée, intrigué Sevan tend l’oreille pour essayer de distinguer une voix connue. C’est presque avec stupeur qu’il reconnait le couple, l’homme tend une bouteille à Jill tandis que la femme quitte sa veste.

Ses parents se tiennent debout, des sourires quelque peu forcés, gênés et à la fois heureux d’être ici. Son père se tient un peu plus en retrait alors que sa mère engage plus aisément la conversation avec la maîtresse de maison. C’est Eden qui le sort de ses pensées, ses doigts fins viennent lui chatouiller la paume de sa main, devenue statique. Brusquement il se tourne vers son amant, une question lui brûle les lèvres, Eden l’embrasse pour toute réponse avant de l’inciter à rejoindre ses parents.

« Tu savais qu’il viendraient ? »

Les retrouvailles sont intenses, l’étreinte de ses parents le fait craquer, il expire un soulagement alors qu’il refuse de quitter les bras protecteurs de sa mère, plus émue que jamais de pouvoir enfin tenir son fils dans ses bras. Le regard honteux de son père lui brise le cœur, tant de questions qu’il tait au fond de sa poitrine alors qu‘au fond, Sevan lui a depuis longtemps pardonné ses erreurs.

- Venez, j’ai quelqu’un à vous présenter.

Sevan présente ses parents aux Bale. Jack connait déjà Olivier et leur dernière discussion n’a pas été très cordiale, néanmoins il semble l’avoir occulté, il tend sa patte d’ours à Olivier, comme si c’était la première fois qu’ils se voyaient.

- Ici, je ne suis plus le colonel Bale. Il a dit simplement. Appelez moi simplement Jack.

D’abord hésitant, Olivier fixe sa main sans savoir si c’est sérieux ou non. Evidemment il sait que ses choix ne seront pas compris et que ces actes ne seront pas absout mais il a accepté il y a des années d’en porter le fardeau. Aujourd’hui, c’est un nouveau départ que lui propose Jack Bale, une manière de repartir à zéro.

- Je vous présente Eden.

Sa mère a tout de suite deviner ce qu’il représente pour son fils. Sans réussir à s’en empêcher, elle le compare immédiatement à Cédric et la différence est frappante. Ils ne se ressemblent en rien si ce n’est la taille. Eden est plus jeune, bien plus jeune. Son sourire est rayonnant alors que celui de Cédric était plus discret et charmant. Elle imagine que leur idylle n’est pas toute fraîche, Sevan est tombé dans les filets du brun avant la mort de Cédric. Alors elle cherche, elle est curieuse, que voit Sevan en Eden qu’elle n’a pas encore vu ?

De son côté, Olivier salue tout simplement Eden, en le remerciant d’avoir été présent pour son fils. Lui aussi était très attaché à Cédric, c’était un homme respectable, plein de qualité. Un homme extraordinaire pour son fils qui a réussit à lui redonner confiance en lui. Cédric était très protecteur envers Sevan. Eden a changé d’une autre façon Sevan, en se comportant avec lui plus en ami, au lieu de le couver comme le faisait Cédric. Il lui a fait comprendre qu’il pouvait se défendre seul et qu’il avait la force de défendre les autres.

Jill dépose tous les plats qu’elle a préparé sur la table, des petits fours, des entrées froides, des beignets de pomme de terre, un véritable banquet. Tous se régalent, discutent, Eden est assaillis de question par la mère de Sevan, à tel point qu’il ne peut plus discuter une seconde avec son amant ce qui fait sourire ce dernier.

Milli va de bras en bras, apportant une touche d‘allégresse insouciante. Gaël est charrié par Sevan qui cherche à en savoir plus sur une possible relation avec Isis, ce qui attire évidemment les moqueries d’Eve à mesure que son cadet de frère rougit. Non loin, au cœur de la pièce, assise sur sa chaise, la maîtresse de maison pose un regard pétillant sur l’assemblée. Comblée, elle pose sa main gauche sur celle de son mari. C’est comme ça qu’elle souhaite vivre maintenant, avec tout ce beau monde autour d’elle.

Vivre. Rire. Pleurer. Mourir. Des termes bien loin du vocabulaire de quelques hommes. A des kilomètres des lumières de la villa Bale, a côté d’une clinique en ruine, un homme marche lentement dans les pièces délabrées, faisant craquer les morceaux de verres brisés sous ses pieds. Il se baisse sur une grande tâche sur le sol, un genoux à terre, il retire un collier de son cou et le pose sur le béton. Aussi tôt un souvenir poussiéreux ressurgit. L’image d’un enfant chétif que la famine tuait à petit feu, l’image d’une main tendue aussi effrayante qu’attirante. Le regard émeraude du serpent.

Le souvenir est balayé par un courant d’air. Seth se redresse et repart les mains dans les poches. La chasse est terminée.

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Ca a été un véritable régale d'écrire cette histoire avec Lilly ! :D notre troisième co-prod ! Notre premier thriller !
En relisant je me rends compte qu'il y a plein de chose que j'aurai changé, amélioré mais en même temps c'est notre première expérience dans ce thème. C'est un texte imparfait avec plein d'erreur mais il me plait ! =)

Au final mon personnage préféré est le Chasseur, un jour je ferai un OS ou une nouvelle sur lui !

J'espère vous retrouvez dans d'autres fic
tions ! Bisous

Le Chasseur {Chapitre 45}

Publié le par danouch

Lorsqu’il se projetait dans l’avenir, Sevan imaginait une vie ordinaire, classique mais pas ennuyeuse. Il a le profil du salarié qui travaille en étroite collaboration avec son amant et qui rentre fourbu mais détendu à la maison, le soir après une grosse journée. Le week-end, il en profite pour retrouver des amis et sortir et il profite de ses cinq semaines de congé payé pour voyager et découvrir le monde. Lorsqu’il s’avance pour libérer la femme, cela fait déjà longtemps qu’il a perdu cette insouciance. Quant à savoir jusqu’à où cette histoire va les mener, c’est le flou total.

Eden l’empêche de passer, il ne veut commettre aucune imprudence. Or laisser Sevan au contact ne paraît pas très approprié. En un éclair, il se remémore l’épisode de la première confrontation avec le Chasseur. Véxé d’avoir été rejeté, il avait laissé Sevan sans surveillance et la situation avait été dramatique, mortellement dramatique. Sevan avait failli y passer à cause d’une seconde d’inattention. Souvent, il oublie que Sevan n’est pas un soldat aguerri ; souvent, il oublie que Sevan n’est pas comme lui, en grandissant avec un père militaire obsessionnel. Il n’est pas en formation. L’assurance dont il peut faire preuve était parfois piégeuse.

Avant toute chose, après l’avoir redressée, Eden fouille la vieille dame tandis que Sevan lui apporte un verre d’eau et des biscuits qu’il avait dénichés dans la cuisine. Docile, la victime se laisse faire, encore sous le choc. Ce n’est qu’après la vérification qu’Eden la détache et la soutient pour qu’elle s’assoie sur un fauteuil au fond de la chambre, devant le bureau. Lorsque la vieille femme ferme les yeux après avoir bu une longue gorgée d’eau sans les rouvrir pendant plusieurs minutes, Eden craint la rupture.

Sevan voudrait la bousculer, lui hurler dessus, la rouer de coups. Ce n’est pas la vieille femme qu’il voie devant lui, c’est le message que ce boucher de Marchand lui a laissé. C’est le Marchand qu’il a devant lui. Il se met à trembler, comme s’il était lui aussi sous le choc. Il attire la chaise à lui.

Il n’a rien pu faire pour Cédric ni pour son père. Il ne voulait pas laisser sa mère aux mains de ce sadique. Cédric, en comparaison, avait eu une mort douce avec le Chasseur. Son père croupissait en prison mais au moins, il était en vie, avec trois repas par jour, un toit et des journaux à lire. Sa mère n’avait aucun moyen de se défendre. Il repensa à l’époque où tout n’était que caprice pour lui. Et dire qu’il était simplement hébergé par une famille. Mauvais signe. Eden tout comme Sevan commencent à être submergés par les souvenirs. C’est parce qu’ils ont tout deux conscience de la tournure des choses. C’est le grand final qui va se jouer, la confrontation ultime avec leur pire ennemi alors qu’ils ne sont que deux gosses, à peine entrainés, et tout juste armés.

Et pire que tout, c’est l’attente qui est insoutenable. C’est Sevan qui finit par craquer, il n’arrive plus à respirer, il est à la limite de pleurer, même s’il ne comprend pas. Furieux, il sort en claquant la porte. Eden n’a rien compris.

- Dites-nous ce qu’il s’est passé, lui dit-il dès qu’elle a ouvert les yeux.

- Je ne sais pas, tout s’est passé si vite.

- Qui êtes-vous ?

- Je suis une voisine de Michèle. Elle était absente depuis plusieurs heures quand j’ai soudainement entendu un coup de feu venant de chez elle. J’ai aussitôt débarqué mais j’ai à peine eu le temps de voir ce qui se passait que j’ai reçu un coup sur la nuque. J’ai simplement entendu un cri de femme et j’ai vu du sang par terre.

- Il n’y a rien par terre.

- Quoi ? Non, c’est impossible.

Eden regarde autour de lui. La chambre est classique, le lit au milieu de la pièce encadrée de deux tables de chevet, une coiffeuse au fond de la pièce et un secrétaire à l’entrée, avec plume et encrier. Dans l’entrée, le même ordre régnait. Aucune trace de lutte, pas une chaise déplacée, pas un verre brisé et il n’y avait aucun signe de présence humaine récente. Les pâtes n’étaient pas en train de bouillir ni le four préchauffé.

- Qui êtes-vous ? Répète Eden, plus fermement.

La vieille arque un sourire mauvais et Eden s’écarte au dernier moment pour éviter un coup de poignard fatal. La fille devient une véritable enragée et rue sur Eden en poussant un hurlement bestial. Eden pare fébrilement ses assauts incessants sans parvenir à trouver un équilibre. Il ne veut pas tirer s’il n’y est pas obligé. Ils ont trop de choses à lui soutirer. Mais la furie n’est pas faible et sans défense, contrairement à ce qu’elle voulait laisser penser. Eden lui fait un croche-pied mais la vieille ne semble même pas le remarquer. Elle n’est peut-être pas si vieille qu’elle en a l’air.

Elle est rapide. En réalité, plus que rapide, elle se déplace sans même qu’on ne la voie. D’où l’instabilité d’Eden. Ce dernier tire en direction de la porte, complètement à l’opposé de sa position mais, par réflexe, la vieille tourne la tête, ce qui lui permet une approche directe et de lui décocher un double uppercut au menton. Sonnée, la vieille répond tout de même par un bon coup de poing dans le ventre mais Eden était gonflé à bloc et n’a presque rien ressenti. Par comparaison, il a eu plus mal à sa main blessée après le coup.

La vieille balance son pied en avant mais Eden le saisit au vol pour l’envoyer valsée, face contre terre. Il plonge sur elle mais celle-ci raidit son bras et pare le torse de son adversaire. Eden en a le souffle coupé mais il se défausse en pliant le genou. La vieille roule par terre et renverse la situation en s’emparant de la gorge d’Eden. Plus que le manque d’oxygène, c’est la pression exercée sur ses os qui le fait suffoquer. Il a l’impression que ses yeux vont sortir de leurs orbites et que son sang s’emmagasine dans ses oreilles avant d’en jaillir. Il baragouine quelques mots mais rien n’en sort. En une seconde, la vieille le retourne et lui bloque le bras dans le dos jusqu’à la rupture.

- Aaaah…

- Hum, jolie voix, tu veux bien me la faire entendre à nouveau ?

- Lâche-le ! Hurle Sevan depuis l’entrée en tendant le Desert Eagle qu’Eden avait fait tomber.

- Tu n’oseras pas tirer. Vous avez trop besoin de moi.

- Ah oui ? Entre Eden et toi, mon choix est vite fait.

- Sevan ! Non ! Proteste Eden.

- Lâche-le ou je tire sans plus de sommation.

Le craquement de l’épaule se fait à peine entendre que Sevan appuie sur la gâchette. Il a la trouille que la balle se fige dans l’homme qu’il voulait sauver, qu’elle lui broie le cerveau et le réduise à l’état de bouillie en le laissant toute sa vie dans cet état. Le coup est tellement violent qu’il n’a pas maîtrisé le recul. C’est la deuxième fois que Sevan tire sur quelqu’un. C’est la deuxième fois qu’il tue quelqu’un.

La vieille a un sourire méchant et des yeux complètement fous. Une partie de sa tête a été emportée, le cadavre tombe mollement tandis que le sang s’éparpille déjà en une flaque rouge sang. Sevan reste le plus loin possible de la furie, déjà traumatisé par l’horreur qu’il vient de provoquer. Eden s’approche de la vieille mais au moment où il pose son doigt sur son pouls, le bras droit de la vieille se lève automatiquement pour le saisir à nouveau à la gorge. Eden hoquète tandis que Sevan est littéralement paralysé de terreur.

- Sevan ! Tire ! Eructe Eden.

- Non, je vais te toucher ! Tu me bloques la vue.

- Si tu ne fais rien, ce sera encore pire, imbécile !

Sevan pose un pied pour s’avancer mais le bruit de liquide retentit comme un horrible clapotis. Il marche dans du sang. Une mare de sang qui couvre tous les murs, ses doigts, c’est lui qui l’a tuée. Eden s’approche de lui, le bras légèrement endolori.

- AAAAAAAAAAAAAAH !!!!

- Sevan, tout va bien ! Arrête ! Ce n’est pas ta mère !

Soudain, un autre bruit, pourtant si faible comparé aux hurlements de Sevan résonne comme un cliquetis cuivré aux oreilles d’Eden.

Non… Ce n’est pas vrai… il regarde la montre de la vieille et voit en ne comprenant que trop bien les secondes s’égrener. Eden rassemble toutes les forces qui lui reste pour plier son bras droit et asséner son coude sur le bras zombie qui se brise d’un coup sec. Sonné, Eden titube en courant jusqu’à Sevan qu’il attrape sans ménagement pour se ruer sur la porte de sortie. Ils n’auront jamais le temps et Sevan a complètement perdu la boule. C’était le cadavre de trop, c’était la victime de trop. Tout son univers est brisé, il n’a plus aucun repère.

Soudain, il s’arrête et se débat comme un forcené. Ce n’est plus Eden qu’il voit mais le Marchand. L’égrènement des secondes retentit comme le rire cruel de son pire ennemi. La poigne d’Eden est aussi froide que les menottes qu’il a portées. Eden tente de le calmer mais Sevan s’enfuit. Où qu’il regarde, il laisse des traînées de sang, ses mains sont pleines de sang, son corps entier n’est que le sang de ses victimes. Il passe par la moindre interstice, ses oreilles, ses ongles, ses yeux sont injectés de sang, ils tournent au rouge rubis. Il doit sortir !! Ce n’est pas le Marchand qui a tué toutes ses personnes, ce n’est pas le Chasseur qui a tué Cédric ou que son père est en prison. Tout vient de lui, c’est à cause de lui que tout le monde en est là. C’est à cause de lui que Cédric est mort ! Il a tiré sur toutes ces personnes, il a appuyé sur la gâchette et vider les six balles de son chargeur. C’est comme si des ailes noires poussaient dans son dos pour apporter la malédiction.

Cédric, pour commencer, le soldat, son père, Jack, la vieille. Qui sera la prochaine pour sa dernière balle ? Sa mère ? Eden ? Non, c’est hors de question. Il s’arrête si brusquement qu’Eden manque de tomber. Il le reprend en main et le tire avec lui. Ils n’auront jamais le temps. C’est alors que Sevan perçoit l’odeur dans l’air. C’est lui qu’il veut. Depuis le début. Et lui, comme un égoïste, il refuse de se donner. Mais tout serait fini.

Le temps leur est compté. Ils n’auront jamais le temps d’atteindre la sortie. Eden prend Sevan dans ses bras. Il l’attrape par le bras et son immobilité malgré l’urgence semble rallonger le temps où leur agonie sera épouvantable. Il ne peut ignorer la détresse de son amant. Il veut lui adresser un dernier regard, une dernière parole.

- Tout va bien, Sevan, d’accord ? Tu n’as rien fait de mal.

Sevan renforce l’étreinte pour accueillir la chaleur d’Eden en lui. Comment peut-il affirmer que tout va bien ? Il est là, avec lui et sème le malheur dans sa vie. Mais s’il sème le malheur chez toutes les personnes qu’il rencontre, le Marchand n’est pas en reste. Ce n’est pas Cédric la première victime, c’est son fils. La faucheuse le suit dans son sillage. Aujourd’hui, le Marchand crie vengeance et appelle à l’ultime confrontation. Il veut briser Sevan avant de l’anéantir. Et si la Faucheuse le suit dans son sillage, le Marchand n’y fera pas exception.

- Je suis désolé, Eden.

- Arrête, je te reconnais pas. C’est pas le moment de flancher. Une bombe va exploser et c’est tout ce que tu trouves à dire ? Je t’aime, Sevan.

La vieille était la pour leur faire perdre du temps.

- Moi aussi, je t’aime, Eden, murmure Sevan sans hésiter.

Ses ailes noires se déploient dans toute leur grandeur. Sevan plonge dans les yeux de son amant avant de l’agripper par le bras au moment où Eden tente une dernière percée. Sevan bloque ses positions et s’enfonce le plus fermement possible dans le sol.

- Sevan ! Qu’est-ce que tu fous ! Il reste encore un espoir.

Oui, il reste encore un espoir : « Marchand, si tu veux me battre, il va falloir réagir. Ma vie contre ta vengeance. Je ne lâcherai pas Eden, je ne mourrai pas sans lui. »

Eden ferme les yeux de toutes ses forces. Un fracas assourdissant retentit dans une formidable explosion. Du moins, c’est ce qu’il croit mais quand il ouvre les yeux, la maison n’a pas bougé, il n’y a eu aucun souffle d’explosion, ils sont toujours vivants, entiers, sans un bras qui se ballade dans le jardin ni de jambe pendue à un arbre. Les maisons alentour sont également intactes. L’absence d’explosion laisse Eden tout aussi sonné que si elle avait eu lieu. Il lève les yeux sans y croire mais Sevan est lui aussi intact. Un sourire à faire peur déforme son visage. « Cette fois, il a vraiment pété un plomb » frissonne Eden.

- Mais non, contredit Sevan comme s’il avait lu dans ses pensées.

- Pourquoi t’es resté immobile ?

- Ma vie contre sa vengeance. Le Marchand tient trop à moi pour me laisser mourir dans ces conditions. Il veut me faire souffrir. Ce n’est pas moi qui était visé, c’était toi.

- Quoi ? La vieille ?

- Non, la bombe. Si on avait cherché à fuir, on aurait été salement amochés, probablement dans le coma. Mais on aurait été séparés et moi, plus brisé que jamais, à sa merci. Un dernier adieu et il faisait ce qu’il voulait de moi.

- T’es sérieux ?

- Je crois. Mais en restant sur place, en imposant notre propre règle du jeu, on a déjoué ses plans.

- Purée, tu m’as foutu la trouille.

- Désolé, j’ai agi comme un con.

Eden ne répond rien et Sevan sent qu’il peut difficilement lui pardonner pour cette fois. Il n’a pas été à la hauteur. Seth n’aurait pas hésité, il n’aurait pas pété un câble à la vue d’un simple cadavre au moment où la situation était la plus critique.

Eden l’attire soudainement contre lui pour l’embrasser fougueusement.

- T’es vraiment fou.

- Pas plus que toi ! Proteste Sevan, comme un enfant, vexé d’avoir été pris en faute.

Eden le regarde, comme étonné, avant d’admettre que ce n’était pas faux dans un éclat de rire. Sevan le gratifie d’une grande tendresse avant de le faire sortir, arguant que le lieu n’était pas sûr.

- Attends, tu as conscience qu’il est dehors ?

- Probablement, oui. Mais c’est le moment de régler cette histoire, tu ne crois pas ?

Eden serre un peu plus le bras de Sevan. Oui, c’est le moment. Deux gamins contre le mercenaire le plus redouté de l’armée entière. Ils ne peuvent plus reculer.

- On est prêts, affirme Eden.

- Je te confie ma mère, déclare Sevan en ouvrant la porte.

- Quoi ? Et toi ?

- C’est évident, non ? Sourit-il en se détournant vers Eden. Je vais tirer un trait sur mon passé.

Eden est ébloui par la lumière du jour. Il attire Sevan contre lui et ils échangent une étreinte chaleureuse. Un moment de douceur avant de pénétrer l’enfer. Mais ce n’est pas la dernière étreinte qu’ils partageront. Ce n’est pas la dernière et pourtant, Eden a une boule au ventre quand Sevan ouvre la porte.

- Laisse-moi passer devant.

- Non, ils tireront sans sommation. Je te rappelle que tu es la dernière cible.

- Et toi ?

- Moi ? Son trophée, conclut Sevan, plus sombre que jamais.

Sevan lève les bras en l’air en poussant la porte du pied. Tout autour de la maison, dans le jardin, se dresse une petite armée de mercenaires, probablement les mêmes que dans le parking à la station essence. Pourquoi aucune force de police n’est-elle à l’œuvre face à un tel déploiement de force ? Sevan n’en est qu’à moitié étonné, ce n’est pas comme si toute cette affaire était d’une limpidité sans faille. Surement qu’ils ont investi plus de pouvoir que quiconque ne l’imagine. Ce n’est pas grave. Si la dernière bataille doit se jouer ici, que ce soit ici ou ailleurs, l’important, c’est d’être vainqueur. Gagner du temps !

Sevan pénètre le cercle. Eden n’a pas le temps de s’élancer qu’il est attrapé par les mercenaires. Bien sûr, s’ils ne sont pas là pour neutraliser Sevan, ils ont pour ordre d’éliminer les gêneurs. Il sait qu’Eden a plus d’une corde dans son sac, il est plus fort que lui et même plus apte à affronter le Marchand que lui, mais il veut tout de même jouer la carte de la sécurité. C’est alors qu’il voit sa mère terrifiée entre leurs mains, aux côtés d’Eden.

- Relâche-les, Marchand ! Tonne Sevan avec toute l’assurance dont il est capable. C’est moi que tu veux.

- Toi, tout entier, confirme-t-il. Ton corps, ton âme et ton cœur. Je veux te réduire en bouillie après avoir réduit ton cœur en miettes.

- C’est moi qui ai pris la vie de ton fils.

- Ce sont tes parents qui ont pris la décision.

- On dirait un gosse de sept ans à qui on refuse d’acheter un ours en peluche.

La balle fuse immédiatement et Sevan se prend un coup de fouet sur la joue droite avant de sentir du sang.

- Tu as besoin de t’entourer d’une armée de mercenaires pour maîtriser un gamin de 24 ans ? Continue Sevan. Ce n’est pas un massacre ni même une vengeance que tu perpétues mais un drame digne d’une opérette.

Une deuxième balle fuse. Cette fois, ce n’est pas la joue gauche qui saigne mais la même joue en entaillant un peu plus profondément la blessure précédente. Sevan se sent naître une nouvelle autorité. Le Marchand répond à ses provocations.

- Si tu es un homme et non un gamin capricieux, relâche les otages et viens te battre. C’est fini, ces complots dans l’ombre et ces manipulations, tu as eu ce que tu voulais. Je suis là devant toi. Ou alors, tout ça n’était qu’un prétexte ? Parce que si tu me tues, que te restera-t-il dans ta vie ? Si tu n’as plus ta vengeance, que vas-tu devenir ?

- Tu es bien prétentieux, gamin. Tu me dis meurtrier mais n’oublie pas que tu en un également.

- Je ne vis pas par vengeance. Je ne vis pas pour détruire les autres. Je suis allé de l’avant.

Sevan s’attend à une troisième balle mais le Marchand se met à hurler.

- Qu’est-ce que tu en sais ?! Mon fils n’avait pas ton âge quand on lui a pris sa vie parce que la tienne avait plus d’importance. Tu ne connais pas la douleur de la perte d’un être cher.

- Si, oppose Sevan. Je sais ce que c’est et je ne pourrai jamais l’oublier. Cette douleur brûlera en moi à vie et tu n’avais pas mon âge quand tu l’as connue. Et alors ? ça justifie des meurtres en série ?

Un bruit d’hélicoptère parvient jusqu’à leurs oreilles en surprenant tout le monde. Sevan avait réussi à captiver son auditoire, pas un bruit ne régnait, pas un cliquetis d’arme, de chuchotement ni de moquerie. La mère d’Eden est sur le point de s’évanouir. Elle en avait déjà vu des vertes et des pas mures et voilà que son fils est braqué par une dizaine de canons.

C’est un commando surentraîné qui saute de l’hélicoptère sans attendre que celui-ci ne se pose. Eden n’a pas le temps de réagir que ses deux gardiens sont assommés. La surprise n’a pas le temps de s’installer. Très vite, les mercenaires se reprennent mais personne n’utilise les armes à feu. Dans ce périmètre étroit, n’importe qui pourrait être blessé, ami ou ennemi.

- Papa !

- Eden, tu n’as rien ?!

- Non mais tu…

Eden s’arrête de parler en voyant son père dans un fauteuil roulant. Il ne comprend pas, son cerveau bloque alors que Jack est déjà aux prises avec des ennemis.

- Cherche pas, petit, impossible de le raisonner.

- Seth ! Tu aurais dû…

- Derrière toi !

Eden se retourne vivement pour parer un coup de poing et envoyer le sien dans le ventre de son adversaire tout en enchaînant avec un coup de pied sur l’entre-jambe. L’homme n’est en rien chamboulé et il donne un coup de tête pour garder une plus large amplitude de mouvements tandis qu’Eden recule d’un pas, sonné, avant de reprendre l’assaut. Un échange de coups de poing se met en place à une vitesse fulgurante. Il n’a pas le temps de penser à quoi que ce soit, il n’a pas le temps de penser à la mère de Sevan ni même à Sevan tout court.

Il se retourne pour faire face à un deuxième adversaire. Exposé ainsi de profil, harcelé, il a à peine le temps de voir les coups. Tout se joue dans la rapidité. Ses sens aiguisés au maximum, il ne réfléchit pas, il accuse réception. Un coup pour un coup. La force vitale.

- Eden !

Eden se tourne juste à temps, pour éviter à son père un coup mortel. Les deux hommes se dressent côte à côte, Calvin, Oz et Seth se joignent à eux. Soudés et serrés, ils forment l’une des équipes les plus puissantes de l’armée face à une équipe de mercenaires aguerrie et minutieusement choisie par leur pire ennemi. Le cercle est impossible à franchir. L’un prend un coup, l’autre le renvoie tandis que la première victime se relance déjà dans l’action. C’est alors qu’un cri féminin retentit. Eden sursaute et se maudit d’avoir complètement Catherine. Les dernières paroles de son amant lui reviennent en mémoire. Il encaisse un coup avant de lancer son pied sur un adversaire tout en évitant un troisième pour que Cal ait le temps de se baisser. Il échange un regard avec son père et rompt le cercle.

- Eden ! S’écrie Cal qui n’avait rien vu venir. Et merde !

Eden s’élance vers Catherine qu’un dernier mercenaire tentait d’étrangler.

Pendant ce temps, Sevan, que tout le monde semble avoir oublié, fuit à travers la résidence pavillonnaire. Derrière ce soleil du sud, ces jardins et ces robinets d’extérieur, Sevan court pour sauver sa vie. Il réfléchit à toute vitesse. Le Marchand gagne du terrain sur lui et semble se refuser à utiliser son arme. Sevan n’a pas envie de connaître les souffrances qu’il lui réserve. C’est alors qu’il voit un quad garer sur le trottoir juste en face d’une résidence. La clef est même sur le démarreur. Il démarre au quart de tour et le vent grisant lui éparpille les cheveux. Ça lui éclaircit les idées. Jusqu’où cherche-t-il à fuir ?

C’est en passant en trombe devant un hôpital qu’il comprend, plus exactement une clinique qui semble en travaux. Sevan gare son véhicule en prenant soin de garder la clef avec lui, on ne sait jamais, et entre en courant dans le lieu maudit. Ce n’est pas la même clinique que celle qui l’a vue naître mais ce serait parfait comme théâtre des opérations. La boucle est bouclée.

L’endroit désert est rempli de murmures et de fantômes. Des enfants mort-nés, des enfants volés, des ailes noires qui emportent tout sur son passage. Sevan ne prend pas le temps de s’arrêter, il ne fait pas attention aux ombres, il grimpe les marches quatre à quatre avant d’atteindre enfin la cour du toit. La nuit tombe. Les lumières sont moins nettes, englouties peu à peu par l’obscurité. L’heure des loups est arrivée, l’heure des prédateurs. Sevan reprend son souffle et se prépare psychologiquement. Le dernier affrontement. C’est son histoire qu’il écrit, pas celle d’Eden.

Il ferme les yeux, inspire, et se détend. Un hurlement de loup retentit au loin dans le crépuscule. Il ouvre les yeux et il le voit. Le Marchand est là.

A peine essoufflé, à peine énervé, Sevan ne veut même pas savoir comment il l’a retrouvé, il savait qu’il le retrouverait. Comme si pendant tout ce temps, il avait toujours su où il était, il avait guidé jusqu’à la moindre de ses actions. La mort de Cédric. Mais ce n’est pas la vengeance qui l’anime. Non, c’est un duel vital qui changera leur destinée. Même si le Marchand ne semble pas l’avoir compris. Pour lui, seule la mort règne.

Le canon est pointé sur lui. Sevan ne bouge pas.

- Qui t’a dit que je voulais un duel à mort ? Te planter une balle dans la tête sera amplement suffisant.

- Tu pouvais le faire dès le début. En fait, ce que tu cherches, ce n’est pas ma mort en elle-même, c’est un but à ta vie. Pendant des années, c’a été la vengeance.

- Tu te surestimes. Tu n’as pas autant d’importance.

- Si je meurs, qu’est-ce que tu feras ?

- J’y penserais une fois que je t’aurais tué !

Le Marchand appuie sur le gâchette, Sevan l’évite et se met à courir en cercle. Juste avant que le Marchand n’anticipe son point de chute, il s’arrête pour repartir à reculons avant de repartir en avant sans savoir lui-même à l’avance ses décisions. D’un coup, il se met à courir vers le Marchand mais au lieu de faire demi-tour, il va jusqu’à la confrontation. Il a confiance en lui, il croit en ses capacités. Le Marchand n’est qu’un père rongé par le temps, lui a toutes ses forces. D’accord, personne n’a réussi à le capturer et voilà que lui, petit homme de 24 ans, se frotte à l’une des pointures du milieu mais c’est son destin. Ils étaient programmés à se battre et il croit sincèrement qu’il sa survivre. Parce qu’il a une vie et des amis. Eden. Le Marchand n’a plus rien, il se bat par défaut. D’ailleurs, s’il se battait vraiment, Sevan ne serait déjà plus de ce monde.

Il fonce sur le Marchand en hurlant, presque plié en deux, faisant face au vent. Le Marchand tire une balle, Sevan tourne la tête de côté et reçoit une troisième égratignure. Sevan se bat pour ses propres convictions. Il y arrivera. Il enfonce son poing dans son ventre avant d’enchaîner par un coup de pied. Le Marchand évite les deux sans problème et assène un coup du tranchant de la main sur sa nuque. Sevan en a le souffle coupé et tombe au sol, les yeux hors de leurs orbites. Il n’a pas le temps de souffler qu’il roule sur lui-même pour éviter une quatrième balle, même si elle ne fait que l’effleurer, la douleur devient plus forte à chaque fois.

Tout en restant par terre, Sevan fait un croche-pied au Marchand qui l’évite d’un petit bond. Le Marchand enfonce son poing dans son ventre et Sevan crache ses boyaux, ayant à peine repris sa respiration. Toussotant, le Marchand place ses mains de chaque côté de son cou. Sevan, étranglé, plonge ses yeux dans ceux du Marchand. Ce dernier, sans comprendre, les retire. Sevan s’éloigne le plus possible avant de reprendre son cercle. Il se rapproche un peu plus à chaque fois.

Sevan lance tous ses poings et pieds, le Marchand n’évite cependant pas le troisième coup de poing qui atteint sa figure. De rage, il tord le bras de Sevan dans son dos qui crie de douleur.

- Je ne suis pas obligé de te tuer, je peux te démembrer un à un avant de t’envoyer à l’hôpital et te poursuivre inlassablement.

- C’est son souvenir que tu poursuis inlassablement mais rien n’est éternel, Marchand !

- C’est sûr que ton bras ne l’est pas.

Sevan se crispe tellement que sa mâchoire lui fait mal. Ses dents grincent entre elles mais il ne peut rien faire pour éviter la cassure. Le craquement provoque un horrible bruit, un bruit inhumain, une telle pression pour casser un membre. Un verre, c’est moins compliqué. Les larmes aux yeux, le souffle court et la vue brouillée, Sevan tente de se dégager mais le Marchand l’attrape par les cheveux et le roue de coups. Sevan essaie de se protéger mais entre son bras cassé et les coups qui pleuvent, il ne sait plus où il en est. Il jette sa jambe en avant de toutes ses forces pour le faire tomber et roule sur le côté, perclus de douleur.

Il fait un pas en avant mais s’effondre. Le Marchand éclate d’un rire cruel et se dirige vers lui, telle une marche funèbre. Sevan devrait avoir peur mais il n’en est rien. Il ne peut pourtant rien faire, il est trop faible, mais ça, il le savait dès le début. Il tend son bras valide en avant, ce qui intrigue légèrement le Marchand avant de se projeter lui-même. Gagner du temps !

Il donne un coup de poing qui est paré aussitôt avant de faire demi-tour et de reprendre les marches de l’escalier quand le Marchand le vise avec son arme. Ce dernier a à peine passé la porte qu’il se prend un violent coup dans la figure. Le Marchand l’attrape à nouveau à la gorge. Sevan suffoque et manque de perdre connaissance quand il recouvre l’air libre.

A travers sa vue brouillée, Sevan reconnaît une silhouette familière. Mais une silhouette tellement en colère que lui-même a peur.

- Toi, espèce d’inconscient ! Comment as-tu pu croire que tu pouvais vaincre un monstre pareil !

- Heu… J’ai pas trop eu le choix, se défend-il. Et puis, c’est toi qui as trainé.

- Un abruti m’a demandé de protéger sa mère, grommela Eden.

- Comment va-t-elle ?

Eden préfère ne pas répondre pour se concentrer sur la situation présente. Il assène un violent coup de poing sur le crâne du Marchand, ce qui fait un vacarme assourdissant dans ce silence étouffant. Le Marchand, furieux, balance Eden au loin tandis que Sevan s’avance pour le protéger. Au moment où le Marchand menace de l’attraper, Eden se relève en hurlant et courant à pleine vitesse telle une fusée qui entre dans l’espace. Le cataclysme provoque des ondes de choc et Sevan retient Eden qui manque de s’écrouler.

- Viens ! Lui hurle-t-il en regagnant l’air libre.

Eden le suit sans comprendre. S’ils vont là-haut, ils seront exposés. Dans un combat où l’ennemi a l’avantage, il est nettement déconseillé de lui faciliter la tâche. Cette fois, Sevan ne se poste pas juste derrière la porte, il laisse le Marchand assurer ses arrières avant de le frapper par au-dessus et de recevoir immédiatement la riposte. Le Marchand s’empare de l’un de ses doigts et Sevan se glace de terreur. Il ne peut pas l’empêcher même s’il se débat de toutes ses forces.

- Lâche-le ! Hurle Eden en se précipitant sur lui. Le Marchand l’envoie valser trois mètres plus loin et Eden atterrit violemment contre le parapet, inconscient. Il vise Eden mais Sevan ne le laisse pas faire.

- Arrête !

- Toi ! Rugit le Marchand en cassant immédiatement le doigt. Qui crois-tu être pour te mesurer à moi ? Une misérable larve qui se croit supérieure aux autres à cause de son passé ? Ne t’inquiète pas, je vais te souffrir comme les autres. Mais oui, tu as raison, je ne vais pas te tuer, je vais te laisser dans cet état de larve pour toujours.

Le Marchand craque un deuxième doigt puis un troisième. Sevan hurle de douleur à chaque fois, en se découvrant des capacités vocales qu’il ne soupçonnait pas bien que, au cinquième doigt, sa voix commence à s’érailler. Il n’y a pas que sa voix d’ailleurs. Tout son corps est en miettes et il git comme une loque aux pieds de son ennemi qui prend un malin plaisir à le torturer.

Dans le lointain, les cris de douleur de Sevan résonnent dans toute la ville, du moins dans le cœur d’Eden qui peine à se relever. Quand il ouvre les yeux, c’est pour voir le Marchand retourner le corps de Sevan, plus mort que vivant pour lui tordre le deuxième bras après avoir craqué tous ses doigts. Pliés dans tous les sens, il ressemble à une marionnette déchue digne des plus grands films d’horreur.

- Arrête ! Murmure-t-il.

Sevan n’avait rien fait pour mériter ça. Ce n’était qu’un gamin de trois ans de plus que lui qui avait déjà souffert plus que la vie d’un homme ne le permet. Pourquoi s’acharner sur lui ? Comme il l’avait remarqué, ce sont ses parents qui ont pris la décision, Sevan aurait commis l’erreur de vivre ? Quel aurait été le sens de l’opération dans ce cas ?

Obnubilé par son travail de torture, le Marchand ne fait plus attention à Eden. Ce dernier rampe jusqu’au Desert Eagle par terre un peu plus loin. Il se traîne en faisant attention à sa côte et finit par attraper l’arme. Le Marchand s’en rend compte, il reconnaît une arme de près ou de loin, entre mille autres bruits et s’empare de son arme.

Sevan, dans un dernier souffle, se jette sur lui pour lui faire tomber la sienne. Le Marchand, sans se départir de son calme, met Sevan devant lui pour s’en servir comme bouclier. Eden hésite mais tire une balle. Il ne sait pas combien de balles Sevan a pu tirer mais il espère qu’il en reste assez. Le problème, c’est que Sevan protège tous ses points vitaux.

- Vas-y, Eden. T’inquiète pas pour moi, croasse-t-il.

- Tais-toi si c’est pour dire ce genre de conneries. Tu me déconcentres.

- J’attends que tu gâches tes balles tranquillement, intervient le Marchand goguenard, ou que ton ami meurt des suites de ses blessures. Quelle option préfères-tu ?

- Sevan ?

- Oui ? Répond celui-ci faiblement. Rien que parler lui déchire la bouche. Il a mal partout et ne pourrait pas bouger le petit doigt de son pied alors parler…

- Tu peux tenir encore un peu ?

Sevan hoche la tête, demeurer conscient lui coût énormément d’efforts.

- Alors tu choisis le sacrifice. Ça me plait.

Eden demeura sans bouger, l’arme au creux de sa main, lourde et froide, alors que tout son corps bouillait. Il se concentrait. Si le Marchand lui en laissant le loisir, il ne s’en priverait pas. Il se concentre pour oublier Sevan et l’obstacle qu’il représente. Il y a un endroit où il peut viser, la partie la plus dure et certainement qui exige le plus d’expérience. Le Marchand ne comprend que trop tard, il s’élance pour l’arrêter. Il a compris que, quelque soit la direction qu’il prenait, Eden l’aurait dans son collimateur. S’il prenait à droite au dernier moment, Eden saurait parfaitement où viser. Une fois qu’il a sa cible en tête, rien ne peut l’en détourner. Ce sont là des années d’entraînement durement acquises auprès de son père. Un don que peu de personnes possède. Un don ou une malédiction.

S’il ratait son coup, Sevan pourrait en pâtir. Mais la situation n’est pas simple. Sevan lève légèrement le canon pour viser la tête de leur ennemi. Concentré au maximum, il s’agrippe fermement au manche de l’arme, prend ses appuis sur le sol et tire. Le tir est précis et ne subit pas de pression parasite. Mais le Marchand lui aussi est un ennemi redoutable, hors pair. Il parvient à se dégager de la trajectoire de la balle au dernier moment. Ce n’est pas sa tête mais son ventre qui prend la balle. Il se rue tel un forcené sur Eden qui tient toujours fermement son arme. Sans paniquer, il attend qu’il se rapproche. Sevan récupère l’arme que le Marchand avait laissée derrière lui pendant qu’il le torturait et il tire de ses mains fracturées. Eden tire à son tour et le Marchand se retrouve sous leurs feux croisés. Une balle dans le ventre, une autre se fige dans son épaule puis sa jambe. Il hurle de rage et se jette sur Sevan. Pas question qu’il le laisse là sans rien faire. Il n’a pas le droit de mourir. Pas question de…

Jack arrive pour tirer la dernière balle, la balle fatidique qui éclate le crâne de leur adversaire. Sevan, essoufflé, voit son corps tomber sans tellement y croire. Eden se précipite sur lui et veut lui prendre la main mais Sevan se crispe de douleur.

- Sevan, on t’emmène à l’hôpital, d’accord, reste avec nous.

- Eden…

C’est le dernier mot que Sevan prononce avant de sombrer dans l’obscurité.

Le Chasseur {Chapitre 44}

Publié le par danouch

Il était là. L’élu de son cœur. Au milieu de son groupe d’ami, souriant, beau comme un dieu. Les étés étaient chaud à Grenoble, le soleil frappait les fines pommettes du beau brun aux yeux bleus et faisait rayonner son teint halée. Assit sur le dossier d’un banc, Eden s’était pour la énième fois arrêté de manger ses chips sans réussir à le quitter des yeux. C’est à cet instant précis qu’il est tombé amoureux pour la première fois.

- Eden ! Attends moi ! Avait crié un garçon au milieu du couloir.

Eden s’était arrêté, son sang n’avait fait qu’un tour lorsqu’il l’a reconnu.

- Antoine ? Il avait articulé naturellement.

- T’aurai pas les notes de ce matin, j’étais absent à cause du basket.

- Demande à une fille de la classe, elles ont prit de meilleurs notes. Il avait simplement répliqué, presque acerbe.

- Non ! Vas y fais pas le con, donnes les moi s’il te plaît ! Il suppliait.

- Désolé, j’ai pas le temps.

- Oh vas-y s’te plaît ! J’te revaudrais ça ! Promis.

Antoine lui faisait les yeux de chien battu, Eden aurait aimé lui sourire en lui assurant qu’il ferait tout ce qu’il voudrait mais c’était avoué ces penchants. Penchants qu’il n’arrivait pas encore à comprendre. Non sans une grimace, il avait tendu son cours à Antoine qui l’a remercié d’une frappe viril dans le dos avant de s’enfuir, aussi vite que possible, appelant ses amis plus loin, le cahier sous les bras.

A cette époque, Eden avait déjà franchis le cape des premières bagarres. Même en révélant son homosexualité au collège, la rumeur restait en bruit de fond, sans plus. Aussi stupide que cela puisse paraître ceux qui l‘agressaient chaque jours avaient également pratiquement oublier cette histoire. Tout ce qu’ils savaient, c’était qu’Eden Bale était un impulsif, un chien enragé depuis le collège et qu’il ne se laissait jamais faire lors d’une bagarre. Il était imbattable. On oublie pourquoi on se bat mais on oublie pas qu’on a quand même un différent.

C’était la mauvaise période pour Eden, il s’était terré si loin dans ses retranchements qu’il fuyait le monde qui l’entourait, il vagabondait seul. Au milieu des couloirs, dans la cour ou même à l’extérieur, il restait en retrait. Il savait pertinemment que les gens avaient oublié cette histoire au collège, la plupart parlait de l’homosexualité de Eden Bale comme d’une rumeur urbaine, sans fondement. Après tout, personne ne l’a jamais vu avec un garçon alors que bon nombre de filles se vantaient auprès de leurs copines d’avoir déjà coucher avec le ténébreux Eden.

Oui, les gens avaient oublié et lui aussi commençait à oublier. Antoine le ramenait douloureusement à la réalité. Eden ne l’avait pas immédiatement remarqué, bien sûr il aurait pu faire un peu plus attention étant donné que le garçon était quand même délégué de sa classe, délégué des délégués et membre de l’équipe de basket.

Il avait commencé vraiment à s’intéresser à lui qu’à l’arriver du printemps, durant le deuxième trimestre, alors qu’Eden avait encore eu les meilleurs notes de la classe, Antoine était venu lui demander de l’aide pour les cours d’Anglais. Evidemment, il avait refusé mais ça n’avait pas démonté Antoine qui avait réitéré sa demande tous les jours pendant une semaine au point de l’appeler chez lui ! Eden avait fini par céder sous les menaces d’Eve qui jurait que si on la réveillait encore au milieu de la nuit, elle se fera un plaisir de briser toutes ses consoles à coup de batte de baseball.

Les cours particuliers avaient duré un mois. Une mois qui s’était révélé plutôt agréable, peut être même un peu trop car au fil des jours, à chaque heure de plus qu’Eden passait en compagnie d’Antoine, il tombait irrémédiablement amoureux. Il lui avait fallu du temps pour l’accepter mais c’était bel et bien le cas. Les souvenirs de son premier passage à tabac, des chuchotements sur son passage dans la cour du collège, de la trahison de l’un de ses compagnon, tout avait refait surface. Il ne voulait pas que ça recommence alors il avait décidé de ne rien dire. Ni à Antoine, ni à personne.

Pendant des mois, jusqu’à la fin des cours, Eden avait tenu. Il continuait de rentrer chez lui, plein de bleus et de plaies. Il arrivait en cours avec des yeux au beurre noir, la lèvre encore enflée. Antoine lui demandait parfois ce qui lui était arrivé, le plus souvent en plaisantant.

- Un jour on va te retrouver mort au détour d’une ruelle.

La phrase n’avait rien de drôle. Antoine ne souriait même pas.

Le cours de Madame Poitier était terminé, Eden était souvent le dernier à sortir et cette fois, Antoine était resté et s’était planté devant sa table. Les main dans les poches, le sac sur le dos. La journée était terminée.

- De quoi je me mêle ? Lui avait répondu simplement Eden en finissant dans ranger ses affaires.

- J’ai l’impression que tu te bas beaucoup en ce moment, j’ai tord ?

- C’est les beaux jours. Les racailles en profitent pour sortir.

- J’ai un message pour toi.

- Un message ?

- Océane, la petite brunette au premier rang, elle veut te parler. Elle t’attend devant le portail à sept heures.

- Pourquoi sept heures ?

- Parce qu’elle a gym, elle sera là que vers sept heures et lui fait pas faux bon ! C’est une amie et je lui ai promis que t’irai la voir. Même si c’est pour la remballer.

- Qui te dis que je vais la remballer.

Il enfilait mon sac sur les épaules et emboîtaient le pas pour sortir.

- Je me trompe ?

- Je verrai ce soir.

Eden avait continué son chemin sans regarder derrière lui, sans le regarder, lui. Il savait qu’Antoine s’était arrêté. Il se demandait encore s’il n’allait tout simplement pas poser un lapin à cette jeune fille, quitte à rester un beau salop jusqu’au bout et ainsi s’en sortir sans lui dire la vérité sur son homosexualité. Il ne voulait pas que le passé se répète.

Encore pour une raison qu’il ignore, il s’était retrouvé à l’heure devant le portail du lycée, il se fatiguait lui-même d’être aussi honnête. Mais c’est avec étonnement qu’Eden constatait que c’était lui, qui avait été planté. Pas de jeune fille entichée à l’horizon, rien. Pendant près de quinze minutes à il avait attendu et personne n’est venue. Enfin presque…

Naturellement, d’un pas nonchalant, Antoine s’était approché. Il ne souriait pas comme à son habitude, il n’avait aucun air joyeux et radieux. Il était horriblement sérieux, trop sérieux pour Eden qui sentait son cœur battre plus vite à chaque pas qui les rapprochait.

« Elle ne viendra pas. Je t’ai menti ». Une petite phrase simple qu’Eden avait dû mal à comprendre. Antoine se serai-t-il moqué de lui ? A l’évidence, c’était le cas.

« C’est moi qui voulait te voir ». C’était le flou, pourquoi Antoine voulait-il le voir ? Devant le lycée ? A cette heure ci ?

« Je suis désolé Eden… » Il l’avait presque murmuré. Eden n’a pas eu le temps de répliquer qu’il a senti une douleur saillante sur la tête le faisant perdre l’équilibre et la vue, tout s’est embrouillé, le noir, les flashs, la sensation de tomber par terre sans réussir à se contrôler. Son regard avait longé le corps d’Antoine, il a avait planté ses améthystes dans ces yeux bleus rongé par le regret.

C’était un piège. C’était son premier chagrin d’amour.

Eden n’a pas été totalement honnête avec Sevan le jour il lui a raconté son histoire avec Greg, il a laissé supposer que c’était son premier amour. C’était le cas en quelque sorte puisque c’était sa première relation sérieuse. Il a connu des coups d’un soir, il a connu des hommes de passage mais Greg s’était plus que ça.

Puis il a évité soigneusement la curiosité de Sevan lorsqu’il lui a demandé où il en était à quinze ans dans sa vie amoureuse. Il s’était brusquement souvenu du premier garçon qui a réellement touché son cœur, Greg ne lui était même pas venu à l’esprit. Il a pensé à Antoine à la seconde, cette histoire qu’il avait complètement oublié.

Pourquoi y penser maintenant alors que le train continue de cheminer en direction d’une ville perdue dans le sud de la France ? Il ne sait pas. Alors que Sevan s’est endormi contre son épaule, lui, réfléchis, se remémore ces souvenirs. Ils ne lui ont jamais réellement fait de peine. Après avoir réussi à se débarrasser du gang qui lui était tombé dessus, le visage en sang, il n’a rien fait à Antoine. Sans doute déjà bien déçu par la vie, voir l’homme qu’on idéalise nous planter un couteau dans le dos ne nous étonne plus. Après tout, Antoine ne lui a jamais rien promis, il ne le connaissait pas, il s’était fait des idées sur un garçon qui lui adressait à peine la parole. Pourquoi l’aimait-il déjà ?

Eden était parti. Il allait rentrer chez lui mais il s’était écroulé avant de faire deux pas. Il s’était réveillé aux urgences, sa mère pleurait toutes les larmes de son corps, Eve l’insultait de tous les noms tandis que Gaël, encore tout jeune, l’observait sereinement. De loin dans un coin de la pièce. Peut être pris par un élan de remord, Antoine avait appelé l’ambulance. Il ne pourra jamais le dire puisqu’à partir de cette journée, ils ne s’étaient plus jamais adressés la parole. Sentir Antoine trembler à chaque fois qu’Eden et lui se croisaient n’était pas satisfaisant. C’était un coup de plus en plein cœur. Jusqu’à ce que le temps efface tout.

Pourquoi penser à Antoine maintenant ? Serai-ce parce qu’il s’inquiète pour son frère ? Serai-ce parce que il y a de ça quelques minutes il s’était dit qu’il a quand même vécu de belles années ? Malgré les Antoine, les bagarres, les crises d’adolescences, Greg et tous les autres, il pouvait encore se sentir invincible. On ne pouvait rien contre lui.

Aujourd’hui il n’est plus sûr de rien. Certes il a trouvé l’amour, avec un peu de chance l’amour de sa vie mais il se sent faible. Fragile. Vulnérable. Il a trouvé un adversaire à sa taille, non, mieux, il a trouvé son maître. Celui qui a mis un terme à toute cette assurance. Il lui prouve chaque jour. D’abord en s’attaquant à lui, lui donnant la sensation d’être une petite souris à la merci des prédateurs nocturnes. Puis en s’attaquant à son père ! Son modèle ! L’immortel Jack Bale ! Le légendaire. L’épouvantail. Sans réussir à le tuer de toute évidence mais en l’ébranlant comme jamais personne ne l’a ébranlé et rien que d’y penser Eden a les dents qui se serrent.

Si son propre père a pu se faire avoir, alors que peut il faire ? Que peuvent-ils tous faire ? Est-ce qu’il reste une chance d’échapper à ce tyran ? Peut être qu’il n’aurait pas dû envoyer se faire foutre le Chasseur. Il peut être le seul à connaître parfaitement le Marchand, le seul qui puisse l’arrêter. En même temps, que pouvait il faire d’autre ? Se laisser mener par un assassin ? Celui là même qui a tenté de le tuer, de tuer Sevan, de tuer sa famille, et qui a tué Cédric. Avoir en confiance en ce criminel est au dessus de ses forces, autant dire qu’il préfère mourir plutôt que de le suivre aveuglement.

Sevan s’agite, il se replace un peu plus contre Eden qui le regarde soudainement. Il se complait à souligner les traits fins de son visage, passer ses yeux sur son front légèrement couvert par quelques mèches furtives de cheveux châtain, à longer ses paupières closes, ses joues douces et imberbes, ses deux lèvres rosées et délicates. Il est heureux de le voir dormir, même si ce n’est pas le meilleur des sommeils qu’on puisse avoir. Durant ses heures où l’esprit est atteint, la réalité disparaît comme un murmure.

Il aimerait dormir mais il n’y arrive pas. Il pense à son père quelque part dans le pays, qui se soigne comme il peut. Il a surement rejoint un de ses contacts médecins, peut être même qu’il a rejoint Oz mais il en doute. Il pense à sa famille restée cacher dans le QG de l’équipe d’Oz. Il pense à la maison de Sevan, aux photos de famille, à Michèle Boutonnier. Elle détient encore beaucoup d’information capitale concernant le Marchand, ils doivent la retrouver avant que le Marchand lui-même n’y soit, auquel cas la mère de Sevan sera en danger. Ils seront tous en danger. Quoi que foncer dans la gueule du loup en sachant que leur chasseur se dirige dans la même direction, c’est pas vraiment très prudent. Que peuvent ils faire d’autre ? Et puis Sevan n’aurait jamais accepté de partir sans aller chercher sa mère d’abord. Eden n’a plus la force de se disputer avec lui, il doit profiter de chaque instant qu’ils passent ensemble car plus cette histoire avance, plus il doute quant à sa survie…

***

- Ouvres la porte ! Murmure Oz.

- Non. Toi ouvres ! Lui ordonne Delaine.

- Tu fais chier Cal’ ! Ouvres la porte j’te dis !

- Je te couvres vas y !

- ET MERDE ! S’écrie Oz sans se formaliser de la règle de discrétion.

Il arrache la porte de ces cons en lui donnant un bon coup de pieds bien placé, l’arme pointé dans la pièce, il observe. Delaine se tient derrière lui, armé également. Oz rentrer le premier, ses rangers fait grincer le parquet. A pas lent il progresse. La maison est plongé dans le noir. Les volets son fermés et d’après les voisins ils n’ont pas vu Lauren Calbert - Calmer de sa véritable identité - depuis près de deux mois. Cette femme, espionné pour trafique d’organe aurait été la contacte d’Olivier Milak lorsqu’il exerçait pour le compte de cette organisation. Ils pensait trouver des indices sur son implication et pourquoi pas sûr le Marchand puisqu’après les récents éléments, le Marchand aurait eu recours à une organisation concurrente pour son propre fils. Cœur qui lui a été volé par l’organisation de Lauren. D’après le dernière appel d’Isis, Jack aurait trouvé des informations sur la véritable dirigeante de cette organisation, une certaine Michèle Boutonnier qui s’était immiscé dans la vie du médecin comme une amie et non comme une partenaire dans le crime. Lauren aurait joué les intermédiaires, peut être même une dirigeante en apparence pour Olivier et les autres sous-traitant. Michèle gardait ainsi l’anonymat. Elle pouvait être inculpé de travailler pour une organisation criminelle mais pas de l’avoir créée. C’était rusé, il fallait l’avouer.

Depuis ce message, de la veille, plus de nouvelle de Jack. Ni même du Chasseur ce qui ne laisse pas indifférent Delaine qui commence sérieusement à se poser des questions.

De son côté, Oz n’a pas changé de comportement. Il ne demande même pas de nouvelle de Jack lorsqu’Isis le contacte, il semble étrangement calme quant à ce mutisme soudain, même trop calme.

- Tu sens rien ? lui dit Oz après avoir traversé tout le salon.

Il appuie sur l’interrupteur mais le courant semble avoir été coupé, il s’approche lentement de la fenêtre et remonte le volet. Les sourcils froncés et le nez refrogné, Delaine regarder sur sa droite. Ligoté à une chaise, le cadavre de Lauren Calmer, en décomposition. Sa peau devenu noire, collant fortement à son squelette, la chair qui se rétracte, les cheveux blond plus sec que de la paille. Une vision d’horreur. L’odeur est telle qu’il en a des hauts le cœur mais il se retient. Il en a vu d’autre et Oz aussi.

Tous deux regardent le corps, immobile. Ils se doutaient de ce résultat, ils en avaient quasiment la certitude mais ils se devaient de venir.

- Le Marchand l’a eu. Annonce Delaine.

- Le Marchand ou un autre. Tu oublis l’autre patron, qui a été dupé comme le plus grand des imbéciles.

- Quelque chose me dit que s’il avait voulu la tuer il l’aurait fait depuis longtemps, je te dis que c’est le Marchand. Répond Delaine.

- C’est pas sa méthode pourtant.

- Ca fait longtemps qu’il a abandonné sa méthode.

Delaine fait le tour de la pièce. Il n’y a que des meubles sans aucune valeur particulière, pas de photos, pas de trace de personnalisation dans le salon. Il met ses gants et ouvre le premier tiroir. Aucun papier, juste des nappes, des bibelots, des piles. Oz commence à fouiller également.

Calvin change de pièce et rentre dans la cuisine. Propre. Pas de trace de vie mais la poussière ne s’est même pas accumulée. Etrange. Il trouve le courrier, il ouvre la première lettre. Facture. Facture. Pub. Banque. Aucun papier qui ne donne des indices sur son travail. Le courrier est plutôt récent, or vu l’état du cadavre, Lauren n’a pas pu récupérer un courrier qui date d’à peine deux semaines. Comment c’est possible ? Le Marchand reviendrait-il ici ? Impossible, il n’est pas assez fou pour revenir sur ses traces.

- Cal’ ! Vient par ici ! L’appelle Oz.

- Qu’est-ce qu’il se passe ?

Calvin quitte la cuisine, traverse à nouveau le salon en regardant la femme penchée sur sa chaise, il rejoint enfin Oz qui fouille une des chambres. Il lui tend une photos, Calvin est stupéfait.

***

Le voyage était terminé. Sevan s’est réveillé juste à temps et après une petite séance de câlin bien mérité, ils sont descendus du train. Le contact du froid sur la peau leur rappelle qu’il fait froid en hiver, même dans le sud et le soleil au milieu du ciel bleu ne réchauffe par leurs joues.

Sur leurs gardes, Eden et Sevan s’engouffre dans la gare main dans la main. Plus méfiant que jamais ils sortent du bâtiment et se dirigent vers un taxi. La voiture pénètre dans la ville. Eden est bien loin de ces montagnes ici, juste des pleines et des maisons ocres, des tuiles rouges, l’odeur de la méditerranée. Sevan s’y sent plutôt à l’aise, il regarde attentivement par la fenêtre tandis que son amant vérifie constamment que personne ne les suit.

Même les habitants semblent différents, ils ont l’air plus heureux, ils crient fortement au milieu des rues et la mixité ethniques est omniprésente. Le chauffeur s’arrête dans une rue d’un quartier résidentiel tout ce qu’il y a de plus simple. Sevan reconnaît immédiatement l’endroit, un flot de souvenir dans sa jeunesse refait surface. Il a passé de nombreux été ici, la chaleur qui frappait le macadam faisait danser l’horizon, le bruit des tongs qui cognent contre le talon. Les éclats de rire de sa famille et l’odeur appétissante d’un barbecue familiale. La brise douce du couché du soleil, le bruit des grillons, les étendus de champs de blé. L’impression d’être en vacances dans un autre pays.

Michèle souriait, sa mère aussi. Elles semblaient partagées des instants complices, elles semblaient réellement s’apprécier. Cette simple image compresse sa poitrine, il imagine maintenant la photos de Michèle tenant Sevan enfant dans ses bras, cette même photos pleine de sang. Celui qu’elle a sur ses mains. Elle a plongé sa famille dans le chaos.

Les deux amants restent quelques secondes plantés devant le portail. La maison était entourée de haie, Michèle avait été mutée dans un nouvel hôpital depuis l’arrestation d’Olivier, comme si elle craignait d’être impliquée également. Ou qu’elle craignait autre chose.

Eden a voulu faire le premier pas en ouvrant le portail mais Sevan l’a devancé. Surpris, le cadet l’a regardé faire. C’était difficile, rentrer dans cette maison alors qu’il fait si froid dehors. Revenir sur son passé et plus rien n’est pareil. La maison ne lui a jamais paru aussi sombre, aussi lugubre. L’amitié qu’il portait à Michèle n’était que déception et haine. Silencieusement il pousse le portail qui grince. Il passe en premier, posant ses yeux marron sur la façade. Il reste immobile encore quelques secondes avant d’emboiter le pas jusqu’à l’entrée, les poings serrés. Il monte les trois petites marches qui conduisent à la porte avant de frapper contre le bois, il retient sa respiration espérant de tout son cœur que sa mère vienne lui ouvrir. Il doit garder son calme. Il doit garder son calme.

Les minutes passent et personne ne leur ouvre, Eden regarde au dessus, espérant voir quelqu’un par la fenêtre. Sevan et Eden se regardent un instant, la même idée.

- Pousses toi, somme Eden en écartant Sevan.

Il regarde l’intérieure de la serrure, il lève ses yeux et observe minutieusement l’armature de la porte avant d’arquer un sourire. Sur la première marche, Sevan patiente. Eden sort soudainement une arme de sa ceinture et vise la serrure. Il tire une fois, la serrure à sauter. Sevan s’attendait à tout sauf à ça, il l’imaginait plutôt enfoncer la porte, depuis quand est-ce qu’il est armé ?

- Depuis qu’avant de quitter l’hôtel, j’ai fouillé les affaires de mon père et j’ai trouvé un Desert Eagle avec deux chargeurs. On a un tueur à gage à nos trousses, tu crois pas que j’allais rester sans armes.

- Et pourquoi moi j’ai pas d’armes ?

- Parce que j’ai peur que tu te mette une balle dans le pieds, se moque Eden en ouvrant la porte.

Pas un bruit dans la maison, le porte manteau dans l’entrée est vide. Pas de clé sur la commode à chaussures, tout laisse penser que Michèle Boutonnier est absente et pourtant, ils ont l’étrange sensation d’avoir franchis le seuil de l’enfer. Le tension rampe sur leur peau comme une araignée velue.

Eden déglutis, l’arme en avant, l’œil avisé il regarde dans le moindre recoins. Une grande salle à manger et un salon leur fait face, derrière un escalier qui mène à l’étage. Sevan reprend doucement ses repères, il passe une main nonchalante sur la table en bois. Eden entame la première marche de l’escalier, le regard vers l’étage. Il se colle un peu plus contre le mur et avance lentement, il est vite rattrapé par Sevan qui surveille leurs arrières.

Toujours aucun bruit, juste le battement réguliers de leurs cœurs et le souffle de plus en plus fort. Eden arrive en haut de l’escalier. Un long couloir lui fait face, la première porte à gauche est ouverte et laisse sortir la lumière du jour. Il continue, dos au mur, les dents serrés il ose un regard dans la pièce qui semble être un bureau. Elle est vide. Toujours aucun bruit. Son pieds frappe le tapis en peau de zèbre alors qu’il s’avance de plus en plus dans le bureau. Sevan prend soudainement les devants et vient s’asseoir sur le siège en ouvrant chaque tiroir. Eden regarde en direction de la porte, l’arme pointé vers le sol pour éviter de tirer sans sur Sevan. Une erreur est vite arrivée.

Soudainement un bruit les fait sursauter, un objet est tombé au sol. Eden a pointé l’arme si rapidement vers le couloir que Sevan a retenu son souffle. Ils sont en alerte, le cœur battant à vive allure, la sueur perle déjà sur leurs fronts. Sevan s’est immobilisé sur le siège, Eden se dirige vers la porte. Il a l’impression d’être à nouveau dans l’école, attendant l’instant fatidique pour échapper au Marchand. Il efface ce souvenir et reprend ses esprits. Il se colle à la porte et regarde en direction des escaliers. Personne. Il se place rapidement dans le couloir, l’arme toujours en avant fermement tenue dans ses mains.

Le bruit recommence. Eden sort une arme plus légère que le Desert Eagle de dessous sa veste, il la jette en direction de Sevan qui la rattrape par réflexe.

- Reste ici. Lui murmure Eden.

Il reprend sa marche dans le couloir. A chaque pas, il s’approche un peu plus du bruit qui se répète, moins fort. Il y a quelqu’un. C’est une certitude. La porte au fond du couloir. Eden continue d’avancer, les nerfs à vif, sur le qui-vive. Il est devant la porte.

La panique commence à gagner Sevan, il n’entend plus les pas d’Eden. Il regarde l’arme et enlève le cran de sureté. Il serre un peu plus la crosse dans ses mains il se souvient alors que ce n’est pas la première fois qu’il tient une arme dans ses mains, il a déjà utilisé une arme pour tuer quelqu’un. Pour tuer Peter. Pourra-t-il recommencer si quelqu’un se présente ?

Eden tend sa main pour ouvrir la porte, il baisse lentement la poignée, sans bruit. Son cœur cogne.

Boum boum

Sevan tend son arme en direction de la porte, il vise. Il attend. Il a peur mais n’en montre rien.

Eden ouvre la porte soudainement, le bras en avant, la porte claque contre le mur et laisse voir une chambre. Un petit fauteuil dans le coin, un grand lit et une femme étendue sur le sol. Eden baisse à son arme et se précipite pour l’aider à se relever. Elle est ligotée, bâillonnée. Des cheveux court, brun, une femme d’un certain âge déjà.

- Sevan ! S’écrie Eden. Tu peux venir !

Rapidement Sevan arrive, l’arme toujours dans la main, sa bouche s’écarte, ses yeux s’exorbitent. Il regarde autour de lui. Eden enlève le scotch, la victime semble respirer à nouveau.

- C’est pas elle. Lui dit Sevan timidement.

- Comment ça ?

- C’est pas Michèle. C’est pas ma mère non plus.

- Détachez moi je vous en supplie !! S’écrie la victime.

Eden ne comprends pas, Sevan est désemparé.

***

En l’espace d’une centième de seconde, Delaine et Oz étaient en position, tous d’eux armés, dos au mur, de chaque côté de la porte. Oz est le premier à rentrer à nouveau dans le salon, le cadavre toujours au même endroit mais la tête penchée en arrière. Ses sourcils se froncent, sans un bruit, il fait signe à Calvin pour qu’il le rejoigne.

La porte de la salle de bain juste à côté de celle de la cuisine s’ouvre lentement, un canon brillant apparait le premier, des doigts fins, quasi squelettiques serrent la crosse avec force. A bout de bras, l’arme tremble.

- Posez votre arme, murmure presque Oz tout en pointant sa cible.

Des larmes sur le visage sur un visage ridé, des cheveux brun en pagailles, les yeux écarquillés, la bouche pincée. La porte de la salle de bain s’est totalement ouverte sur une femme aussi fragile qu’instable.

- Je ne voulais pas…., elle murmure comme pour elle-même. Je n’ai jamais voulu en arriver là…

- Posez votre arme…, Répète Oz.

- Tout ce que je voulais c’était aider ces enfants, aider ses êtres qui n’allaient sans doute jamais avoir la chance de survivre…Savez-vous combien meurent parce qu’ils n’ont pas de greffe à temps ? Savez-vous combien de familles sont brisées chaque jour ? Je voulais juste les aider…

- On vous comprend, intervient Delaine en baissant son arme. Je vous assure. Maintenant…Posez votre arme.

Elle sanglote de plus belle.

- Olivier était mon ami !! Qu’est-ce que je devais faire ?! Laisser son enfant mourir ?! L’autre n’avait aucune chance de s’en sortir ! Même avec la greffe ! Il était déjà trop faible ! Alors que Sevan était tellement accroché à la vie ! Je pouvais pas le laisser mourir, je pouvais pas l’abandonner. Olivier n’a jamais su…Il n’a jamais su que c’était moi à la tête de ceux qui l’avaient engagés…Je ne voulais pas perdre son amitié. Ils étaient ma seule famille…

Son regard se perd, ses larmes voilent ses beaux yeux rieurs sur la photos, emprunt d’un désespoir grandissant dans la réalité.

- Il me fallait une femme qui tienne ce rôle à ma place…Qui se fasse passer pour le dirigeant. Lauren était parfaite.

- Pourquoi l’avoir tué, Michèle ? Demande Delaine sans relâcher sa vigilance.

Michèle fronce les sourcils, elle serre les dents avant de cracher avec virulence :

- Elle était sous l’œil des autorités. C’est elle qui a dénoncé Olivier pour pouvoir se couvrir, ça n’a pas empêché l’organisation de sa casser les gueule. Les contacts, les membres ont été assassinés un par un. Elle a prit peur et s’est enfuie. Je ne savais pas où elle était jusqu’à y a deux mois, un peu avant que Catherine ne vienne chez moi. Je me suis vengée pour Olivier, pour nous tous.

- Où est Catherine Milak ?

- Je l’ai laissé chez moi.

Les deux militaires se regardent, les réactions de Michèle sont imprévisibles, elle est effrayée et complètement instable.

- Venez avec nous Michèle, lui dit Delaine le plus amicalement possible.

- Que va-t-elle dire ? C’est de ma faute si son mari est en prison ! C’est de ma faute si Sevan est en danger…Tout est de ma faute…

- C’était la faute de Lauren, non de vous. Lui dit Delaine pour la mettre en confiance, je vous en prie Michèle.

- J’ai engagée Lauren, j’ai volé le cœur…

- Posez cette arme…

- A cause de moi…

Soudainement Michèle lève l’arme sur sa tempe, Oz s’apprête à tirer dans sa main mais elle déjà pressé sur la gâchette, le coup part et le sang gicle faisant grimacé Calvin. Comme au ralentit, le corps de Michèle Boutonnier tombe, désarticulé. Oz rengaine son arme alors que le colonel en face de lui semble s’écroulé, il se laisse tomber contre le mur, sans retenue. Les lèvres retroussés, les dents serrés.

- Ressaisi toi Cal’, il faut retrouver Catherine Milak.

- Je n’ai pas pu lui demander…Je n’ai pas pu lui demander pourquoi Lauren avait une photos de Rose.

- Parce que le père de Rose est notre deuxième trafiquant.

Comme venu de nulle part, Seth fait son entré dans la maison, il ne pose même pas un regard sur l’un des deux cadavres du salon. D’une démarche presque féline il s’avance jusqu’aux militaires, l’écharpe cachant le bas de son visage. Il vient se planter devant Calvin qui le toise presque menaçant. Ils ne s’attendaient pas à voir le Chasseur ici et encore moins l’entendre débiter de telles absurdités.

- Suite à la chute de l’organisation de Michèle Boutonnier, Lauren Calmer a cherché à acheter sa vie auprès du Marchand de Sable qui éradiquait le moindre membre de l’organisation. Elle a fait des recherches sur le premier trafiquant, celui qu’elles ont dupé. Elle a découvert qu’il avait une fille dans la police, il était lui-même officier ripoux. Elle a donné l’info au Marchand. La suite on la connait.

- Ca expliquerait pourquoi il cherche à atteindre le Marchand, après tout il a tué sa fille. Ce n’était pas un intérêt financier finalement. Conclu Oz.

- Parce que tu le crois ? S’exclame Calvin. Je connais le père de Rose ! Ce n’est certainement pas un trafiquant ! Il ne tient même plus sur ses jambes ! Ca fait dix ans qu’il est en chaise roulante !

- D’où tires tu ces informations ? Demande Oz.

- De la femme du Marchand.

La véracité de ses dires devient plus concrètes, Calvin ne trouve rien à en dire, rien à critiquer. Il est abasourdi parce qu’il vient d’entendre et n’arrive pas à se résoudre à y croire et pourtant…Ca semble tellement vrai. Cet homme plein de droiture, bienveillant, n’est en fait qu’un officier ripoux, qui gère dans l’ombre une organisation de trafique d’organe ? Impossible ! Comment il a pu passé à côté ?

- Jack a disparu. Il est gravement blessé j’en suis certain. Les deux gamins sont partis seuls au domicile de Michèle Boutonnier.

- Tu ne les as pas suivi ? Demande Oz étonné.

- Je suis venu chercher du renfort. Le Marchand est déjà sur place. Ne perdons pas de temps.

Le Chasseur {Chapitre 43}

Publié le par danouch

Trois hommes sortent du tramway. Ils veulent passer inaperçus mais l’état de loque attire l’attention comme du miel avec un ours. Eden a l’air maussade et serre fermement la main de Sevan, en regardant à peine devant lui. Les lèvres serrées, il se contente d’avancer un pas devant l’autre en ruminant. Il refuse de laisser Seth mener la barque. Pas lui, même son frère sera plus indiqué que lui. Il aurait même confiance dans le père de Sevan qui est pourtant à l’origine de tout ça.

Olivier se croyait-il vraiment à l’abri du destin pour oser le regarder de haut ? Se prenait-il pour Dieu pour sauver la vie de son fils ? Mais si son père devait en payer le prix, il ne lui pardonnerait jamais. Une vie pour une vie. Pourrait-il continuer à regarder Sevan comme si de rien n’était ? Le garçon préférait ne pas lever la tête, ayant peur de la réponse. Le simple fait de se poser la question le terrifiait. Pourquoi en arriver à une telle extrémité ? C’est dingue comme le cerveau fait le tour des drames en tout genre au lieu de trouver une solution dans ces moments-là. Au lieu de penser au désastre, pense au problème.

- Attends, s’exclame-t-il, pourquoi fuir au juste ?

- Quoi ? Tu n’as pas entendu que le Marchand en a après Sevan ?

- On devrait plutôt retourner sur les lieux et chercher des indices ? Jusque-là, ça ne nous a pas apporté grand-chose de fuir.

Seth se retourne vivement et les trois hommes s’arrêtent subitement, à découvert, offrant une cible parfaite pour le premier assassin.

- De deux choses l’une. Soit ton père est mort et revenir sur les lieux où un assassin pourrait nous attendre est une pure folie soit ton père est vivant, crois-tu qu’il aurait pris la peine de laisser des indices pour que tout le monde le retrouve ? Maintenant, on peut encore limiter les dégâts et sauver notre peau ou continuer à leur dire « tirez-nous dessus, qu’on en finisse une fois pour toutes ! »

Sevan allait répliquer mais Eden le tire résolument par la main et passe devant. Il a raison et ça l’agace. Parce que ses tripes à lui, elles lui disent de retrouver son père quoi qu’il arrive. Il ne pourrait jamais rentrer à la maison et annoncer, tout en joie, que son père est mort. Jusqu’à ce qu’il point dramatise-t-il la situation ? Il n’arrive pas à le savoir lui-même.

Ses nerfs lui jouent-ils un mauvais tour à cause de la fatigue ? Surement, il n’arrive pas à réfléchir. Ou plutôt, il ne veut pas réfléchir. Ou encore, il réfléchit à l’envers. Il ne réfléchit pas, il panique. Mais il ne s’en rend pas compte lui-même. Ses pensées sont bloquées et refusent la réalité. Non, c’est pire que ça. Il est dans le fou total. Il laisse un criminel notoire les contrôler. D’accord, aujourd’hui, il est de leur côté tout comme hier, il traquait Sevan sans relâche jusqu’à tuer Cédric. Demain, qui sait de quoi il sera capable ? Qui peut affirmer que Seth ne les conduit pas droit dans un piège sous ses airs de bonne nourrice ? Jack le l’aurait pas félicité pour ça, il l’aurait même traité de tous les noms et d’incompétent de s’être laissé emporter par les événements.

- Eden ! Hurle Seth pour la énième fois, la seule fois qu’Eden l’entend.

Eden se retourne, habité de toute l’autorité dont il est capable. Fils de Jack Bale, ça donne beaucoup de potentiel.

- Ecoute-moi bien ! Même si tu étais le dernier homme sur terre, jamais je ne te confierai ma vie ! Siffle Eden.

Seth a du mal à cacher sa surprise. Sa soudaine raideur et son immobilité totales le trahissent : un souffle d’Eden le caresse et il tombe comme une feuille. Certes, Eden n’est pas du genre à être une créature de cristal, protégée des regards, qu’on ne doit surtout pas toucher au risque de la briser. Mais, un instant, Seth a, en effet, cru pouvoir le contrôler. Il ne s’en est pas rendu compte tout de suite : c’est en voyant le garçon amorphe et ruminé qu’il a cru pouvoir prendre en main les directions et aller à son rythme. Seulement, il a été trop rapide, il ne s’est pas montré assez subtil. Son discours a réveillé Eden au lieu de l’endormir. Même si le garçon avait protesté, il n’aurait pas dû réagir et laisser le silence de la mélancolie s’installer en lui, avec ses doutes et ses peurs.

- D’abord, on va descendre à l’hôtel le plus proche.

- Ce n’est pas le moment de…

- C’est moi qui donne les ordres ! Le coupe Eden. Tu ne l’as toujours pas compris.

- Pour l’instant, tu te donnes des ordres. Encore faut-il qu’on les exécute.

Sevan se range sans hésiter et avant même qu’Eden lui adresse un regard du côté de celui-ci. Seth a tué Cédric, il ne croyait quand même pas que Sevan le suivrait sans poser de questions ! De son côté, Seth doit protéger les garçons ; pour autant, il ne va pas se laisser marcher dessus par des gosses qui n’ont pas la trentaine ! D’ailleurs, depuis quand se sent-il l’obligation de les protéger ? Il peut tout à fait mener la barque seul. Il a compris le plan du Marchand, d’Isaac, il connaît même son nom. Il va les laisser se débrouiller tous seuls.

- Comme vous voulez. Mais vous perdez des informations précieuses et ton père n’aurait pas raté pareille occasion.

- Ne parle pas de mon père comme si tu le connaissais, crache Eden. Je serai le pire des idiots si je laissais un assassin maîtriser les événements. C’est comme si je me constituais otage moi-même.

Sans prononcer une parole de plus, Seth tourne le dos aux garçons et se perd rapidement dans la foule pour disparaître complètement. S’il reconnaissait Jack comme son égal, travaillant en harmonie avec lui, ce n’est pas le cas avec son rejeton. Et visiblement, c’est ce que pense ce dernier. En fait, Jack représentant le maillon fort du groupe ; sans lui, il se dissout.

Dans le flot ininterrompu des cors et des violons se joue inexorablement le destin. Sur le champ de bataille, à l’heure où chaque seconde compte, à l’heure où le moindre frôlement peut signifier la mort, les deux garçons restent immobiles en retenant leur souffle.

Son père est entre la vie et la mort, le Marchand de Sable traque Sevan sans relâche, deux mères esseulées craignent pour la vie de leurs mari et fils, et deux cœur en panique battent à un rythme effréné. Les tambours résonnent de plus en plus forts et c’est une véritable cacophonie qui s’emballe. Les coups pleuvent dans leur cœur, le sang coule des blessures putrides et tout leur échappe.

Eden prend la main de Sevan et se met à courir comme un forcené. Il veut se libérer. Il n’est plus otage ! C’est une question de vie ou de mort et c’est à eux de prendre leur destin en main. Pas Olivier Milak qui a cru pouvoir berner Dieu et qui veut maintenant reprendre son bien, pas le Marchand de Sable, pas Seth. Les trois sorcières qui tissent le fil de la vie vont avoir du fil à retordre avec celui de Sevan, c’est du fil de soie, incassable ! De la soie, dans ce monde de brute, aussi souple que le souffle du vent, mais aussi solide qu’un bloc de béton.

Le chœur se met à chanter et Eden ne voit plus personne. Ils courent seuls parmi la foule. Autour de lui, tout devient noir et le chemin qu’il doit prendre est aussi clair que de l’eau roche. Comme si un rayon de lumière éclairait son passage. Sevan et lui passent comme un courant d’air. On sent tout juste une légère fraîcheur mais on l’oublie aussi vite qu’on le chasse.

- Eden ! Crie Sevan. Eden ! Arrête !

Mais Eden ne l’entend pas. C’est une fuite vers l’avenir, une panique irraisonnée qui le guide vers le chemin de la vérité. Ses pensées vont trop vite pour lui alors il se met à courir pour les rattraper.

Il s’arrête. D’un coup. Il lève les yeux et se rend compte qu’il est devant une petite foire. Il tente de reprendre et regarde Sevan avant d’exploser de rire. Ce dernier s’interroge sérieusement sur son état mental. A-t-il perdu la boule ? Ce ne serait pas étonnant !

- Ah ! ça fait du bien !

- Heu… Tu te sens bien ?

- Lâche-toi un peu, tu verras que ça du bien !

- Non merci, répond Sevan en arquant un petit sourire. J’ai pas envie de passer pour un dingue.

- Dans cette foule, on pourrait se faire tuer en plein milieu que personne ne remarquerait rien. Les gens sont aveugles, Sevan.

En entendant son prénom, Sevan se surprend à frissonner de plaisir. Dans cette tourmente où ne se passe pas une seconde sans qu’ils ne risquent leur vie, le simple fait d’entend Eden prononcer son prénom avec l’émotion qui l’habite en ce moment, lui fait du bien. C’est alors qu’il prend une décision.

- Qu’est-ce que tu fais ? Demande Eden au moment où Sevan l’entraîne dans la foire.

- Tu veux te lâcher ? On est au bon endroit !

- Quoi ? Mais t’es pas bien !

- Ah oui ? Qui est celui qui a pété un câble ? Tu te sens d’attaque pour l’ascenseur ?

- Nan mais on a deux assassins en cavale et toi, tu veux mourir dans un truc pareil ?

- Quoi ? Ne me dis pas que t’aimes pas ces trucs-là ?

- Tu plaisantes, j’espère ? C’est pas demain la veille que tu me battras à l’alcool ni aux stands de l’enfer !

Le destin est vraiment retors. Comment expliquer cette tournure ? Les mots se perdent. Mais Sevan crispe violemment la main de son amant au moment où la machine redescend vers la terre ferme à une vitesse époustouflante. S’il avait exprès exagéré sa réaction pour entraîner Eden, il ne pensait pas souffrir autant. Eden se plie en deux en voyant la tête de son amant et comprend maintenant où il a voulu en venir. Leur wagon est vide. En pleine semaine, au milieu de l’après-midi, il n’y a pas grand monde dans les foires. Ils s’embrassent dans le noir le plus total. Son excitation devient palpable quand il voit Sevan sur le point de vomir.

En ressortant de la machine de l’enfer, Sevan est complètement tétanisé, les mains crispées, le cœur remonté et le teint plus pâle que pâle. Eden se tord de rire mais conduit tout de même son compagnon sur un banc proche. Il croit comprendre. Cette lumière aveuglante qui le guidait, c’était Sevan. Pendant un moment, les deux amants ont vécu une harmonie parfaite qui leur a permis une communion unique. Au moment où Sevan a rejoint Eden sans hésiter pour lutter contre l’adversité, quelque chose s’est créée entre eux. Quelque chose d’inexplicable, quelque chose qui les a menés ici, quelque chose d’abstrait et de subjectif mais ce n’est pas un hasard s’ils se sont retrouvés là, Eden en est persuadé.

Il voulait se libérer. Quoi de mieux que de commencer par la joie ?

- Je rêve où tu m’as guidé exprès ici ?

Sevan arque un sourire mystérieux sans confirmer ni rejeter son hypothèse. Il ne sait pas non plus ce qui s’est passé et peut-être ne s’est-il rien passé. Mais ce n’est pas un hasard s’ils sont là. Ils se sont échappés. La tension devenait trop forte, ils allaient craquer. Les catastrophes s’enchaînent et ils devraient pouvoir tout supporter sans broncher. Mais ce ne sont pas des soldats et ils n’ont reçu aucun entraînement. L’inquiétude liée à la disparition d’un proche ne peut pas être banalisée au point de ne plus rien ressentir. Après, allez savoir pourquoi ils ont atterri ici, Eden n’est pas sûr de vouloir comprendre la signification, songe-t-il en souriant.

Le temps passe et Sevan retrouve son état normal. Eden lui montre une autre machine semblable et il se prend un coup de coude dans les côtes accompagné d’un regard furieux du concerné qui lui hurle un tas d’immondices. Eden se plie à nouveau en deux et ne peut pas s’empêcher de lui montrer toutes les attractions à sensation. A chaque fois, Sevan lui jette un regard noir mais il rigole aussi. Au final, les deux amants se sont baladés tranquillement sous la pluie qui tombait finement en ignorant les menaces immédiates tout en restant, malgré tout vigilants. Ils dînent au Macdo le plus proche avec double ration de hamburgers pour les deux et prennent le premier hôtel qu’ils trouvent.

Ils prennent une douche rapide séparément pour se remettre les idées en place. Rien de tel qu’une bonne douche bien chaude après une journée sous la pluie et dans la tension relâchée.

Allongés l’un contre l’autre dans le lit, les deux garçons se mettent à discuter.

- Tu m’as fait peur tout à l’heure, raconte Sevan.

- Quand ?

- J’ai cru que tu laissais Seth prendre le contrôle des opérations.

Eden allait le taquiner en lui rappelant que c’était lui, l’aîné mais Sevan a une petite voix et un ton vraiment craintif. Eden a un peu trop tendance à oublier les conséquences de la mort de Cédric pour Sevan. Quand il pense à Cédric, ça le met mal à l’aise et il en fait presque des cauchemars mais c’est la première fois qu’il réalise combien d’efforts il a dû fournir pour accepter le Chasseur à leurs côtés comme si de rien n’était. Bien sûr, personne ne lui fait confiance et Eden le premier mais personne n’a vu un être cher mourir sous ses yeux de manière si violente.

- Tu pouvais protester toi aussi. De nous deux, ce n’est pas forcément moi qui décide.

- Oh si, affirme Sevan très sérieux. C’est toi le charismatique dans l’histoire, tu tiens ça de ton père mais c’est naturel chez toi. Moi, j’ai les idées.

- C’est normal, cette affaire est liée à ton passé. Plus on avance plus on trouve des indices.

- Plus les gens qu’on aime disparaissent, conclut Sevan sombrement.

Eden ne répond rien.

- tu sais, reprend Sevan, je suis sûr que ton père est vivant. Sans déconner, on l’aurait ressenti, y aurait eu un tremblement de terre !

- Pffft, t’es bête ! S’esclaffe Eden en l’embrassant dans le cou.

Sevan le prend dans ses bras et dépose des baisers sur chaque parcelle de sa peau, il lève son bras et embrasse jusqu’au poignet. Il veut continuer à pouvoir goûter sa peau et son cœur. Vivre normalement sans être constamment obligés de se cacher. Comme ce soir où il a l’impression que quelqu’un les pousse à se détendre. A moins que ce ne soit simplement leurs nerfs et qu’ils se cherchent des excuses.

- Je crois qu’on devient fous, suggère Sevan.

- Evidemment ! Répond Eden avant de se jeter sur lui.

Les deux amants font l’amour passionnément et Sevan le pénètre plusieurs fois dans la nuit avant qu’ils ne s’effondrent tous les deux, plein de sueur et de bonheur.

- Je te garantis qu’une fois que tout ça sera fini, on prend un mois de vacances et on fait l’amour comme des bêtes, souffle Eden.

- Tu parles, t’es même pas capable de tenir une nuit !

- Vieux crouton !

- Ouais, mais moi, j’ai pas la prétention de tenir un mois, rigole Sevan avant de se faire envelopper par Eden.

- Tu sais, dit celui-ci alors qu’il est à moitié à califourchon, malgré tout, ça fait du bien d’être tous les deux.

- Oui, affirme Sevan en l’embrassant. C’est la première fois que ça nous arrive.

- Mais demain, il va falloir s’y remettre.

- Oui.

- Cette Michèle Boutonnier, tu la connais bien ?

- Pas trop, non. Elle est venue plusieurs fois à la maison et je l’aimais bien mais je ne connais même pas sa date d’anniversaire.

- Tu redoutes la confrontation ?

- Je redoute pas mal de choses depuis que cette affaire a commencé. C’est pas comme si je maîtrisais tout. Mais je crois qu’après avoir vu Cédric mourir et mon père en prison, rien ne peut vraiment plus m’impressionner.

Eden pense soudainement à la mère de Sevan mais il se garde bien de l’effrayer.

Ils s’endorment en s’embrassant une dernière fois, collés l’un contre l’autre, comme des animaux blessés qui tentent de se réchauffer.

C’est le téléphone de Sevan qui les réveille avant le réveil qu’ils avaient pourtant mis assez tôt. Il a reçu un message. Sevan fronce les sourcils en voyant le nom du destinataire : Jack Bale. Sevan adresse un regard inquiet à son amant et met du temps avant d’appuyer sur la touche. Deux secondes qui lui paraissent une heure. C’est même Eden qui prend la décision.

« Désormais, la mission dépend de vous. Ne cherchez pas à me retrouver, je suis en vie, c’est tout ce que vous devez savoir. Ta mère est en danger, j’ai découvert qu’on l’avait affrétée chez sa meilleure amie pour ne pas éveiller les soupçons, autrement Michèle B. Ne faites confiance à personne. Rien à d’autre à signaler. »

- Dans quelle mesure…

Sevan est interrompu par l’explosion de son téléphone. Il lâche un cri de douleur et secoue sa main. La brûlure ne passe pas et il la plonge sous l’eau froide en serrant les dents. Le sang ne coule pas, c’est ça. Eden surgit derrière son dos.

- Ce message s’auto-détruira dans cinq secondes.

- Merci de me prévenir. Dans quelle mesure peut-on être sûr qu’il s’agit de ton père ? Répète Sevan.

- Je ne sais pas mais personnellement, je n’ignorerai pas un tel avertissement étant donné les circonstances actuelles.

- D’autant qu’il a sacrifié le seul moyen d’entrer en communication avec ce mystérieux interlocuteur.

- A moins que ce ne soit à but escient. Vous n’avez pas de code qui vous permet immédiatement de vous distinguer ?

- Maintenant que tu le dis : seul papa peut détruire ton téléphone à distance avec son téléphone en composant un code qu’il est le seul à connaître. Même sous la torture, il ne l’aurait pas lâché. Il ne voulait certainement pas que qui que ce soit ait accès à ses informations à part nous.

- C’est pour ça que tu as appuyé sur cette touche spéciale ?

- Oui. Il m’avait dit que si jamais il m’envoyait un message, je devrais appuyer sur cette touche pour déclencher le mécanisme. Il n’envoie pas de message à la légère.

- T’aurais pu me prévenir.

- Je me suis un peu précipité, avoue Eden.

Sevan hoche la tête, il peut le comprendre. Avoir des nouvelles de son père disparu peut entraîner une certaine précipitation. Il a toutefois eu le réflexe d’appuyer sur la bonne touche. Lui ne le savait même pas et il aurait laissé ce message à la portée de n’importe qui.

- Michèle habite dans le sud, du côté de Marseille.

- C’est dommage, on n’était pas loin.

- Oui, sept heures de voiture, ça sera long.

- On ne va pas se taper sept heures de voiture. On donne de faux noms au guichet, si on prend des billets normaux, ils ne regardent pas la carte d’identité. Ce n’est pas comme l’avion. On pourra plus facilement se reposer et dans une cabine, on sera à l’abri.

- Reste le problème de la destination.

- Tant qu’il n’y a pas notre nom, on n’apparaîtra pas dans les fichiers.

- Mais si on est surveillés, ils feront tout de suite le rapprochement.

- Alors qu’on prenne la voiture ou le train, ça revient au même.

- On peut plus facilement repérer une voiture qui nous suit.

- Pas plus que des voyageurs louches qui prennent exactement le même wagon que nous à sept heures du mat. Alors qu’un jeudi matin, à cette heure-ci, le périph est bondé, n’importe qui peut nous suivre qu’on ne le verrait pas.

Sevan sourit suite à leur répartie. Eden a réponse à tout.

- C’est toi le chef, conclut-il.

-

Une heure plus tard, ils sont dans le premier train pour Marseille.

- Je réfléchirai avant de parler la prochaine fois, marmonne Sevan.

Eden ne peut que lui caresser la cuisse pour le réconforter. Sevan l’attire contre lui et le serre presque à l’étouffer mais, au lieu de protester, il renforce la prise. Cette affaire n’a pas fini de les tourmenter. Le Chasseur et le Marchand de Sable sont bien à la hauteur de leur réputation.

Le Chasseur {Chapitre 42}

Publié le par danouch

Un éclat d’acier aveugle le regard épuisé d’une femme attaché à même une chaise. Elle suit du regard les allers et retour de son agresseurs qui observe dans l’ombre nauséabonde et humide d’un égout. Le bruit inlassable des gouttes qui tombent sur le sol, ponctué par celui des pas répétitif, lent, calme de l’agresseur. Elle ne le connait pas, ne l’a jamais vu et pourtant ces yeux perfides, d’un vert émeraude sont les mêmes que ceux de son mari.

- Qui vous a contacté pour l’organe ?

- Personne.

- Vous avez peur de moi ?

- C’est vous qui devriez avoir peur. Mon mari finira par me retrouver.

- Je n’en doute pas. Répond en souriant l’agresseur. Avant cela, j’aimerai que vous répondiez à mes questions et je pourrai peut être répondre au vôtres.

- Aux miennes ?

- Vous ne voulez pas savoir qui a décidé que le cœur pour votre enfant irait à un autre ?

- Je sais déjà qu’il s’agit d’un médecin. Je sais que c’est le père du garçon que Isaac cherche.

- Isaac ? Monsieur le Marchand s’appelle donc Isaac.

La femme se mord la langue aussi tôt.

- Vous n’êtes pas son disciple ?

- Le Marchand, ne se fait appeler que par le surnom de Marchand. Même pour moi.

- Vous devez être déçu. Vous le considériez comme un père, n’est-ce pas ? Dit elle presque blessante.

- Non. C’était plutôt lui, qui me considère comme un fils. Celui qu’il aurait aimé avoir.

La vieille femme reste silencieuse. Voilà vingt cinq ans qu’elle n’a plus parlé de cette histoire. Il y a deux semaines son ex-mari était revenu dans sa vie, elle ne l’avait bien sûr pas foutu à la porte. Il lui demandait simplement hospitalité. Elle savait évidemment qu’il obsédé par la vengeance, c’est d’ailleurs pour ça qu’elle avait décidé de divorcer. Elle ne voulait pas vivre dans le passé mais Isaac n’arrivait pas à oublier.

Pour son métier ? Elle n’en savait rien. Jusqu’à ce que cet homme, aussi effrayant et autoritaire que Isaac, l’enlève. Il lui a tout raconté, sans doute dans l’espoir de la dégoûter mais elle n’a pas été plus surprise que ça. Elle s’en doutait un peu. Depuis le début. Elle était trop amoureuse pour réellement ouvrir les yeux sur lui.

- Un homme est venu nous voir. Il nous a dit qu’il avait des connaissances dans les hôpitaux, que les opérations seront faites par de vrais médecins. Il nous a ensuite présenté le médecin qui allait le faire. Tout ce que je voulais, c’était qu’on sauve mon enfant.

- Mais il est mort. On a donné son cœur à un autre enfant.

- On l’a volé.

« L’autre organisation, pense Seth ».

- On le savait pas au début. Mon mari est devenu fou, il a cherché par tous les moyens à savoir pourquoi ça n’avait pas marché. Les médecins qui avaient pratiqués l’opération nous avaient prévenus qu’il y avait des risques, ils ont attestés que la greffe n’avait pas prit. Isaac n’a pas voulu le croire, il a cherché à savoir pourquoi et il a découvert qu’en fait l’homme qui nous avait appelé avait été devancé.

- Isaac s’est-il vengé de l’homme en question ? Il n’est pas du genre à passer l’éponge même s’il apprend que l’autre a été dupé.

- Vous avez raison. Quand nous avons divorcé Isaac m‘a affirmé que cet homme avait une fille. Je lui ai fait promettre de ne rien lui faire, je ne désirais pas le malheur qui m’accablait à mon pire ennemis. Il fallait qu’il fasse le deuil.

Seth réagit brusquement, elle comprend qu’elle a captivé son attention. Son mari aurait-il trahi sa promesse ?

- Cette jeune fille ne s’appelait pas Rose ?

- Je crois.

Son agresseur est resté une seconde silencieux, il a repris ses allers et retours devant sa victime attachée qui comprend rapidement que son mari n’a pas tenu sa promesse. Elle en aurait presque envie de pleurer mais c’est trop tard, elle est trop vieille pour lui en vouloir, trop vieille pour être étonnée. Cette femme, à bientôt soixante ans, a tellement été déçu de la vie que plus rien ne l’étonne. Elle qui pensait se reconstruire loin d’Isaac, loin du fantôme de son bébé, n’a fait que errer sans réussir à penser à quelqu’un d’autre.

Elle lève à nouveau les yeux vers son agresseur. Sa politesse, son élégance. Il aurait pu être son enfant mais il n’aurait pas été aussi âgé.

- A-t-il retrouvé la trace d’une personne de l’autre organisation qui vous a volé votre cœur ? Récemment.

- Il a parlé d’un médecin. Ce serait elle qui aurait trouvé le cas du garçon qui porte le cœur aujourd’hui, elle aurait fait en sorte que l’idée bourgeonne dans l’esprit du père. C’est-ce que m’a dit Isaac hier.

- Il est donc partit chez cette femme. Vous vous souvenez de son nom ?

- Il ne m’a pas dit son nom. Il m’a juste dit qu’il « remontait la chaîne peu à peu » et « qu’ils allaient tous payer ».

Seth arque un sourire en coin, il est satisfait de ses informations et il ne doute pas que Jack Bale en sera d’autant plus satisfait. Du moins, s’il se décide à lui dire. En allant dans l’appartement du petit Sevan il a surement dû trouver les mêmes, ce qui veut dire qu’à l’heure actuelle le Marchand et le groupe des Bale vont se rencontrer chez le médecin de l’organisation. La chirurgienne.

La victime attachée est intriguée par le mutisme soudain de son agresseur, brusquement il revient à lui et saisi son couteau. Il dévoile enfin son visage sous la lueur d’une grille au dessus de la tête de la jeune femme. Ses yeux se figent de terreur devant le visage illuminé par un sourire sadique de cet homme. Tétanisé, elle ne crie même pas, captivé par des yeux pénétrants. L’éclat d’acier jaillit à nouveau devant ses prunelles, se reflète dans l’œil du serpent puis tranche. Elle a fermé les yeux d’instinct attendant la douleur peut être même la rédemption.

- Partez. Le Marchand ou plutôt Isaac, ne viendra pas vous chercher. Il est obsédé par sa prochaine victime, aveugler par sa vengeance il ne fera pas demi-tour même si il sait que vous êtes entre mes mains.

La femme ouvre les yeux, stupéfaite de voir que la corde a été coupée mais ses membres, son corps est intact. Toujours assise sur la chaise elle relève les yeux vers le dos saillant de son agresseur, dont se dégage une aura meurtrière mêlée à un autre sentiment. Plus clair. Plus chaleureux.

Seth remonte à la surface, le visage un peu souillé par la crasse souterraine. Il s’arrête devant une vitrine et s’essuie naturellement le visage, les mains dans les poches de sa grande veste prêt à reprendre la route. Il voit au loin la bibliothèque municipal, il fait bien attention avant de traverser. Dans le bâtiment, l’odeur des pages et des couvertures de livre le fait sourire. Il présente sa carte et s’avance d’un pas serein vers un ordinateur, très vite il rentre les codes qu’il faut pour rentrer dans une interface noir et verte.

« Donnes moi l’adresse de tous les chirurgiennes qui travaillaient avec Olivier Milak »

En quelques secondes, une liste apparait sous ses yeux, il inscrit dans sa mémoire celle qui a attiré son regard. Boutonnier. L’instinct d’un prédateur. Il ferme la page et ressort de la bibliothèque avec la même attitude qu’en y rentrant. Il referme un peu la veste sur son col tout en se dirigeant vers un parking non loin où il a prit la peine de garer sa troisième voiture de la journée. Il sort son téléphone de sa poche et compose les seuls chiffres qu’il n’a cessé de composer toutes cette année.

- C’est moi. Appelles Jack Bale immédiatement, dit lui que le Marchand se dirige vers lui. Il n’est surement pas seul.

- Très bien.

Sa bonne étoile lui obéit toujours même après toutes ses années. Il range son cellulaire et rentre dans sa voiture avec la désagréable sensation qu’on l’observe, il sourit en regardant son rétroviseur. Le Marchand avait bien choisi de quitter sa femme sans revenir en arrière mais ce n’était pas sans conséquence, il a laissé quelques sbires derrière lui. Seth met sa ceinture et laisse échapper un petit rire. Son maître a-t-il oublié qui il était ? On ne l’appelle pas le Chasseur pour rien, on inverse jamais les rôles.

Seth appuie sur l’accélérateur faisant gronder le moteur de sa voiture, il n’est pas très puissante mais les chevaux ne servent à rien dans une fuite. Ce qu’il faut, c’est une bonne tenue de route et un sens du risque plutôt aiguisé. Il s’engouffre dans la circulation dense de la ville, slalom entre les voitures et remarque avec amusement que la voiture qui le suivait en fait de même. Il traverse le carrefour sans s’arrêter, faisant crisser les pneus d’autres usagers, son poursuivant doit jouer avec le volant pour éviter les passants. Il continue sa course, tourne rapidement le volant tout en actionnant le frein à main, il replace le frein main, accélère à nouveau et pénètre dans une petite ruelle. Son poursuivant est toujours là. Il tourne dans une nouvelle ruelle et se range derrière une poubelle métallique. Il enclenche la marche arrière et recule rapidement en emportant la poubelle. Ses traqueurs apparaissent, juste à temps, un sourire carnacier s’étire sur son visage alors que la poubelle emboutit la voiture noir. Seth remet la première et démarre en trombe pour reprendre la circulation.

Il doit vite se rendre à l’adresse du docteur Boutonnier, avant que le Marchand n’arrive, avant que Jack et les deux gamins ne se fassent tuer. Il ne doute pas une seconde qu’ils tiendront un temps mais avec le Marchand derrière, ça ne sera pas aussi facile. Il faut à tout prix garder le médecin en vie, l’amener avec eux et l’interroger sur son rôle. Est- elle juste une source ou dirige-t-elle l’organisation ?

Ensuite il faudra s’occuper du père de Rose ou autrement dit, le dirigeant de l’organisation qui a contacté le Marchand et sa femme. Il doit en vouloir au Marchand c’est certain, il doit en vouloir aussi au dirigeant de l’organisation concurrente et si il se décide uniquement à appeler Sevan maintenant ce n’est pour rien. Il doit vouloir l’attiré à lui, se servir de Sevan comme appât pour attirer le Marchand et le tuer.
Seth pourrait tout aussi bien changer de direction, partir plutôt vers le père de Rose mais ça ne servirait à rien si Sevan meurt. Il doit donc continuer, rejoindre les Bale et mettre le médecin derrière les barreaux. Elle sera à l’abri du Marchand et elle paiera pour ce qu’elle a fait. Il faut absolument qu’il accélère, le Marchand a de l’avance, Jack doit mettre Sevan en sécurité sinon tout ceci n’aura servi à rien.

Son téléphone sonne à nouveau. Seth décroche en voyant le nom de son Messager affiché.

- Il ne répond pas. Elle lui dit simplement à l’oreille.

- T’as essayé un des deux gamins ?

- Oui. Sans réponse.

- Appelle Calvin Delaine et Lisandro Lula plus connu sous le nom de Oz. Evidemment quand il répondra tu dira Oz, il ne doit pas se douter que je connais son identité.

- Très bien.

Elle raccroche à nouveau, Seth met son clignotant et prend l’autoroute en direction de la Grande ville. Là où tout à commencer, là où tout finira par se terminer. L’esprit vidé de toutes hypothèses superflues et d’inquiétude, il reste calme et conduit prudemment. Lorsqu’il a un objectif il ne s’embarrasse pas des autres étapes à suivre, il perdrait le fil et n’arriverait à rien. Il se contente de suivre son itinéraire, l’arme sur le côté passager, déjà charger. Un simple semi-automatique, un neuf millimètres commun. Dans le coffre il a rangé son sniper, un Barett avec lunette thermique.

Décidemment il n’aime pas être pressé, il a l’habitude de prendre son temps pour se préparer, éviter ainsi tous les imprévus désagréables qui pourraient le gêner dans son travail. Les militaires sont vraiment des gens brouillons. Il reconnait, certes, que Jack Bale est un grand militaire mais il a vieillit, ses réflexes ne sont plus les mêmes, son assiduité n’est plus ce qu’elle était. Il a arrêté trop longtemps pour se remettre dans le bain même si au fond, il sait qu’il a toujours redouté d’être confronté à cet homme.

A l’époque où il pouvait encore travailler sans encombre - époque qui lui parait de plus en plus lointaine - on lui avait souvent parler de Jack Bale. Du colonel Jack Bale. Il dirigeait ses escouades avec une main de fer mais ne manquait jamais à sa mission, tous les généraux lui faisaient, une confiance aveugle. Même l’état major. Il était respecté, on contait ses exploits comme si c’était des légendes.

Avant de devenir le brillant colonel, le lieutenant Jack Bale était aussi surnommé le loup noir. Il n’était pas aussi impressionnant que maintenant, il était plus dans la finesse. La plupart de ses missions étaient de nuit et il se faufilait dans les ombres comme un loup noir, qui conduit sa meute jusqu’au festin. Seth était plutôt intrigué, parfois même impressionné. Le genre de militaire qui laisse pensif.

Le Jack Bale d’aujourd’hui est à la retraite, il a perdu sa maîtrise parfaite mais il garde son prestige et son aura incroyable. Cette simple aura suffit parfois pour gagner. Mais pas devant le Marchand de sable qui dégage tout autant d’autorité. Seth en est persuadé, il est le seul à pouvoir faire tomber son maître.

Après une heure de route, il arrive enfin à destination. Heureusement pour lui, le trafic est encore fluide à cette heure ci. Il roule à allure modérer, observant chaque recoins avec précision. Rien n’ai laissé au hasard. Le bruit de la sirène d’une ambulance attire son attention, elle passe à vive allure sur sa gauche, il décide de la suivre.

Son instinct confirme ses peurs, il reconnait les bâtiments, il sait que l’appartement de la famille de Sevan n’est pas très loin. Il s’arrête dans la rue bruyante, les passants curieux lèvent tous les yeux en l’air. Une fumée épaisse se dégage de l’appartement en question, personne n’a été blessé, d’ailleurs l’appartement était vide. C’est-ce que dit un ambulanciers à la police. Seth revient vers sa voiture, il reprend ses clés prêt à reprendre la route lorsqu’une main frappe avec force sur son capot, l’empêchant d’avancer.

- C’est imprudent de se promener seul. Même si c’est toi.

Cette voix, il pourrait la reconnaître les yeux fermés. Seth arque un sourire.

De sa stature longiligne, son mentor lui fait face, à découvert. Ses cheveux maintenant grisonnant tombent un peu sur sa nuque mais découvre totalement son front, il sort une cigarette de son paquet et l’allume tranquillement. Seth reste calme même si son cœur bat fortement contre la poitrine. Il pourrait le tuer, maintenant, il en a l’occasion mais quelque chose l’empêche le faire.

- Je sais bien que le père de Rose en a après moi. Je réglerais son compte après celui de Michèle Boutonnier. La vrai question est de savoir pourquoi est-ce qu’il a tenté de tuer la seule personne qui pourrait avoir assez d’intérêt pour moi ?

- Parce que tu étais dans l’appartement, termine Seth à sa place.

- Toujours aussi brillant.

- Tu étais venu pour les informations. C’est tout. Tu veux garder Sevan pour la fin.

- En partie. Pourquoi à ton avis, le père de Rose, voulait lui aussi ses informations ?

- Pour pouvoir t’attendre chez le médecin. Il garde aussi Sevan en dernier recours. S’il peut t’avoir autrement, pourquoi pas. De toute manière il sait que Sevan finira par aller le voir, le trouver. Jack ne se doute de rien le concernant.

- Et tu ne vas certainement pas lui dire, n’est-ce pas ?

- Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

- On est de la même race, dit il en recrachant la fumée. On est pareil tous les deux, je t’ai éduqué à mon image, je sais comment tu fonctionnes.

Il jette la cigarette par terre et l’écrase avec la point du pieds. Ses yeux, aussi vert que ceux de son interlocuteur, se figent dans les regard de Seth. Impassible. La tension grimpe. La tentation de prendre l’arme et de tirer.

- Je n’ai pas vécu de drame moi.

- Bien sûr que si. J’ai tué Rose. Ta chère et tendre Rose.

- Ce n’était qu’un jeu.

- Alors pourquoi est-ce que tu as accouru pour elle. Tu ne leur pas dit qu’en fait tu n’es qu’un piètre assassin. Mon message n’était pas un faux message du gouvernement, c’était un défi. « Le cadavre de Rose t’attend mon petit disciple ». Tu savais qu’elle était la fille de l’homme que je cherchais, tu ne savais pas pourquoi je le cherchais mais ca te suffisait. En continuant de correspondre avec elle, tu la protégeais, tu restais près d’elle. J’ai quand même découvert qui elle était. Puis tu t’es focalisé sur un autre travail qu’on t’a donné, tu es parti. J’avais le temps nécessaire pour me faire passer pour toi avec les deux dernières correspondances, envoyer des places d’Opéra au colonel Delaine et m’arranger pour que ça soit l’orchestre d’un ami du fils de Milak.

« C’était parfait. Mon plan était parfait. Il fallait juste que je t’occupe car je savais que tu finirai par me pourchasser. Il fallait que tu voies Rose pour que le petit Milak te voit. Bien évidemment je me suis mis une épine dans le pieds tout seul en l’envoyant dans la protection des témoins mais c’était toi qu’ils cherchaient pas moi. En revanche je ne me suis pas douté que le vieux Jack serait aussi bon pour se cacher, j’aurai espéré que Sevan Milak aurait été envoyé chez quelqu’un d’autre. C’était le seul hasard dans mon plan. Et tu t’es douté que Sevan était ma proie, encore une fois tu ignorais pourquoi mais tu continuais à le chercher, peut être pour m’attirer jusqu’à toi ou simplement comprendre. Tu avais eu l’occasion maintes et maintes de fois de le tuer si c’était vraiment ce que tu voulais. Tu es bien plus fort que ce que je pensais… »

« Pourtant je n’aurai jamais cru que tu reviennes vers tes patrons comme un chien. Tu voulais la voie libre pour t’occuper de moi. Il fallait aussi que tu pactises avec Jack Bale, que tu sois au plus près de Sevan. T’as fini par apprendre la vérité sur mon passé, tu as compris et là ton plan a bourgeonner dans ton esprit. Sevan était l’appât et toi le Chasseur. Enfin ça, c’était avant de te prendre à cette atmosphère de bonne entente, voire d’amitié avec le colonel et les autres. Tu te répugnes à les trahir. »

- C’est faux. Je me sers d’eux juste pour gagner mon ticket de sorti. Il ne s’agit ni de Rose, ni des Bale.

Le Marchand laisse échapper un petit rire.

- Pour autant que je sache, tu pourrais simplement attendre que j’arrive jusqu’à Sevan, pourquoi aider ces militaires à remonter la piste jusqu’à moi ?

- Parce que je trouve ça amusant, répond Seth avec le sourire.

- Amusant ? Et depuis quand tu t’amuses ?

- Depuis que je sais que je peux te faire taire à tout jamais. Toi qui te pensais intouchable, qui a même réussi à duper le monde pendant des années. C’est juste de l’orgueil et non de la vengeance.

- Si ça peut te faire plaisir de voir les choses comme ça, tu ne m’en voudra pas alors si je tue tes nouveaux amis.

- Faut il encore que tu y arrives.

- Tu crois que je crains cet ours mal léché de Bale ? Il est déjà mort Seth, je l’ai laissé dans le même genre de ruelle que Rose. Tu le trouveras vite, les vêtements qu’ils venaient d’acheter j’en ai fait un petit chemin. Comme dans l’histoire du petit Poucet.

Seth est tout de suite moins confiant, il ne sait pas s’il doit croire ce que lui dit le Marchand mais c’est bien la première fois qu’il a un doute. Son mentor n’est pas du genre à se vanter de meurtre, il les fait tout simplement. Son téléphone vibre dans sa poche ce qui attire le regard du Marchand qui sourit à mesure que le temps passe, que le cœur du Chasseur ralentit. Il récupère rapidement son arme et vise son crâne. Bras tendu, son mentor n’a même pas tressailli, il se contente de le regarder sans faire le moindre geste. Le portable continue de vibrer.

- Tu devrais répondre Seth. C’est peut être une mauvaise nouvelle. Tu ferai bien de te dépêcher, si tu ne veux pas que les autres finissent comme Jack.

Le Chasseur sait qu’au moment où il va répondre le Marchand aurait assez de temps pour s’enfuir et il ne sait toujours pas où repose les trois ou deux hommes. Il n’a pas le choix, il répond au téléphone quittant des yeux une seconde son mentor qui en profite pour se confondre dans la foule. Disparaître comme par enchantement. Il ne reste que sa voix rauque et bourdonnante, son rire malsain encore dans ses oreilles.

- Eden s’est enfuit avec Sevan. Ils ont vu par la fenêtre un petit groupe monter. Ils ont appelé Delaine en lui affirmant qu’ils partaient à la recherche de Jack qui n’est toujours pas revenu.

- Rappelle les gamins. Dit leur de se cacher, je pars seul à la recherche du colonel.

Il n’attend pas de réponse de Cassandra et reprend rapidement la route, il ira plus vite à pieds. En sortant de l’immeuble, ils ont du chercher un hôtel pas très loin, ils devaient être à pieds. Seth presse le pas en regardant tout autour de lui, il a tellement de boutique, de logo, de panneau qu’il a dû mal à se focaliser, surtout lorsqu’il ne cesse d’imaginer Jack inerte dans la même posture de Rose.

Il remarque que plus loin dans une grande rue de passage, les gens s’écartent du trottoir, plein de morceaux de tissus jonchent le sol. Des vêtements. Seth court jusqu’aux habits, il regarde à nouveau autour de lui et suit le chemin de pain laisser par le Marchand. Il serre les poings en arrivant dans le coin de la rue. Il avance et penche sa tête vers la rue affluente, il n’y a personne. Il s’y engage, le pas plus lent. Il voit une jambe derrière une poubelle, Seth presse le pas.

Il s’arrête brusquement en plein milieu de la ruelle, il recule de quelques pas, un air impassible, fixant le sol. Un silence macabre couvre son esprit.

- Espèce d’enfoiré, murmure Seth.

Il repart en courant dans le sens inverse, il bouscule les pensants et lève à nouveau les yeux à la recherche de l’hôtel. Il décroche son téléphone immobile au milieu du passage.

- T’as réussi à les joindre ? Demande le Chasseur.

- Oui. Ils attendent dans un magasin asiatique. Rue du 8 mai.

Ce n’est pas loin. Le Chasseur raccroche et emboite rapidement le pas, il arrive dans la rue en question assez rapidement et rentre dans le magasin. Il cherche du regard Eden et Sevan, il ne voit que deux hommes l’un en face de l’autre. Il s’avance rapidement vers eux.

- On y va. Il leur lance sans attendre.

Eden et Sevan lèvent le visage en même. Tous les deux plus inquiets que jamais.

- Tu as retrouvé mon père ? Lui demande Eden.

- Non. Répond rapidement Seth.

- Il faut le retrouver. Reprend Eden.

- On a pas le temps. Le Marchand est dans le coin, il faut mettre Sevan à l’abri.

- Tu mens…, souffle Eden. Tu l’as retrouvé par vrai.

Seth ne répond pas. Il paie la consommation et attrape Sevan par le bras qui n’a pas le temps de protester.

- Lâchez moi ! S’écrie Sevan en se débattant.

Il le lâche un peu essoufflé, Eden arrive enfin, l’œil noir. Ils n’ont pas confiance en lui, aucun d’eux. Qui pourrait leur en vouloir ? Certainement pas Seth. Il ne se ferait pas confiance à lui-même mais il est certainement leur dernière chance de fuir la ville, jusqu’à l’arriver du colonel Delaine et de Oz. A lui tout seul, il ne pourra pas se charger du Marchand et du groupe de mercenaires qu’il a engagé pour l’aider dans sa tâche. Isaac le sait pertinemment.

- Tu veux sauver Sevan ou pas ? Même si tu m’aides, on ne peut pas lui faire face tout seul. On doit attendre le colonel et Oz. En attendant il faut partir, je vais vous mettre à l’abri.

- Où est mon père ? Répond simplement Eden.

- Il nous rejoindra. Répond Seth.

- Est-ce qu’il est mort ? Finit par demander Sevan.

Seth à nouveau silencieux. Il aimerait le dire que non, il aimerait même leur dire que oui mais il n’en sait rien. Ce n’était pas Jack dans la ruelle, c’est sûr, mais il s’agissait bien d’une de ses jambes.

Le Chasseur {Chapitre 41}

Publié le par danouch

Sevan a le cœur lourd lorsqu’il insère la clef de l’appartement dans la serrure. Ses doigts deviennent gourds et il se sent soudainement incapable d’aller plus loin. Il secoua la tête pour reprendre ses esprits.

A l’intérieur, rien n’avait changé. Le petit appartement confortable de ses parents n’avait pas été dévalisé ni vidé de ses biens. Il mit un temps d’adaptation avant de réaliser pour quelle raison ils étaient là. Même si Eden observait avec curiosité son environnement, avide de pénétrer un peu plus l’univers de son amant, ils étaient en mission. L’avertissement de Jack lui revint en mémoire.

D’un pas rapide et assuré, il gagna le bureau de son père. La pièce, guère aérée depuis longtemps, sentait le renfermé. Une odeur nauséabonde agressa leurs narines, Sevan ne peut s’empêcher de s’en défendre avec son bras.

- Alors où faut-il chercher ? S’enquit Jack.

- Comment le saurai-je ? ça ne fait pas quarante-huit heures que j’ai appris ce qu’il avait fait en réalité. Il va falloir chercher.

- Mais tu disais qu’il prenait des notes de ses patients, reprit Eden.

- Oui, de manière générale, surtout quand il a des cas compliqués et qu’il cherche ce qui peut bien créer ces phénomènes.

Les trois hommes s’activent. Evidemment, ils commencent par le bureau et constatent rapidement que les tiroirs sont fermés. Sevan se dirige vers la petite armoire à clefs à côté de l’entrée mais il se doute que c’est perdu d’avance. En partant, son père n’aurait pas pris le risque d’être confondu si facilement. C’est normal qu’il ait pris des précautions. Il n’a pas eu le temps de s’organiser pour faire disparaître entièrement les preuves donc elles sont forcément ici, encore faut-il mettre la main dessus.

- Négatif, informe-t-il en rejoignant ses compagnons.

Jack sort son arme, vise la serrure et ne laisse même pas à Sevan l’occasion de protester avant de tirer. Il sait que c’est nécessaire mais il a du mal à l’accepter. Ils fouillent déjà là où ils ne devraient pas alors ce n’est pas la peine, en plus, de vandaliser la maison. Ce n’est pas un simple caprice. Si on se permet de tirer à tout va sans prendre plus de considération pour les choses, Sevan n’aura plus de repère. Il ne veut pas devenir aussi froid et insensible que Jack. On ne le lui demande pas, du moins pas explicitement, mais peu à peu, il commence à penser comme eux. Jack vide son six-coups pour les six tiroirs du bureau. Chacun était fermé à clef, de même que les placards. Ce n’est pas qu’ils contiennent des documents compromettants, Olivier a simplement mesuré qu’il ne reviendrait pas de si tôt et il n’a jamais rien laissé au hasard. Il devait bien sentir qu’il n’en sortirait pas indemne et pourtant, il n’a pas hésité une seconde à mettre son fils à l’abri.

Les six balles sont parties mais les tiroirs restent toujours fermés. Quelque chose d’autre bloque le mécanisme. Un déclencheur se met en marche et un tic-tac leur vrille soudain les tympans. Trois minutes s’affichent sur l’horloge digitale du bureau, jusque-là éteinte.

Sevan réfléchit à toute vitesse et se dirige vers le boitier de l’alarme. Il tape le code d’arrêt mais ça ne marche pas. Ce ne doit pas être quelque chose d’évident comme les dates d’anniversaire non plus mais il sent qu’il doit être capable de trouver le code. Parce qu’il est chez lui mais aussi parce que son père ne l’aurait pas mis sciemment en danger, pas après tout ce qu’ils sacrifié. Rien qui ne soit en rapport avec le travail de son père ni les activités de sa mère mais quelque chose qui lui soit propre. Pas la date de Cédric, c’est trop évident. Attends… Et si…

- Eden, rappelle-moi ta date de naissance !

- Quoi ? 26 mai 1991.

Le jeune homme reste bouche bée en constatant que ça marche. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Son père ou sa mère ? Cédric avait dû leur parler d’Eden quand lui-même ne les appelait presque plus. Quelque chose qui ne soit pas trop évident mais que Sevan pouvait tout de même trouver sans qu’il ne soit préalablement au courant. Or, qui pouvait se douter que la date d’un homme qu’il venait de rencontrer servirait de code d’accès à l’alarme d’un secret de famille enfoui depuis des années ?

Il retourne dans le bureau et reste statique pendant qu’Eden et Jack mettent la pièce sans dessus dessous. Il n’a pas le courage de s’introduire dans la vie privée, qu’il a toujours farouchement protégée. Il l’a toujours farouchement protégé. Voyant qu’ils étaient plongés dans leur tâche, Sevan décide de sortir, ne se sentant d’aucune utilité.

Dans le salon, il embrasse la pièce du regard. Qu’est-ce qui a changé ?

Il va dans la cuisine en contournant le canapé puis retrouve sa chambre d’enfant. Fils unique, il peut comprendre que ses parents aient tout fait pour le garder même s’il ne légitimait pas leurs actes. Son lit de soixante-dix centimètres sur deux mètres lui semble bien petit comparé au lit qu’il partage avec Cédric puis Eden aujourd’hui. Par curiosité, il s’allonge. Il ne mesure pas plus de deux mètres, il est donc tout à fait adapté pour lui mais pas pour deux.

Son bureau en vis-à-vis garde encore les traces de gribouillage de son ennui pendant qu’il faisait ses devoirs. Il suit les lignes évasives, pensif, lorsque son regard s’attarde sur les albums photos dans sa bibliothèque. Sa mère retraçait méthodiquement son évolution par des photos qu’elle classait par ordre chronologique dans un album. Peut-être parce qu’elle savait les sacrifices qu’elle avait commis pour l’avoir ; elle comprenait très bien la fragilité de la vie.

S’il revenait à cette lointaine époque, peut-être Sevan découvrirait des indices qui lui avaient échappé étant enfant. Il ne garde pas lui-même beaucoup de souvenirs mais il y avait de nombreuses fêtes et les parents ne manquaient pas de mitrailler leur progéniture pour ces moments mémorables. Eden le trouve donc assis sur son lit en train de feuilleter ces albums, peu convaincu de sa démarche. Il capte ses lèvres le temps de frissonner de désir et le prend par la main pour le mener dans le bureau.

Jack avait devant lui plusieurs dossiers étalés. Il semble avoir trouvé ce pour quoi ils étaient venus. Il accueille Sevan d’un regard plutôt sévère mais ce dernier ne s’en formalise pas. Il le devance même dans ses explications.

- Je crois avoir compris pourquoi j’ai été contacté.

Devant le silence attentif de ses deux compagnons, Sevan fait glisser l’album photos sur le bureau. Il n’a pas eu beaucoup à chercher puisque c’était quasiment au début. Sur l’une d’elles, une dame arborant un grand sourire au physique banal si ce n’est que ses yeux brillaient de joie le tenait dans ses bras. Sevan venait de fêter son premier anniversaire et ses parents fêtaient l’événement avec une grande solennité sans oublier de s’amuser.

- Et ? Fit Jack, ne semblant pas comprendre.

- Hein ? Ah ! Pardon, c’est pas celle-là. Voilà.

Sur l’autre page, à la fête de l’école, toute l’équipe enseignante était réunie devant les gradins en tapant des mains pour battre la mesure pendant que les petits dansaient. Tout le monde était très distingué même si chacun avait opté pour des couleurs vives, plus adaptées à la saison et à la fête. Etaient présentes l’enseignante qui se « suicidait » quelques mois plus tard et la directrice. Bien qu’à l’époque, elle fût beaucoup plus jeune, elle était tout à fait reconnaissable. Sur une autre photo, l’atmosphère est beaucoup moins festive. Sa mère attend dans un couloir d’hôpital. En légende était indiqué qu’elle attendait son héros qui ne comptait pas ses heures pour sauver des vies. Elle était fatiguée et Sevan ne savait pas bien pourquoi elle restait à attendre son mari à l’hôpital plutôt qu’à la maison, comme d’habitude. Peut-être que ce jour-là, il était aussi à l’hôpital. Il est également allé à la mer, à la montagne, à l’étranger. La minutie de sa mère leur permet de replacer aisément les clichés dans leur contexte.

- Vous avez bien vu ?

Jack et Eden opinent du chef.

- Et ? Répéta Jack.

- Exceptés les figurants, il n’y a jamais que trois personnes qui sont présentes sur les photos, enfin, quatre avec moi.

« Mes parents avaient très peu d’amis. Compte tenu de ce que nous venons d’apprendre, ça paraît logique : moins ils étaient connus, moins il y avait de risques. Ma mère me surprotégeait. Enfin, pas exactement, elle réglait ma vie encore plus précisément qu’une horloge. Il fallait que tout soit normal pour que je ne sorte pas de l’ordinaire, paradoxalement, elle a très bien accepté mon homosexualité… Quand j’étais malade, elle m’a toujours envoyé à l’école, elle me faisait réviser à pas d’heure pour que je ne redouble pas afin de ne pas m’éterniser à l’école et finalement, que mon chef direct devienne mon petit ami (Eden grimaça), ça l’arrangeait parce que ça limitait les connaissances.

- Tu veux dire qu’ils vivaient reclus ?

- Pas comme un ermite sinon, on se serait forcément posés des questions. Mais leur vie était on ne peut plus banale même si elle était très confortable, le but, c’était de limiter les relations extérieures. Il ne fallait surtout pas de fuite.

- Et qu’est-ce que ça nous apprend ?

- Cette personne, c’est la meilleure amie de mon père qui est devenue, par la suite, celle de ma mère. Elle s’appelle Michèle Boutonnier et… elle travaille à l’hôpital. En fait c’est elle qui a dû pratiquer l’opération pour moi. C’est un chirurgien renommé.

- Comment tu le sais ?

Sevan tira quelques photos des albums. Il semble les choisir avec précaution et au final, seules des photos se situant dans l’hôpital ont été sélectionnées. Il n’y en avait pas beaucoup car Olivier n’était pas quelqu’un de très expressif et il n’était pas dans ses habitudes de se faire photographier dans la moindre tâche de son travail. D’autant que ça n’aurait pas lieu d’être affiché dans l’album de son fils mais sa mère aimait bien mettre un peu de tout. Il y avait aussi des photos d’elle avec ses amies en train de faire du shopping ou de manger au restaurant : elle disait que c’était important pour Sevan de voir ses parents dans leur quotidien.

Chaque photo est numérotée et datée précisément sur le papier lui-même. Beaucoup d’appareils laissaient la date du jour de la prise.

- Vérifie les dates des photos et des dossiers que tu as sous les yeux.

Jack s’exécuta. Il ne voit pas trop où Sevan veut en venir mais son intuition est bonne : les trente-trois photos correspondent exactement au nombre et aux dates des dossiers médicaux anonymes d’Olivier Milak. Trente-trois cas, ça faisait un peu plus de trois cas par an sur dix ans et sur un an, ça faisait trois cas tous les quatre mois. Olivier Milak avait quand même été pas mal sollicité. A la fin, ils étaient même très rapprochés comme s’ils étaient de plus en plus pressés.

- Tu veux dire que les photos qui sont dans tes albums concernant le travail de ton père correspondent exclusivement aux dates des dossiers ? Résume Eden. C’est glauque.

- C’était peut-être pour nous donner une piste. Tant que je ne savais rien, je pouvais regarder un nombre incalculable de fois ces photos sans me douter une seule seconde de ce qu’elles signifiaient ; là, je n’ai eu aucun mal à comprendre leur signification mais c’est comme si mes parents avaient spéculé sur l’avenir. Ils ne se mettaient pas consciemment en danger en faisant ça. Mais si j’avais besoin d’aide, je n’avais qu’à chercher ici. Le code de l’alarme en est la preuve.

- D’accord. Mais qu’est-ce que ça nous apprend ?

- Selon moi, Michèle est au courant du trafic d’organes de mon père. Regardez, on la voit sur chacune des photos des opérations de mon père. Or, c’était son crédo, son service, je suis sûr qu’elle l’a pris sous son aile peu de temps après mon opération, ça ne peut pas être un hasard. Cette femme a toujours été adorable avec moi mais elle ne pouvait pas ignorer ce qui se passait dans son propre service. Elle a tout misé sur sa carrière. Elle a laissé tomber sa famille pour venir s’installer à Paris quand sa mutation a enfin été acceptée alors que son mari était malade et ses enfants en bas âge. Ils n’ont pas pu la suivre et elle ne s’est pas posée dix milles questions. Un poste aussi réputé, ce serait vraiment idiot de laisser passer ça.

- Sympa, commente Eden. Mais ce que tu es en train de dire, c’est que la meilleure amie de ton père serait en fait un trafiquant d’organes ? Ce serait elle le chef de l’organisation ?

- On peut du moins le supposer, approuve Sevan. Tant qu’on n’a pas de preuves concrètes, on ne peut pas l’affirmer mais il y a trop de correspondances pour que ce soit vraiment un hasard. Pourquoi ces photos en particulier dans mes albums sinon ?

- Oui, c’est sûr que c’est troublant, admet Jack lentement qui avait laissé Sevan exposé sa théorie jusqu’au bout. La piste mérite d’être étudiée. Nous étions venus chez toi pour trouver des indices après tout.

- Tu crois que tes parents avaient des doutes sur leur meilleure amie ? Demande Eden.

- Je ne sais pas. on pourrait le croire. Cela dit, prendre toutes ces précautions pour laisser le loup dans leur tanière, ça n’a pas de sens.

- A moins qu’ils veulent le surveiller et le prendre à leur propre piège, contredit Jack.

- Je n’y crois pas. Ce n’est pas leur genre, ils étaient presque paranoïaques. Une fois, je me suis fait tabasser au boulot par des collègues…

- Quoi ?

- Ouais, le fait que je sois fils d’un assassin et homosexuel m’a fermé pas mal de portes mais Cédric a su voir au-delà de ça. Bref, il m’a tout de suite proposé de dormir chez lui mais s’il ne l’avait pas fait, je crois que je serai allé chez Michèle pour ne pas que maman voie dans quel état j’étais. Elle aurait fait une crise cardiaque. La moindre chose les faisait paniquer, je les vois mal vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. En revanche, elle devait bien rire et dès que mon père arrivait à reprendre un rythme de vie normal, elle lui sautait dessus.

- Regarde, remarque Eden, à la fin, les dates deviennent très rapprochées, comme s’ils devenaient pressés. J’ai l’impression qu’ils savaient que le temps leur était compté.

- Oui, en 1997, c’est l’année où mon père a été incarcéré. On voit effectivement qu’il a opéré pas moins de trois personnes en un mois alors que ça se faisait en un mois auparavant.

- 97 ? Répète Jack, abasourdi. Mais c’est l‘année où Rose a commencé à travailler sur le Chasseur. Il avait vraiment mis son plan en place et décidé de passer à l’action.

- J’avais dix ans.

Chacun médite sur ses paroles. Tout est flou. Rien n’est vraiment concret. Dans quelle mesure cette théorie est-elle valable et que leur apporte-t-elle réellement ? Qu’est-il susceptible de leur apprendre qu’ils ne sachent déjà ? Jack a du mal à comprendre comment Sevan a pu s’emballer autant pour de simples photos mais il ne pouvait pas non plus l’ignorer. Il rapproche les clichés pour les examiner attentivement. Il est vrai qu’il y avait trop d’éléments qui correspondaient pour que ce soit vraiment une coïncidence.

Que cherchent-ils à découvrir à l’heure actuelle des choses ? Ils ont découvert que depuis le début Sevan est la cible d’une vengeance d’un père qui a perdu son enfant. Aujourd’hui, ils doivent mettre une identité sur le Marchand de Sable tout en prenant en compte tous les éléments de cette affaire. Qu’est-ce qu’ils ont sur les bras ? Une institutrice morte il y a des années et la directrice seulement quelques heures plus tôt ; deux organisations qui trafiquent des organes qui ont pris Olivier Milak dans ses filets. Et des assassins dans tous les sens.

Que vient faire Michèle Boutonnier ? Etait-elle vraiment le chef de l’organisation ?

- Bien. Tu connais son adresse ?

- Officielle ? Oui. Surtout si elle travaille toujours…

Sevan est coupé par un tic-tac de plus en plus stressant. Au départ, il croyait qu’il avait des fourmis dans les mains et les jambes. La conversation l’a stressé au maximum, tous ses nerfs sont tendus. Il est un peu perdu et n’a pas fait attention. Se rendre compte que la seule personne à laquelle ses parents ont réussi à lui accorder une certaine confiance ne serait qu’une traîtresse est difficile à admettre. Cela dit, c’est peut-être aussi la raison pour laquelle elle ne représentait plus que leur seul lien extérieur, peut-être a-t-elle aussi fait en sorte de les isoler pour mieux les contrôler, peut-être est-elle à l’origine de leur comportement.

Mais là, le bruit est bien plus important et devient presque assourdissant. Un tremblement de terre ? Ca faisait des années que la région n’en avait pas connus, peu probable.

- Sortez d’ici, hurle Jack en ramassant les dossiers pour les mettre sous son bras. Sevan l’imite avec les photos qu’il glisse dans sa poche.

Eden ouvre la marche. L’appartement est situé au dernier étage de l’immeuble mais les trois hommes refusent de prendre l’ascenseur. Ce serait idiot de rester coincés dans une cage en chute libre.

C’est alors que le téléphone de Sevan sonne à nouveau. Il jette un regard à Jack, derrière lui, qui hoche la tête. Dans leur course effrénée, Sevan a du mal à répondre sans rater une marche dans la précipitation. Son souffle est haché.

- Allô ?

- Je vois que vous avancez mais vous êtes plus rusés qu’intelligents. Tout le monde vous attendait au quart de tour et vous vous êtes bien gentiment enfoncés dans la gueule du loup. C’est gentil de nous avoir donnés toutes ces informations. Clic.

- Et merde ! Rugit Jack. On n’a rien vérifié du tout. Les caméras, les mouchards, on n’a même pas pensé à assurer la sécurité de la pièce.

Au moment où Jack prononce ces derniers mots, un souffle puissant les projette plus bas dans l’escalier et un bruit assourdissant retentit. La rampe de l’escalier ne résiste pas et de nombreux morceaux viennent se figer dans leur peau. Sevan grimace de douleur et se reproche également leur bêtise. Comment avaient-ils pu être si négligents alors que leur sécurité ne tient qu’à un fil ? Ils savent qu’ils n’ont pas le droit à l’erreur. Ils savent qu’ils sont surveillés. Comment Jack a-t-il pu commettre une faute aussi grave…

Ils sortent de l’immeuble tant bien que mal. Personne n’est gravement blessé et les riverains sortent les uns après les autres dans le même état, un peu sonnés. La bombe n’était pas forte. Il est rare que leurs adversaire est conscience de la valeur d’une vie mais apparemment ils ne voulaient qu’eux. Peut-être espèrent-ils faire passer pour une explosion de gaz, en limitant les dégâts, pour rester dans l’ombre.

Jack les agrippe pour les entraîner loin de la foule. Il ne faut pas qu’on reconnaisse Sevan. Mais ils sont arrêtés dans leur progression par un véritable commando. Pas moins de dix hommes les encerclent. Jack, Eden et Sevan se regroupent dos à dos, bien que ce dernier soit complètement perdu. Il ne s’est jamais battu de sa vie même si ses nerfs sont à fleur de peau après avoir pour unique objectif de rester en vie depuis trois mois. Un flash lui revient en mémoire lui rappelant l’époque où Gaël faisait tout pour rapprocher les deux amants. Cette époque, déjà, lui paraissait bien insouciante et très lointaine.

Le combat fait rage et très vite, il se retrouve isolé des deux combattants comme si leurs adversaires avaient tout de suite vu la faiblesse en lui. Il se débat mais le bras qui se referme sur sa gorge est trop puissant. Il se met à suffoquer rapidement et se débat de plus belle mais l’homme ne bouge pas d’un pouce. Il attend, tel un prédateur, que sa proie s’affaiblisse. Il appelle Jack et Eden mais les mots restent coincés dans sa gorge, privée d’oxygène, qui se fait de plus en plus pressant. Très vite, toute force quitte ses jambes et c’est dans un dernier recours qu’il tente de se libérer de la poigne de son adversaire.

- Un pas de plus et il meurt. Remettez-nous les dossiers, ordonne son tortionnaire.

La seconde d’immobilité de ses assaillants est largement suffisante pour Jack qui, jusque-là harcelé par ses adversaires, ne pouvait pas faire grand-chose pour Sevan. Il tire dans le front du type dans la seconde. Dans l’escalier, malgré leur course effrénée, il avait évidemment pris soin de recharger son arme. L’homme s’effondre, emportant Sevan avec lui qui a du mal à reprendre son souffle. Mesurant combien il représentait une charge pour ses deux co-équipiers, il décide de prendre la fuite, malgré le souffle court, espérant les semer. Il a l’avantage de connaitre le terrain mais évidemment, on l’en empêche. Jack prend alors la décision d’éliminer tous ces hommes qui mettent en danger la vie de Sevan alors qu’il voulait les garder en vie pour les interroger. En un temps record, il abat cinq autres hommes et, pendant qu’Eden le couvre, il recharge à nouveau son arme, pour abattre le reste. Le silencieux dont il était muni lui avait permis d’agir en toute discrétion et personne n’a remarqué qu’un combat à mort se déroulait à quelques mètres d’eux.

Les vêtement en lambeaux, le corps endolori, chacun se regarde en piteux état. Sevan se laisse glisser contre le mur mais Jack le relève et entre seul dans l’hôtel le plus proche que le garçon leur a indiqué. Il appelle les garçons et l’hôtesse leur ouvre une chambre pour trois contenant un lit double et un lit simple pour enfant. Jack prend le lit pour enfant en posant la pochette sur l’oreiller avant de sortir immédiatement.

- Je vais nous acheter des vêtements propres. On ne peut pas rester comme ça. Reposez-vous, prenez une douche, la même routine que d’habitude. Prochaine étape : Michèle Boutonnier.

Sevan hoche la tête et Jack disparaît.

- Tu vas bien ? Demande-t-il à Eden.

- Oui et toi ?

- J’ai l’impression que tout mon univers part en lambeaux, constate-t-il tristement en s’allongeant sur le lit. Il tend les bras pour y accueillir Eden. La douche, ce sera pour plus tard.

- Les secrets de famille ne restent jamais enfouis indéfiniment et il ne fait jamais bon de les dévoiler parce que là, ça explose.

Sevan approuve en marmonnant, la tête cachée contre sa nuque en respirant son odeur. Il veut simplement profiter de la tendresse de son amant tant qu’il a la tête sur les épaules.

Le Chasseur {Chapitre 40}

Publié le par danouch

Malgré l’appelle de la vieille, Jack et Oz ont décidé de ne pas changer les plans initiaux car, quoi qu’il arrive, il fallait se rendre au bureau du père de Sevan et ce, même pour retrouver le trafiquant inconnu. En savoir plus sur cette organisation est primordiale.

- Je pourrai y aller, seul. Propose Eden.

- Hors de question. Répond spontanément son père. Isis va se charger de cet homme, elle retrace l’appel et sa localisation. S’il a utilisé un portable on peut le retrouver à tout moment, dans le cas contraire on ira directement à l’endroit où il a appelé. On enquêtera sur place. Je vais aussi lui demander de chercher des renseignement sur l’instructrice. Il est possible qu’elle soit la mère de l’enfant à la base de toute cette histoire, ce qui expliquerait comment elle a su pour le père de Sevan et aussi sa folie.

- Que fait-on alors ?

- Rien. On s’en tient au plan initial.

Les deux amants sont obligés d’accepter, de toute manière ils n’ont aucun argument assez fort pour aller à l’encontre du père Bale. Après tout, Eden n’est pas un soldat d’élite et lui reste encore des séquelles de sa rencontre avec le Marchand de sable. Il ne pourra rien faire seul, sauf se mettre en danger de mort, même si a priori, la mission ne semble pas périlleuse.

Toutes les idées noirs qui traversent l’esprit d’Eden ne touchent en aucun Sevan qui, depuis l’appel, ressasse des hypothèses dans son esprit. Il a découvert avoir été opéré bébé, la mère du donateur initial était surement dans son école, celui qui a été sacrifié à sa place est l’enfant du criminel Marchand de sable, lui-même mentor du Chasseur. Un véritable mic-mac. Il ne manquerait plus que le Chasseur soit en fait le fils caché de son père, la boucle serait bouclé. Il en rit jaune.

Au parlant du loup on en voit la queue. A la vue du Chasseur dans la salon, toute la famille a fait un sursaute avec pour bruit de fond le coup de feu sur Cédric. Sevan serre un peu les poings mais il ne peut rien faire, Eden de son côté est plus méfiant que la peste à son endroit, c’est presque d’instinct qu’il se met devant ses êtres chers. Devant lui, Jack et Oz observe le Chasseur avec froideur sans pour autant être hostile, c’est Oz le premier à faire un pas dans sa direction. Enfin de compte, ils ne sont pas si différent que ça. Tous deux tuait pour l’Etat. Le militaire pose une main presque amicale sur l’épaule du Chasseur qui l’observe avec attention.

- Alors, ta mission ?

- Les deux échecs d’Olivier Milak n’ont rien donné. Pas la moindre information sur l’organisation, ils n’ont même pas cherché à les contacter. Ce sont trafiquant qui sont venus à eux. Annonce simplement Seth.

- Ce qui veut dire qu’ils avaient accès aux données de l’hôpital. Olivier Milak ne devait pas leur fournir des informations, ils donc un hacker avec eux, ou encore des sources dans l’hôpital. Si c’est un hacker, Isis pourra retrouver sa trace. Dit Jack en direction de Oz.

Ce dernier acquiesce d’un signe de tête, il quitte le salon en direction de la baie vitrée qui le conduit au jardin. Alors qu’Eden est totalement crispé, une petite tête brune le dépasse et cours en direction de Seth. Milli s’arrête devant le Chasseur, sans aucune crainte, un sourire radieux sur le visage elle lui prend la main. Eve manque de s’évanouir, le cri stoppé dans sa gorge. Jack lui-même ne semble pas à l’aise. Le tueur à gage remarque la tension qui règne, il se contente d’arquer un petit sourire avant de s’accroupir, à hauteur de l’enfant.

- On va jouer ?! Elle lui demande toute joyeuse.

- Une autre fois. Il lui dit en la tournant en direction de sa famille.

Bredouille Milli croise le regard d’Eden, elle se précipite sur lui en riant et s’accroche à ses jambes. Elle se suspend, tire sur le pantalon, tourne autour de son oncle sans s’arrêter. Une sorte de soulagement tacite s’exprime dans la pièce ce qui amuse beaucoup l’assassin, Jack franchis les quelques mètres qui les séparent, toujours très calme et très sérieux.

- Je vais te parler du plan. Suis moi.

Le patriarche jette un regard en arrière en direction de son ainé, avant de s’éloigner avec Seth dans une autre pièce. Milli tire sur le pantalon d’Eden pour être portée, Jill ne se prive pas de lâcher un soupire d’apaisement. Si innocente, Eden se baisse un sourire tendre sur les lèvres pour porter la petite sous l’œil attentif de Sevan.

- C’était le Chasseur ? Demande Dylan.

- Oui. Lui répond son ex-épouse.

- Que fait-il ici ? Dit il les dents serrés.

- Il est de notre côté. Répond Eden en jouant avec la petite dans ses bras.

- Tant que nos intérêts sont les mêmes. Complète Gaël encore un peu tendu.

Sevan quitte le salon sans attendre Eden, il rejoint la chambre pour commencer à préparer un petit sac du stricte minimum. Eden est resté dans le salon à jouer avec sa nièce. Eve et Dylan se sont un peu isolés, pour discuter ou autre tandis que Jill est soucieuse, assise sur un fauteuil du salon à regarder son grand fils jouer avec l’adorable Milli.

Gaël se retrouve seul à broyer du noir. Tous s’en vont. Eden, son père, Sevan et Oz (même s‘il s‘en fiche de lui). Ce n’est pas qu’il déteste Dylan mais il n’a pas vraiment d’affinité avec lui, autant dire qu’il le trouve inintéressant. Pour couronner le tout, il doit vivre avec Isis. Rien qu’à cette idée il se sent irrité et soudainement coupable. Il se souvient encore du regard assassin qu’elle lui a jeté lorsqu’il l’a quasiment crucifié en publique. Ce genre d’humiliation ne s’oublie pas mais il est bien trop fier pour aller s’excuser. Il aurait préféré qu’elle se moque de lui, plutôt qu’elle parte comme ça, la haine dans le regard. Il croit même l’avoir blessé. Au départ, il l’a voyait comme une sorte de garçon manqué, qui s’amusait de lui quitte à l’embarrasser constamment mais à cet instant précis, lorsqu’il s’est retourné, ce n’est pas l’arrogante Isis qui lui faisait face, c’était une femme. Comme les autres. Une femme fragile avec des sentiments. O non ! Il ne croit pas qu’elle est un quelconque sentiment amoureux à son endroit mais elle a sa dignité et Gaël l’a totalement piétiné. Avec tout le sexisme dont l’homme est capable.

« Bravo Gaël, tu t’es comporté comme un vrai mec ». Lui avait dit Eden déçu, dés qu’Isis était partie.

Oui…Un vrai mec…

Assit sur le bord de la fenêtre, Gaël se flagelle mentalement de sa connerie. Il penche la tête en arrière. Elle ne devrait pas le tracasser autant, elle devrait l’obséder autant mais il a fait quelque chose de mal, quelque chose que même lui n’arrive pas à se pardonner. Gaël est peut être très pragmatique, pas assez sentimentale mais il a quand même un cœur. Il n’arrive pas à se faire à l’idée qu’il l’a blessé alors qu’elle doit déjà avoir assez de problème comme ça. Il doit aller s’excuser. S’il ne le fait pas, il n’arrivera pas à sortir Isis de sa tête.

Déterminé, il saute de son piédestal, sans s’en rendre compte qu’il vérifie dans sa glace qu’il est présentable avant de se secouer la tête. Il se frotte les mains sur le pantalon et s’en va vers le jardin. Il rentre dans le salon, Eden joue encore avec la petite Milli, sa mère lit un livre. Il traverse la pièce sans attirer les regards, il ouvre la baie vitrée et marche dans l’herbe gelée.

Il descend les escaliers et vérifie qu’Oz est déjà partie avant d’entrer. Il ne compte pas avouer ses tords devant tout le monde, il y a des limites quand même. Il ose un regard, personne à l’horizon. Il ne voit que le dos courbé d’Isis sur son écran d’ordinateur. Il n’y a que le bruit des touches et celui de « bip » faible venant de l’écran géant. Gaël s’approche à pas de loup, Isis est absorbée par son travail, elle ne l’entend pas. Il aurait préféré qu’elle se rende compte de sa présence, il doit se manifester et il n’en a pas envie. C’est stupide mais c’est comme ça. Gaël se sermonne, il ferme les yeux une seconde pour se donner du courage. Il imagine Sevan le coacher dans son dos, il efface rapidement cette image de son esprit, trop ridicule.

- Isis…, dit il faiblement.

Quasi inaudible. Elle ne semble pas l’avoir entendu.

Et zut il doit recommencer, c’est une torture !

- Va t’en. Elle cingle brusquement.

Gaël en sursaute presque. Elle continue de taper frénétiquement sur le clavier.

- Je dois te dire quelque chose d’abord.

- Va t’en je t’ai dis. Elle répète toujours aussi froide.

- Avant il faut que…

Brusquement elle fait tourner sa chaise, il se lève, le yeux sous le nez de Gaël. Elle ne lui a jamais paru aussi…féminine et effrayante à la fois. Son regard lance littéralement des éclairs, les dents serrés, les sourcils froncés. Gaël est muet, il n’ose rien dire, rien faire.

- On est obligé de vivre ensemble c’est un fait mais je t’interdis de m’adresser la parole, de me regarder ou de parler de moi. On s’ignore royalement à partir de maintenant, pour moi en tout cas, tu n’existes pas.

Et paf, prends sa dans ta face. Gaël en perds ses moyens. Il aimerait répliquer mais il ne trouve rien de bien à dire, ses bonnes résolutions ont volé en éclat l’espace d’une seconde. Isis se mord les lèvres, son expression se tord un instant en tristesse, la colère reprend si rapidement le dessus que Gaël a cru halluciner. Elle se rassoit, sèchement. Décidemment, c’est encore plus difficile que ce qu’il pensait. Il s’apprête à ouvrir la bouche mais un non désireux fait son apparition.

- Gaël, ton frère, Sevan et ton père s’en vont. Tu devrais venir leur dire au revoir. L’appelle Oz depuis les marches.

- J’arrive ! Il lance.

- Ils vont pas t’attendre tu sais.

- J’arrive je t’ai dis ! S’écrie Gaël agacé.

Il regarde une dernière fois le dos d’Isis, il s’en va à contre cœur au pas de course pour rejoindre sa famille sur le départ. Arrivé dans le salon tous ont déjà fait leurs adieux aux trois hommes, Jill tient encore dans ses bras Sevan qui étouffe. Elle ne cesse de leur faire des recommandations et de faire menace à son mari si jamais Eden et Sevan ne reviennent pas en un seul morceau. C’est en souriant que Jack accepte les menaces de sa femme, il lui pose simplement la main sur le front avant de lui tourner le dos et de s’approcher de son cadet. Gaël se raidit à la seconde, son père ne se gêne pas pour le serrer contre lui et lui faire promettre dans l’oreille de bien s’occuper de la famille.

- Maintenant, c’est toi l’homme de la maison.

Eden lui fait simplement un clin d’œil alors que Sevan l’étreint.

- Surveilles bien mon frère, il a tendance à tomber dans les pièges très facilement.

Sa remarque lui vaut une grimace de la part de son frère.

Les trois hommes saluent une dernière fois ceux qu’ils laissent derrière et disparaissent dans une des voitures garées dans l’allée. Jill referme la porte d’entrée le regard lourd, les épaules affaissées. Dylan pose un regard compatissant sur Jill mais elle ne lui rendra certainement pas, comme toujours sa mère ne porte pas son ex-gendre dans son cœur surtout lorsqu’elle constate qu’Eve tombe à nouveau dans ses bras. Gaël reste encore quelques minutes à attendre, l’esprit ailleurs, priant secrètement pour qu’ils reviennent tous les trois sain et sauf. Il est définitivement seul.

Il se souvient alors qu’il a oublié de s’excuser auprès d’Isis, il se retourne en direction du jardin, il s’apprête à y retourner mais maintenant il hésite. Elle n’avait pas à l’air de vouloir lui pardonner et présenter ses excuses n’allait sans doute rien changer. Le regard fixé sur la porte ouverte dans la cabane, Isis finit par apparaitre le sortant de sa léthargie, il détourne aussi tôt les yeux faisait fi de l’avoir vue. Sans un regard dans sa direction il retourne dans sa chambre.

Il se jette sur son lit, le cœur prit dans un étau. Pourquoi est-ce qu’il se sent aussi nerveux ? Et merde ! Si elle ne veut plus le parler qu’à cela ne tienne ! Il veut bien se repentir mais elle refuse de lui parler, à quoi bon. Il va se contenter de rester dans sa chambre, d’attendre le retour d’Eden et de Sevan. Il n’a pas besoin d’elle. Au milieu de la confusion et des soupires d’exaspérations, Gaël cède le pas au sommeil sans s’en rendre compte. Allongé sur le lit, les bras en croix.

Durant tout le trajet Sevan est devenu muet, Eden peut sentir toute sa nervosité grimper au fur et à mesure que le temps passe. Les kilomètres défilent sur le compteur et son compagnon n’a pas encore déridé. Perdu dans ses souvenirs et ses appréhensions, Eden n’essaye même de l’en sortir. Il se contente de lui tenir la main, pour lui rappeler sa présence, pour lui murmurer son soutien. Sevan la sent cette main, elle le maintient dans la réalité même si son esprit s’égare dans le passé. La route défile sous ses yeux sans qu’il n’y prête attention, il pense à son ancienne vie. Les journées de travailles, les nuits où il retrouvait Cédric. Les repas chez ses parents, ses souvenirs de jeunesse, les rires, les engueulades, les jeux. La confiance et l’amour. Un passé banal dans une famille banale. Maintenant Cédric est mort, son père est à nouveau en prison. Tout est détruit, tout est brisé. Il va retourner chez lui mais il n’y aura personne, il n’y aura rien. Ni rire, ni lumière, ni musique. Pas la moindre présence, juste les fantômes de ses souvenirs.

Jack et Eden avaient raison. Il n’y a rien de plus dur que de revenir en arrière et que de se rendre compte, que tout allait bien avant. Sevan revient sur terre, le bruit régulier du moteur l’a presque endormi, il sent une chaleur apaisante sur sa paume, doucement son regard glisse sur la main fermement serrée d’Eden. Il remonte les yeux le long de son bras, jusqu’à l’épaule, puis il longe la cou fin de son amant. Il suit la ligne de son profil. La mâchoire légèrement démarquée se finit sur un menton ni trop en avant ni trop en arrière, il remonte sur sa bouche, la pointe arrondi de son nez, son front caché pas une multitude de mèches rebelles. Les prunelles améthystes dans le vide, entourés par des sourcils sombres et long donnant une profondeur envoûtante à son regard.

Eden commence à s’endormir lui aussi mais il ne lâche pas la main de Sevan, la tête appuyée sur sa main libre contre la vitre, ses paupières se ferment par moment, jusqu’à ne plus s’ouvrir. Sevan laisse choir sa tête sur son épaule, cherchant sa présence encore plus fortement. Il ferme à son tour les yeux, espérant le rejoindre dans ses rêves. Si Eden n’était pas là, que serait-il advenu de lui ? Il n’ose même pas l’imaginer. Le sommeil l’emporte rapidement, sous l’œil attendrit de Jack qui s’inquiétait de l’avenir de ses deux garçons, lorsqu’il les voit aussi proche il ne peut pas imaginer que cela se finisse mal. Pas pour eux en tout cas. Ils ne le méritent pas.

C’est au milieu de la nuit que Gaël se réveille, encore tout habiller sur son lit. Aucune lumière ne filtre ses volets, il baille fortement en se redressant. Il observe autour de lui puis il décide de se lever et d’allumer la lumière. Il n’a qu’une envie, se faufiler sous sa couette et dormir mais d’abord, il va boire un verre d’eau. Il a la gorge tellement sèche qu’il lui saurait incapable d’articuler le moindre mot.

Il ouvre le réfrigérateur projetant son ombre sur le mur, il prend la bouteille d’eau et referme la porte. Il repart en direction de sa chambre, la bouteille fraiche dans les mains. Il baille à nouveau et ne fais pas attention à Isis qui s’est immobilisée lorsqu’elle a remarqué Gaël revenir du salon.

Il s’arrête net, surpris de la trouver encore debout. Elle ne détourne pas les yeux. Une seconde qui prend des airs d’éternité s’écoule, Gaël ne cligne même pas des yeux. Isis rompt le contact la première et reprend le chemin en direction de sa chambre.

- Attend ! S’écrie Gaël.

Elle stoppe, dos à lui. Gaël sent sa gorge devenir encore plus sèche que tout l’heure. Il déglutis.

- Je suis désolé, il murmure.

Même si le son est inaudible, lorsqu’il n’y a pas un bruit, la voix s’amplifie étrangement et Isis a eu réellement l’impression que Gaël lui avait dit dans le creux de l’oreille. Elle sent un frisson lui parcourir l’échine.

- Je suis désolé pour ce que j’ai dis…Je le pensais pas…, reprend Gaël.

- Je m’en fou. Dit elle soudainement. Tu me peux me trouver laide, je m’en fou. J’ai pas apprécié que tu le hurles sur tous les toits, c’est tout.

Alors il avait raison, il l’a profondément blessé.

- Je ne sais pas ce qui m’a prit…J’étais en colère contre toi pour une raison stupide. Je suis vraiment désolé. Avoue honteusement Gaël.

- A cause du sweat ?

- Euh…Ouais c’est ça ! A cause du sweat.

Mouais…Pas génial comme prétexte, ca fait vraiment gamin pourri gâté.

- T’es grave quand même, lui répond Isis avec le sourire.

Gaël se sent alors plus détendu, il laisse échapper un sourire à son tour, content qu’elle ne lui en veuille plus autant. Elle s’apprête à repartir, Gaël en fait de même. Il s’arrête devant sa porte, Isis devant la sienne juste en face de celle de Gaël. Il se retourne vers elle qui a déjà la main sur la poignet.

- Je voulais aussi te dire…Je ne te trouve pas laide. Bien au contraire.

Gaël ouvre sa porte et la referme derrière lui. Isis est toujours immobile, la main sur la poignet, le visage rouge. Dans sa chambre le jeune Bale se demande ce qui lui a prit de dire ça ! Elle va s’imaginer des choses maintenant ! Elle va le narguer avec ça et se moquer de lui constamment ! Il a encore manqué une occasion de se taire. Il quitte rapidement ses vêtements, bois une gorgée d’eau avant se placer sous ses couettes.

Maintenant qu’il s’est excusé il se sent plus serein mais il y a quand même un hic, ça ne l’empêche de continuer de penser à elle.

Au lendemain, il a eu du mal à se réveiller, la nuit a été agitée puisqu’il a bien dut attendre une heure que son cœur reprend un rythme normal avant de s’endormir. Les images de la vieilles refont surfaces. Il est secrètement fier de lui, il a ravalé sa fierté c’est sûr mais il a fait preuve de courtoisie. Un vrai gentleman, digne d’Eden et de toute la famille Bale même si, à bien y regarder, les Bale ne sont pas les plus doué avec les femmes. On pourra croire qu’on leur a jeté une malédiction. Déjà son grand père paternel, Victor Bastien Bale a abandonné toute sa famille après la deuxième guerre mondial, la rumeur veut qu‘il soit mort à quatre vingt deux ans, remarié à deux reprises. Son père, Jack Bale, est incapable de rester plus d’une semaine auprès de sa femme. Et pour couronner le tout, son frère préfère les hommes. Dans cette longue lignée d’incompétent, il y a eu lui, qui a toujours eu l’impression d’être anormal. Même à côté de son frère, ce qui est assez paradoxal.

Au collège déjà, il se désintéressait du sexe en général. Les relations, la vie en couple étaient tout à fait futile. Ce n’est pas si étonnant pour un collégien au fond, il peut y avoir des garçons tardifs. Gaël le vivait assez bien. Pour lui femme rimait avec cris, caprices, problèmes. Une source d’ennuis constante dont il est impossible de se défaire une fois tomber dans le piège, il n’y a rien de plus sournois qu’une femme. Il avait assez d’exemples chez lui pour ne pas trop s’en approcher. Puis il y a eu Emma, une fille de sa classe avec qui il s’entendait assez bien, peut être même trop. Il n’en fallait pas plus pour qu’on se mette à chuchoter sur leur passage, ça lui-même value beaucoup de moquerie de la part de son groupe d’amis qui ne cessait de le harceler de questions. Il a toujours démenti les rumeurs, refuser de croire qu’il pouvait se passer quelque chose avec elle. Emma était une amie, tout ce qu’il y a de plus normal. Ce qu’il n’a pas compris, c’est qu’au lycée, les amitiés homme femme sont des mythes. Emma s’est mépris, elle a oublié l’amitié et s’est laissé séduite par l’idée d’une relation avec Gaël, chose qu’il a refusé. Elle s’est déclaré, il l’a rejeté. Il n’était plus question de rester amis. Malheureusement, une femme humiliée est une femme dangereuse, elle s’est empressée de lancer une rumeur à son sujet, comme quoi il était gay, tout comme son frère. C’est comme ça qu’il a finit par penser que les filles de son âge étaient des garces. La rumeur n’a pas fait long feu, aucune jeune fille sous le charme du mystérieux Gaël ne voulait le croire. Surtout après qu’il ait ridiculiser Emma en publique en se moquant d’elle.

« Je ne savais pas que tu étais aussi pourrie de l‘intérieur. Si c‘est pour sortir avec une fille aussi hypocrite que toi, je préfère cent fois être gay. » Il avait cinglé.

C’est stupide une femme. Ca pleure tout le temps, ca croit au prince charmant et ça s’imagine toujours plein de choses inutiles et impossible. On leur bourre le crâne de conneries, de trois à dix ans c’est Disney, puis de dix à quatre vingt dix c’est Hollywood. Surtout que Gaël est loin de l’image qu’on peut se faire du prince charmant, il se rapproche de plus en plus du garçon inaccessible des séries B américaine qui finira par craquer pour la moche et pauvre jeune fille au fond de la classe. C’est faux. Gaël n’est jamais tombé amoureux et l‘épisode d‘Emma n‘a fait que confirmé ses doutes. Aucune fille de son âge ne lui a semblé assez intéressant jusqu’à aujourd’hui.

- Gaël ?

- Hum ?

Isis lui tend une tasse de café.

- Café ?

- Merci.

Il verse du lait dans sa tasse puis il touille doucement, captivé par les yeux clairs de la belle Isis qui ne le regarde absolument pas. Trop absorbé par le téléviseur. Il peut sans scrupule la détailler de la pointe de ses cheveux jusqu’à la chute interminable de son cou. Il s’est arrêté à l’entrer de sa poitrine. Elle se tourne lentement, Gaël reporte vite son regard sur un autre objet, bien trop lâche pour avouer son attirance. Il est loin de se douter que c’est au tour d’Isis de le contempler avec insistance, sentant son cœur battre fortement contre sa poitrine à chaque fois qu’elle est sa présence.

Le Chasseur {Chapitre 39}

Publié le par danouch

Allongés tous les deux sur le lit, Sevan et Eden se reposent en se caressant et en s’embrassant, fermant les yeux, appréciant chacun la compagnie de l’autre.

- Au fait, tu ne m’as pas expliqué.

- Quoi ?

- Le Marchand de sable : qu’est-ce qu’il me veut exactement ?

Eden rouvre les yeux en observant son compagnon, pensif.

- Je ne sais pas tout, Sevan.

- Tu as l’air d’en savoir assez pour être terrifié.

- Je ne sais pas si je suis le plus apte à te raconter.

- Tout le monde s’obstine à me cacher des choses. Le fait est que je suis poursuivi par un assassin qui veut ma peau. J’aimerais savoir pourquoi.

Eden hésite mais ça n’a pas de sens que tout le monde soit au courant sauf Sevan alors que c’est lui qui est concerné. Toutefois, il craint sa réaction. Comment accepter que l’on devait mourir ? Comment expliquer qu’on a pris la vie d’un autre sans passer pour un monstre ?

Eden prend son inspiration avant de lui raconter tout ce qu’ils ont appris. Cette affaire a commencé vingt-cinq ans plus tôt ; les mots semblent trop réducteurs. Ça dépasse les l’entendement. Pendant vingt-cinq ans, Sevan a vécu tout à fait normalement, construisant sa vie étapes par étapes sans se douter une seule seconde qu’une personne tapie dans l’ombre attendait son heure pour se venger. Ça a de quoi terrifier n’importe qui. Qui sait ? Peut-être que pendant qu’il rentrait tranquillement chez lui, la bête l’épiait déjà même si son souffle rauque et putride n’atteignait pas sa gorge. Sevan se met à trembler en songeant qu’en ce moment, même s’il se sentait en sécurité, l’assassin préparait un autre plan pour le capturer.

Eden le prend dans ses bras et Sevan se blottit dedans avec délice. Il comprend maintenant pourquoi son père ne voulait pas s’expliquer avec lui : Sevan préfère l’apprendre de la bouche de son amant, les mots paraissent moins durs. Il essaie d’appréhender la mentalité de son père à l’époque. Il devait être anéanti. Pour autant, il n’aurait pas dû se croire tout permis. Sevan essaie de ne pas le juger mais les conséquences de son acte le laissent difficilement indifférent : il a tout de même décidé de la mort d’un enfant pour sauver le sien. Bien sûr, Sevan se rend compte que sans cela, il ne serait pas en vie aujourd’hui. Quoique si c’est pour mourir demain, il y aurait eu un sacrifice bien inutile.

- ca va ? S’inquiète Eden.

- Oui, oui, lâche Sevan, mais c’est…

- Bizarre ?

- Plus que ça. Presque inhumain… Quand ton père m’a dit de réfléchir aux conséquences du mien, je l’ai traité intérieurement de vieux rabougri de militaire mais…

- Vieux rabougri de militaire ?

- Bah ouais.

Eden resserre ses bras autour de lui. Il a peur que Sevan se remette en question avec ce qu’il vient d’apprendre. N’importe qui serait pris de vertiges et de doutes mais peut-être pas avec ce qu’on vient de vivre. Il a l’air étrangement calme.

- Merci de me l’avoir dit.

- Ah… euh…

- Quoi ? Tu ne m’as pas tout dit ? S’alarme Sevan.

- C’est juste que je trouve ça bizarre que tu me remercies pour ce que je viens te dire…

Sevan reste silencieux, Eden n’a pas tord mais en même temps, même si c’est énorme à avaler, il se sent plus libre. Jusque-là, il était harcelé dans tous les sens sans savoir pourquoi. Ça ne va rien changer de savoir mais au moins il sait dans quelle direction il va et pourquoi on lui en veut, ce qui n’est pas négligeable. Sevan s’entortille autour de lui, se penche sur sa nuque et l’embrasse puis ils font l’amour tendrement.

A table, le soir venu, Jack fait le point pour l’assemblée. Sevan remarque la mine assombrie d’Eden quand il précise que le clan Bale reste sur terre ferme.

- Je me demande s’il n’y a pas un endroit où vous oubliez de chercher, songe Sevan.

Jack le regarde attentivement.

- Ben, le bureau de mon père, non ?

- Sauf qu’il ne connaissait pas ses patients.

- Non mais papa a toujours pris des notes dans ses travaux. En regroupant certaines informations, on peut obtenir des renseignements précis sur les profils de ses patients, les maladies, l’évolution et peut-être même leur historique.

- Vraiment ? S’enquit Jack, soudainement intéressé.

- En partant du principe qu’on n’arrive pas trop tard. Mais ça vaut le coup d’essayer.

- Ton père n’a pas parlé de ses notes, objecte-t-il.

- Tu ne le lui as pas demandé.

- Il faut toujours être très précis avec les Milak, approuve Eden, ce qui lui vaut un coup d’œil taquin du concerné.

Jack garde le silence pendant qu’il réfléchit. Il n’en reparlera pas du dîner.

Le soir venu, les deux amants discutent au lit après avoir visionné un vieux film de catch des années 80.

- T’habites la capitale, c’est ça ? S’informe Eden.

- Ouais. Je n’ai jamais déménagé. Mes parents vivaient suffisamment confortablement pour qu’on n’ait pas envie de déménager. Je suis parti quand j’ai ressenti le besoin de vivre seul.

Sevan hésite à aller plus loin car le sujet est encore trop sensible et il préfère respecter l’amour propre d’Eden pour ne pas gâcher l’harmonie du moment. De fait, Eden n’en veut pas plus alors il s’abstient.

- Mais tu sais, reprend-il en changeant de sujet, ton frère semble très attiré par Isis.

- Ah, ah ! Il a aucune chance !

- Ah oui ? T’en étais où, à quinze ans, toi ?

- Moi ? Panique Eden.

- Bah, tu sais tout de moi, c’est pas juste.

- Bah, tu sais déjà qu’il y avait Greg.

- Ah oui, ronchonne Sevan.

- Tiens, mais au fait, c’est vrai que t’étais jaloux déjà, quand t’es arrivé.

- Je m’inquiétais, c’est normal.

- Nan, nan, t’étais jaloux !

Sevan se renfrogne tandis qu’Eden éclate de rire en le harcelant de chatouilles. Sevan se braque, il déteste les chatouilles, ça ne fait même pas rire !

- Sale garnement, marmonne-t-il.

- Espèce de vieillard !

- Alors là, tu vas voir qui est le vieillard de nous deux ! S’exclame Sevan en se jetant à son tour sur lui.

Les garçons explosent de rire et de joie, un peu plus qu’il n’en faudrait, mais c’est pour mieux relâcher toute la tension.

- La ferme ! Hurle Isis depuis sa chambre.

Ils se regardent, Eden est à califourchon sur Sevan qui essaie de tenir ses doigts agiles en respect.

- Je vois vraiment pas ce qu’il lui trouve, commente Sevan.

- Cherche pas à comprendre, mon frère a toujours eu des goûts douteux.

- Ah oui ? Il a eu d’autres aventures ?

- Pas tellement… Mais…

- Eden, si tu dis un mot, je te démonte la face ! Apparaît soudainement Gaël.

- Oh ! Gaël ! Tu veux te joindre à nous ? Demande innocemment Sevan alors qu’il se prenait une droite de la part de son cadet.

- N’essaie pas d’enrôler mon frère contre moi !

- Hey, je fais pas le poids contre des militaires rabougris, moi !

- Tu parles ! T’as quand même mis en déroute deux assassins alors ne fais pas le modeste !

- Je crois que je préfère encore affronter Seth que deux Bale réunis.

- Le petit joueur !

- Ah non, pitié ! J’ai rien fait !

Les trois garçons chahutèrent jusque tard dans la nuit avant d’être surpris par la fatigue. Jack les trouva le lendemain matin, avachis les uns sur les autres. Seul un bras de Sevan dépassait : le garçon était écrasé par les deux frères. Eden le possède, le tient tout contre lui, pour le garder de Gaël qui, de son côté, dort paisiblement. Jack voulait reparler avec Sevan de l’expédition domestique mais il referme doucement la porte pour les laisser dormir.

Ils se réveillent, complètement à l’ouest, d’humeur joyeuse, comme s’ils étaient en colonie de vacances. A peine réveillés, ils recommencent à se chamailler pour une histoire d’oreiller. Deux oreillers pour trois, Gaël refuse d’être le laissé-pour-compte et arrache, sans préavis, celui de son aîné.

- Toi, mon coco ! Tu vas souffrir ! Prévient Eden.

Sevan, pas prêt à affronter les deux frères, se cale dans le lit, en gardant précieusement son oreiller dans ses bras. Il se rendort quand il sent une pression contre lui. Grommelant, il resserre sa prise sur son oreiller. La tension devient plus forte jusqu’à ce que l’objet lui échappe subitement des mains. Il se réveille complètement et hurle contre Eden en se jetant sur lui.

Eden sursaute, face à l’agressivité de son compagnon qui l’écrase sur le lit en se pliant en deux.

- T’aurais dû voir ta tête !! Trop dôle !

- Nan mais t’es pas bien ! T’as vu le cri que t’as poussé aussi !

- Trop drôle, répète Sevan.

Les deux amants en oublient le troisième larron qui en profite subrepticement pour récupérer ledit objet et garder les deux pour lui. Sevan et Eden se regardent un instant sans croire que le cadet pensait vraiment s’en sortir aussi bien.

Gaël sursaute en sentant des doigts glisser sous son tee-shirt. Il tombe face à Sevan qui arbore des yeux grands ouverts, plein de malice.

- Nan mais t’es… t’es… t’es complètement malade ! S’exclame Gaël en rabaissant fébrilement son tee-shirt.

Eden félicite son amant par un hochement de tête qui achève le benjamin.

- Je t’éduque. Il faut avoir des arguments si tu veux séduire la petite !

- Je vois pas de quoi tu parles, murmure Gaël en repoussant Sevan d’une main qui mimait un gros bisou bien baveux.

- Eden, comment veux-tu que Gaël ait une chance si tu ne lui as même pas enseigné les bases !

- Je vous rappelle qu’on n’est pas du même bord, les mecs ! Vous connaissez rien aux filles.

- Tu comprends pourquoi je te dis qu’il a des goûts douteux en la matière ?

- Ah oui, un hétéro… Toutes mes condoléances…

Gaël écarquille les yeux en entendant ses deux aînés.

- Vous êtes vraiment cinglés, commente-t-il en souriant.

- C’est toi qui es « normal »… contre Eden d’un clin d’œil.

- Tu crois que c’est récupérable ? s’inquiète Sevan.

- Foutez-moi la paix, grogne Gaël en leur jetant les deux oreillers. Et pour info, je suis beaucoup plus précoce qu’Eden, conclut-il en fermant la porte, tout sourire.

- Ah oui ? Enchaîne Sevan.

- Fais pas attention… il n’a pas toute sa tête.

- La vérité sort toujours de la bouche des enfants…

- Alors éduque-moi, Casanova ! Susurre Eden qui sait comment manipuler son compagnon.

- Avec plaisir !

Sevan se penche sur Eden pour l’embrasser, ce qui laisse deviner la suite des événements. Eden n’a pas tellement besoin d’être éduqué en fin de compte… Leurs corps s’excitent l’un contre l’autre, leur peau en sueur ne demande qu’à être embrassée et caressée, avant de pouvoir s’unir dans l’amour et la tendresse. Ils ferment les yeux après avoir jouis, allongés sur le lit, pour rester là pour toujours.

Ils se rendorment. Eveillés, ils ne se rendent pas compte de la fatigue accumulée mais dès qu’ils sont sur un lit, le sommeil les emporte. Ils prennent leur douche ensemble, échangeant des baisers et des caresses. Eden savoure ce genre de moments trop peu communs à son goût pour un couple. Il songe à la manière peu courante dont ils se sont rencontrés. Comment expliquer ça ? « Bah, Sevan était en train de se faire laminer par un assassin furieux et je l’ai sauvé ». Il en rit tout seul.

- Qu’est-ce qui te fait rire ? Lui demande Sevan.

- La manière dont on s’est rencontrés : un mec minable en détresse sauvé par le grand Eden.

- Bah voyons, n’empêche que t’es tombé raide amoureux du mec minable en question, réplique Sevan, goguenard.

Eden l’embrasse avant de sortir de la douche. C’est alors qu’il glisse contre la paroi humide et serait tombé si Sevan ne l’avait pas rattrapé.

- Pas mal pour un vieux, hein ?

- Très drôle.

- Ça va ?

- Ouais, ouais, t’inquiète. On pourrait se faire trucider par une mitraillette folle mais il faut que je me casse la jambe sous la douche, rigole Eden.

- Super glamour !

A table, ils retrouvent la famille Bale. Isis est déjà en train de pianoter sur son ordinateur au QG.

- J’ai pris de nouvelles dispositions, commence Jack, attirant l’attention de toute la famille.

- Sevan et Eden vont m’accompagner à son domicile : on ne peut pas négliger cette piste. Cependant, je ne peux pas vous laisser seuls. Je me suis adressé à un homme de confiance pour assurer votre protection, en plus de Gaël.

Un homme fait alors son apparition. Un type banal, sans caractéristique particulière mais qui pourtant fait son effet. Mais plus encore, c’est Eve qui surprend toute la maisonnée. Elle se lève brusquement de table et se jette dans les bras de l’homme qui vient d’arriver.

S’il ne l’avait pas vu de ses propres yeux, Eden n’y aurait jamais cru : Eve vient de se jeter dans les bras de Dylan tandis que la petite Milli saute de joie derrière le couple. Normalement, la maison aurait dû être détruite, un véritable champ de bataille devrait leur faire face avec des morts, du sang partout. Mais non, elle s’est littéralement jetée dans ses bras. Quelque part, ça le rassure. Dylan est un soldat compétent et impliqué dans la mission puisqu’il doit protéger sa famille. Eve n’avait pas retrouvé le sourire depuis qu’ils étaient sortis du tunnel où elle avait fait une crise d’angoisse, manquant l’étouffer. La petite famille disparait de la circulation.

Jill commence à débarrasser pour laisser les hommes parler entre eux.

- Gaël, je compte également sur toi.

Gaël fait comme s’il n’avait rien entendu et esquisse à peine un mouvement de tête. Eden pose une main sur sa cuisse pour le rassurer mais le jeune garçon a la mine sombre. Avant, ce n’était que Jack qui partait, maintenant, il prend aussi Eden. Se rend-il seulement compte de lui ? Eve est grande et puis maintenant, elle a Dylan. Sa mère est habituée. Lui, il n’a que quinze ans et pouvait se reposer sur son aîné.

Il recule la chaise avant de disparaître à son tour dans sa chambre. Jack soupire, il n’a jamais su très bien gérer son benjamin. Peut-être parce qu’Eve et Eden sont plus âgés et qu’ils ont grandi ensemble. Quand Jill lui a annoncé qu’ils attendaient un troisième, il a été quelque peu surpris avant de ressentir une grande joie : apprendre que l’on va être père est accompagné de joie et de peur à la fois. C’est une grande responsabilité et Jack savait qu’il n’était pas un père exemplaire même si ses enfants sont tout pour lui.

- Nous partons demain, poursuit-il.

- D’accord.

- Tu as toujours la clef de chez toi ?

- Sevan opine du chef.

- Attention, tu retournes chez toi mais tu es toujours en mission. Ne crois pas que ce soit terminé.

- Je sais, merci. Ma tête est toujours mise à prix.

- Allez vous coucher, maintenant.

- Attends, tu nous envoies à la mort mais avant ça, tu nous dis d’aller nous coucher, objecte Eden qui n’en croit pas ses yeux.

Jack ne répond pas à la provocation, il est déjà dans la cuisine aux côtés de sa femme. Eden pousse un juron et Sevan le tire à lui.

- Ce n’est pas grave. Je ne comprends pas pourquoi il s’est senti obligé de me rappeler que j’étais toujours en mission.

- Parce que ça fait longtemps que tu n’as pas retrouvé ton foyer. Tu verras la sensation que tu éprouveras en mettant la clef dans la serrure. Tu auras forcément un relent de nostalgie. C’est cette seconde d’inattention qui peut te coûter la vie.

Sevan hoche la tête, en se promettant d’être prudent. Tout le monde s’éparpille à nouveau. Seth est parti enquêter sur la femme du Marchand de sable, Oz et Delaine sur le réseau et lui, il enquête sur personne d’autre que son père. ça lui fait bizarre, comme s’il agissait en douce. Son père est déjà en prison et il a l’impression de chercher à l’accabler d’avantage en trouvant des preuves compromettantes.

Les amants regagnent leur chambre. Pendant qu’Eden se prépare sous la douche, Sevan rejoint discrètement Gaël dans la pièce d’à côté. Le jeune homme est assis, morose. Sevan se racle la gorge pour s’annoncer et Gaël semble se ressaisir, comme s’il pleurait intérieurement.

- Comment tu te sens ?

- Nul.

- Ah ? Moi, je vois un garçon fort et courageux, capable de séduire le cœur d’une jeune fille.

- Arrête avec ça. Je suis laissé pour un boulet.

- Mais je suis sérieux, Gaël. Eden n’avait pas quinze ans quand il a dû se battre pour protéger sa famille.

- Je me sens nul parce que je n’ai pas envie d’assumer ce rôle, je n’ai pas envie d’être fort et courageux, comme tu le crois.

- C’est bien pour ça que tu l’es. Sinon, tu serais idiot et suicidaire. Tu as déjà essayé de me protéger et là, tu es chamboulé parce que tu vois les deux personnes censées vous protéger partir alors qu’un dangereux assassin est à nos trousses. N’importe qui serait effrayé, moi, le premier. C’est plutôt moi qui suis coupable, j’ai apporté le malheur sur ta famille.

- Pas du tout ! C’est toi qui es venu à nous parce que papa est censé assurer ta protection. Ce sont les risques du métier. Mais vous avez intérêt à revenir vivant.

- Bien sûr. Maintenant que je suis en couple avec Eden…

Gaël sourit en repensant à l’époque où il faisait tout pour les mettre ensemble. Les remords ne l’assaillaient pas quand il parlait de briser le couple Sevan et Cédric. Pour autant, il ne souhaitait pas la mort de ce dernier. Cela ne lui rappelait que trop bien les risques mortels de la mission.

Gaël hoche la tête, ils échangent un dernier regard et Sevan pose une main sur son épaule avant de partir. Quand il arrive dans sa chambre, son portable se met à sonner. Il ne parlait plus à personne et il l’avait complètement oublié puisque les rares fois où il s’en était servi, c’était pour parler à Cédric ou ses parents, au tout début.

Suspicieux, il décroche en courant chercher Jack. Mais dans la salle des ordinateurs, Isis a déjà repéré le signal.

- Sevan Milak ? Souffle une voix grave, marquée par les ravages de la cigarette.

- Lui-même.

- Il faut que je vous parle.

- Qui êtes-vous ?

- Trafiquant d’organes. J’ai des informations intéressantes à vous communiquer.

- Quoi ?

- Le Marchand de sable avait recouru au trafic d’organes pour sauver son propre enfant. L’organe n’était pas « officiel » Si vous voulez ruiner le Marchand, vous avez une piste à découvrir de ce côté-là.

- Attendez !

- Retrouvez-moi si vous voulez en savoir plus.

- Comment ?

- Si vous n’en êtes pas capable alors vous ne trouverez jamais le Marchand de sable.

Sevan ne comprenait plus rien. Jack était tout aussi estomaqué que lui. Il y avait deux organisations ? Le Marchand de sable, pour sauver son enfant, avait en fait recouru à une organisation et ce serait comme ça que son père avait été piégé par les trafiquants. Il fallait retrouver les parents de l’enfant dont il portait le cœur. Si la mère était l’institutrice, celle-ci était morte mais le père était peut-être toujours en vie. Eden avait obtenu une preuve impliquant le Marchand de sable en allant voir la vieille directrice de l’école. Mais le père de l’enfant avait peut-être vu le Marchand et parlé avec lui pour discuter. Il savait peut-être des choses. Et puis aussi, cela renforçait l’idée qu’ils trouveraient des informations chez son père. Comment il était contacté par l’organisation, le profil des parents, les termes du contrat. Et peut-être un nom. Le nom de la tête pensante qui pourrait les conduire au Marchand de sable si elle était toujours vivante.

Tant pis pour le sommeil bien mérité, Sevan n’arriverait jamais à dormir dans son état. D’un geste sec, Jack le renvoya néanmoins dans la chambre où il rejoignit Eden qui le regarde, surpris. Ils s’agitent et Sevan lui fait part de ses idées. C’est la tête embrouillée qu’il s’endort dans les bras de son amant.

Le Chasseur {Chapitre 39}

Le Chasseur {Chapitre 38}

Publié le par danouch

La gorge sèche, la tamtam ininterrompu qui frappe à un rythme effréné. Il frissonne. Il n’entend que le son de sa respiration saccadée, du vent gelé qui lui remonte le dos jusqu’à la pointe de ses cheveux. L’estomac noué par la peur. Les mains tremblantes. La poigne ferme sur sa gorge qui se resserre un peu plus dans le bruit angoissant du craquement des articulations, il tente de crier, d’appeler à l’aide mais aucun son ne sort de sa bouche. Muet de terreur. Impuissant face à son prédateur. Il se débat en vain. Le souffle lui manque, la chaleur l’étouffe. Puis brusquement c’est la fin.

Essoufflé, le visage en sueur Eden se réveil d’un cauchemar terrible. La pénombre qui l’entoure ne l’empêche pas de distinguer les objets qui l’entourent. La bouche grande ouverte pour récupérer le plus d’oxygène possible, les yeux écarquillés, il ramène ses mains devant son visage les observant avec nervosité. Sa vision se trouble un instant alors qu’il déglutis. Les derniers évènements refont surface brutalement, les dents serrés, il a l’impression d’entendre à nouveau cette voix perfide et rauque contre son oreille.

Eden se secoue la tête, il sort de ses pensées afin de calmer son cœur dans sa course. Il retombe contre le mur laissant son regard parcourir la pièce puis s’arrêter sur le visage paisiblement endormi de Sevan. Les poings fermés touchant la pointe de son nez. Son cœur a reprit son rythme normal. Malgré tout, il n’arrivera plus à dormir maintenant qu’il est réveillé, à contre cœur il quitte les bras chaleureux de son amant pour aller prendre une douche, histoire de se réveiller totalement.

A la seconde où l’eau déferle en cascade sur son corps, Eden lâche un soupire de soulagement. Quasi brûlante, elle détend en douceur la plus part de ses muscles, Eden se laisse même aller en fermant les yeux, risquant de recroiser le visage de l’assassin dans son esprit. Lentement il passe la main sur sa plaie à l’intérieur de sa main, sur sa joue, sa tête et l’épaule. Quelques blessures de guerre pas tellement grave mais qui témoignent de la dangerosité de l’homme, en trois mois de chasse, le Chasseur l’avait à peine effleurer. En quelques heures, le Marchand avait bien failli le tuer. Eden ouvre les yeux soudainement, l’eau ne fait plus son effet. Il se savonne rapidement et sort de la douche une grande serviette blanche autour de la taille. Sur le pas de la salle de bain il croise Gaël, sortant lui-même de sa chambre. Les deux hommes se regardent surpris, Gaël tient encore la poignet de la porte de la chambre, les cheveux ébènes d’Eden coutent paresseusement le long de sa nuque et de son visage. Le plus vieux se racle la gorge, gêné pour une raison qu’il ignore, Gaël détourne le regard en proie à différent sentiment que son aîné ne serait décrire. De la colère ? De la honte ? De la tristesse ?

- Est-ce que ça va ? Lui demande son grand frère.

Gaël cligne plusieurs fois des yeux, les mots sont coincés dans sa gorge.

- O-oui…, il bafouille. Et toi ?

- Ca peut aller…J’ai un peu de mal à dormir ! Sourit Eden.

Gaël répond timidement. Il ferme définitivement la porte de sa chambre.

- Je sais ce qu’il s’est passé…J’ai entendu Papa et Oz en parler.

- Vraiment…

- Je suis content.

Eden arque un sourcils.

- Je suis content que tu ailles bien…Que Sevan aille bien…J’avoue avoir vraiment eu peur pour toi quand j’ai vu partir P’pa et Oz sans dire à qui que ce soit où il allait. Si Sevan n’était pas devenu intenable pour les suivre, je n’aurai jamais su que tu avais des ennuis. C’est déjà la deuxième fois que tu me fais une telle frayeur Eden…Deux fois, en quelques mois, ca fait beaucoup. Alors, j’aimerai que tu me fasses une promesse…Ne te mêles plus de ça. Laisses les professionnels s’en occuper. De ton côté, occupe toi de Sevan…Il en a besoin.

Gaël était calme. Détendu, il n’osait pourtant pas regarder son frère dans les yeux. Eden était profondément touché par ce qu’il venait d’entendre, Gaël n’était pas du genre à s’inquiéter pour rien, il n’était pas non plus du genre à vraiment montrer ses faiblesses et le voir aussi vulnérable devant lui, son grand frère, son modèle, Eden se sent unique. Un sourire tendre trône sur son visage, Gaël est plus gêné que jamais mais il ne se défile pas. Les poings serrés il s’empêche de lui crier qu’il n’a pas le droit de mourir, de se mettre en danger. Qui s’occupera de lui, s’il vient à disparaître ? Qui va s’occuper de maman ? De Eve et Milli ? Jack a été tellement absent qu’Eden est devenu une sorte de père par substitution, aussi important à ses yeux que le patriarche lui-même. Si ce n’est plus…Il est un pilier indispensable à cette famille et depuis que toute cette histoire a commencé il a failli les quitter par deux fois ! Deux fois, Eden est passé à côté de la mort ! Gaël ne croit pas au destin mais il se dit que parfois, il vaut mieux éviter de trop le tenter. Sans Eden…Il ne tiendrait pas…

Doucement, le petit frère sent une chaleur protectrice l’enveloppée, son corps bascule contre le cœur d’Eden qui le serre fortement contre lui. L’expression du visage de Gaël est figée sur la surprise, l’incompréhension mais cette douce chaleur l’enveloppe comme une couverture et le détend jusqu’à se laisser totalement aller à cette étreinte.

- Je suis désolé Gaël, murmure Eden. Je suis désolé de t’avoir inquiété.

Gaël sent sa poitrine se serrer, ses lèvres remuées et ses yeux brûlés. Il prend une profond inspiration.

« Mais je ne peux pas te promettre de ne plus me mettre en danger…La situation est différente. On veut s’en prendre à Sevan et cet homme ne reculera devant rien…Ni armée, ni haut gradé, ni même assassin renommé ne l’empêchera de débarquer ici pour attraper celui qu’il cherche depuis des années. Tant que cet homme sera en liberté, je serai en danger…Nous le serons tous. »

- J’en ai assez…, il souffle. Je veux qu’on rentre à la maison…

- Bientôt. On pourra tous rentrer à la maison.

Le soleil vient de se lever, Jack regarde encore quelques minutes l’écran satellite qui lui fournies les images en directes de ce qui serait la planque d’un grand criminel de guerre en Afghanistan. Le bruit des pas d’un intrus qui descends les escaliers pour le rejoindre ne le fait même pas détourner le regard. Les bras croisés sur le torse, la main gauche qui vient chatouiller son menton, il observe avec attention cette petite cabane au fond du désert en noir et blanc.

- Fire. Retentit une voix à travers les hauts parleurs.

Un bruit de mitraillette et la cabane est réduite en cendre. Pas un bruit d’explosion, pas un cri. Juste une cabane qui vole en éclat, écrasé aussi facilement qu’une brindille d’herbe par un drone de combat.

Oz se positionne à ses côtés, militaire de formation, le calme est comme une seconde nature mais parfois elle cache un profond désarroi. Les deux hommes observent religieusement la scène. Après quelques minutes de silence, l’écran s’éteint. Jack regarde toujours le cadre, maintenant noir, perdu dans ses pensées, dans ses questions. Oz s’enquit de chacun de ses gestes du coin de l’œil.

- Ah je sais à quoi tu penses ! Il s’écrie brusquement comme s’il avait trouvé un trésor.

Jack fait enfin attention à lui, d’un air indifférent certes mais il tourne le regard dans sa direction.

- Tu veux qu’on fasse sauter le Marchand depuis un drone, c’est ça ?

Idiot. Jack se permet toute de même de sourire avant de poser sa patte d’ours sur son épaule et de s’en aller en direction des ordinateurs. Il s’assoit sur la chaise, baillant fortement. A vrai dire, il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Il a fait des recherches sans relâche, évidemment Oz l’a aidé puisque ce dernier est insomniaque, ça ne lui a pas posé plus de problème que ça mais Jack est un ours bon dormeur. De toute façon, il n’aurait pas pu dormir avec les évènements récents. La plaie est trop fraîche. Voir son fils qu’il a envoyé à l’échauffer, bander de part et d’autre, le blesse dans sa fierté même s’il ne peut pas regretter de l’avoir fait. Les révélations qu’il a apporté ont été primordiales à l’affaire, il était le seul à pouvoir le faire. Après tout, c’est de celui qu’il aime qu’il s’agit, Jack connait Eden, Jack connait la force de l’amour. Un homme amoureux, un Bale amoureux, irait jusqu’au bout du monde pour l’être aimé. Il affronterait des légions. Un simple soldat, qui n’est commandé que par des ordres, aurait finit en composte lorsque l’école primaire à sauter.

- Qu’est-ce qu’on a Isis ? Demande Oz en voyant la petite taper sur le clavier à une allure impressionnante.

- Les informations sur cette organisation sont quasi introuvables !

- Heureusement que t’es la meilleure, lui dit Oz en lui caressant les cheveux.

La jeune fille pousse la main de son ami avant de continuer à taper.

Jack est fasciné par l’enfant, plus vieille que Gaël d’à peine un an et déjà dans un groupe de professionnel. Son histoire n’est pourtant pas commune, même si elle peut le paraître, ce n’est pas tous les jours que des espions viennent frapper à ta porte, au beau milieu de la nuit, pour t’embarquer dans un monde bien loin des quatre murs d’une maison relativement familiale. Experte en informatique, elle a eut le malheur de mettre son nez où il ne fallait pas. Les cages de la prisons n’ont pas besoin d’être visible pour être ressentie.

La jeune Isis a veillé toute la nuit avec eux pour trouver l’adresse de l’ex-femme du Marchand, plutôt facile. La deuxième étape s’était avérée plus complexe, il fallait trouver des traces de l’ancienne organisation dont faisait parti Olivier Milak. Une partie de plaisir a priori qui s’est révélée être un véritable casse tête. La pauvre petite Isis a été blessé dans son égo, tout est bloqué, voir effacer. L’organisation est une chimère mais elle semble être doté d’un mental à tout épreuve et d’une détermination à faire pâlir le militaire endurci. Elle n’abandonnera pas.

Envahi par le silence pesant de la maison, Eden apprend à connaître les lieux. En regardant par le biais de la baie vitrée du salon, il remarque une cabane au fond du jardin dont la porte est ouverte. Intrigué, il décide d’aller y jeter un œil espérant trouver quelqu’un - qu’il connait de préférence. Chaudement couvert dans une veste à sa taille mais qui ne lui appartient absolument pas, il s’avance à pas de loup jusqu’à la porte. Inconsciemment, son cœur se met brusquement à battre rapidement, il presse le poing contre la poitrine, les dents serrés. Allons Eden, calmes toi ! Que veux tu qu’il aie là dedans ? Le Marchand n’est pas non plus un magicien.

La porte grince légèrement alors qu’il l’écarte un peu de son passage, un grand escalier sombre lui fait face. Rien de plus dans la pièce. Juste un escalier et quelques voix qui en sortent. Le beau brun, les cheveux encore un peu humide, descends les marches plus confiant à mesure qu’il reconnait la voix enjouée d’Oz. Il ose un regard dans les bas fond de la cabane, le décor lui est familier. C’est le même type de local qu’il a pu voir dans la première maison qu’Oz avait investie, les ordinateurs, les grands écrans.

- Oh ma pomme viens voir !! S’exclame Oz en voyant Eden.

- Ma pomme ? S’interroge Eden comme si il avait mal entendu.

- Le jardin d’Eden. La pomme. Adam et Eve, tu vois quoi !

- T’as vraiment un humour de merde, soupire d’exaspération Isis sans quitter son écran des yeux.

- Tu t’es bien reposé ? Lui demande son père.

Eden affirme en faisant un tour d’horizon plus approfondit.

- Vous avez du nouveau ? Il demande.

- L’adresse de l’ex-femme du Marchand. Isis cherche quelque chose sur l’organisation mais c’est assez compliqué.

- Vaudrait mieux aller voir cette femme. Elle pourra nous dire qui ils sont.

- C’est pas bête ma pomme, mais tu vois, le Marchand sait très bien qu’on va se tourner vers elle. Si on a réussi à la trouver si facilement, il doit déjà être chez elle. Soit lui. Soit un de ses sbires. Autant dire que c’est foutu de ce côté-là.

- Il faut aller voir les autres parents. Ceux qui ont eu affaire à l’organisation.

- Seth est déjà sur le coup. Il est allé se renseigner sur les deux échecs d’Olivier Milak.

- Autant dire tout de suite que c’est inutile. Olivier lui-même ne connaissait ni le nom de l’organisation, ni le nom de la femme qui lui donnait ses ordres. Leur dit Jack. Il y a peu de chance pour que les parents en sachent plus.

- Cette organisation n’est quand même pas venue de nulle part ! S’exclame Eden.

- Il faut les contacter. Annonce gravement Oz. Se faire passer pour des parents qui ont besoin d’un greffon.

- Si toutes les données sur l’organisation sont effacée, c’est qu’elle a été démantelée ! S’écrie Isis devant son ordinateur. Et je suppose que c’est à cause d’une menace…

- Le Marchand de sable…, siffle Eden comme pour finir sa phrase.

- Ce qui veut dire qu’il s’en est déjà prit à eux. En conclu Jack.

- Il a déjà dut faire un petit passage. Il faut voir dans ses crimes et remonter il y a vingt cinq ans en arrière. Sourit Oz sentant qu’il tient une piste.

Soudainement Jack l’arrête en lui tenant le bras. Le visage sérieux et grave.

- Vingt cinq…Nous étions en 1986...C’est l’année où le faux Marchand de sable a été arrêté.

- Oooh, s’exclame Oz plus joyeux que jamais, combien on pari que monsieur l’imposteur en sait un peu sur cette organisation ? Peut être même qu’il en a fait parti.

Les deux Bale le regardent gravement, il tienne une piste c’est certain mais s’ils ont raison, le Marchand a peut être déjà tué la femme qu’il cherche auquel cas il n’aurait plus aucun appât à moins qu’elle est réussi à s’échapper.

- Ah ! J’ai quelque chose ! S’écrie Isis.

Les trois hommes se précipitent dans un même élan.

- Une Lauren Calmer, aurait été à l’origine de nombreux espionnage de la part d’Interpol pour trafic d’organe. En 1996, elle aurait changé de nom de famille pour Calbert. Elle aurait beaucoup voyagé aussi mais j’ai trouvé sa possible adresse en France.

- En 1997, Sevan venait d’avoir dix ans, son père allait être arrêté. Le Marchand commençait à trouver les coupables. Relève Eden.

- Elle s’est sentie menacée, il a fallu qu’elle change de nom famille et qu’elle se déplace constamment. Reprend Jack.

- En 1996, Seth avait ordre de garder un œil sur son maître, il ne pouvait plus rechercher activement la femme qui était à l’origine de la mort de son fils. Il était acculé à rester cacher tout en ruminant son plan. Continue Oz.

- Alors on doit y aller. Annonce Jack. En même temps on envoie Seth chez la femme du Marchand pour qu’il pense qu’on a mordu à l’hameçon. On peut pas lui envoyer juste un escadron, sinon il va comprendre qu’on est sur une autre piste. Seth doit y aller seul. Si par chance il atteint sa femme et qu’il réussi à lui parler, il doit lui soutirer toutes les informations possible concernant son mari et la mort du bébé.

- Maintenant ? Demande Eden.

Les deux hommes regarde le jeune Eden, leur yeux en dit long sur leurs intentions. Il est hors de question de le mettre en danger une fois de plus en sachant qu’il n’est pas tout à fait rétablit. D’un autre côté, le laisser seul avec Sevan est une mauvaise idée, le Marchand de sable pourrait en profiter pour venir les attaquer.

- T’es pas en état de nous accompagner Eden, tu vas rester ici. Lui dit gravement Jack, conscient qu’Eden ne s’en sentira que plus fragilisé.

Silencieusement, Eden accepte la sentence. Une journée a suffit pour qu’il redevienne un poids.

- Je pars avec Delaine. Dit Oz.

- Je reste ici pour assurer votre protection. Le temps que tu te rétablisse. Ensuite on changera à nouveau de planque. Lui dit Jack.

Eden accepte douloureusement. Finalement, il devrait être content. Le voilà, à nouveau, loin du danger et de la mort. Du moins aussi loin qu’on puisse l’être lorsqu’un tueur légendaire en a après votre conjoint. Il est malgré tout dans une maison, protégé, sans avoir besoin d’enquêter ou de tenir une arme. Il est à nouveau redevenu le Eden simple Bale, simple citoyen. Il devrait même être soulagé pourtant…Cette douleur qui lui pique la peau de toute part, cette sensation d’impuissance soudaine et d’inutilité lui prouve tout le contraire.

Il regagne la maison, Sevan n’est toujours pas réveillé et il n’ose pas tenter de réveiller même s’il a bien besoin de sentir ses bras autour de son corps. De pouvoir se poser quelques minutes sur ses épaules pour taire tous ses remords. Il doit redevenir le joyeux Eden, le prudent Eden, celui qui reste tranquillement à la maison, qui garde la famille. Le dernier rempart. L’ultime défense et non l’attaque.

Malheureusement, l’espace de quelques heures il est devenu le brave Eden. Il a frôlé la mort, a plusieurs reprises, il a senti la vie s’écouler entre ses doigts comme le sablier d’un temps maudit. Il l’a vu de ses yeux. Elle a lui-même parlé. Ces quelques heures, il a été utile. Il n’est pas resté chez lui, passivement. Il est allé au milieu du champs de bataille et il a affronté les démons qui cherchent à le séparer de Sevan.

C’est la première fois qu’il ressent le besoin de le protéger au point de faire le premier le pas. Au point d’attaquer et non d’attendre l’attaque. Certes il frémit toujours rien que d’y penser mais d’un autre côté, c’est la première fois qu’il est fier de lui. Toutes ces années il n’a eu l’impression que de faire des choses futiles, sans aucun intérêt particulier. Chaque fois qu’il s’est battu c’était pour faire mal, pour se faire mal et ça a finit par faire mal aux siens. Cette fois il a agit, il a fait avancer les choses et ça n’a fait que renforcer son envie irrépressible de le protéger.

Au fond, il savait que son père n’allait pas l’envoyer dans cet état. Il a besoin de repos, de se rétablir. Néanmoins, il espérait quand même impressionner son père secrètement, au point que même blesser, il finisse par lui demander de l’accompagner.

Une caresse vient le sortir de ses tristes pensées. Sevan tend sa main et caresse sa joue, le regard plein d’amour et de tendresse. Eden ne peut que répondre par un sourire légèrement nuancé par sa peine, il se penche sans attendre pour lui voler un baiser.

Jack a bien ressenti la déception de son fils mais il se devait d’être dur avec lui. Il aurait été plus un poids qu’autre chose et ce n’est pas le sentiment qu’il veut donner à son fils même si, on peut le dire, ça n’a pas marché.

- Je dois appeler Delaine pour le prévenir. Je partirais dés que possible. Annonce Oz.

- Appelles moi dés que tu es sur place. De mon côté je vais parler avec Seth. Lui dit Jack.

Isis s’étire et baille fortement. Elle a fini ses recherches pour aujourd’hui, quitter l’écran une seconde l’a pratiquement assommé de fatigue. Elle se lève de sa chaise sans dire au revoir au deux adultes qui continuent de planifier leur sortie. Elle monte les marches en trainant des pieds. Ses longs cheveux châtain sont coiffé en une longue natte un peu défaite après une nuit blanche. Dans un jean délavé et un sweat un peu large pour elle, elle traverse le jardin sous la piaillements des oiseaux. Elle jette littéralement ses chaussures dans l’entrée et s’étire une dernière fois avant d’avancer, les yeux pratiquement fermés, jusqu’aux chambres.

- C’est mon sweat ça.

Une voix mielleusement grave pour un adolescent, Gaël la toise du regard ce qui amuse beaucoup Isis. Elle arque un sourire ironique avant de pointer le sweat gris qu’elle porte.

- Celui là ? Tu vois, Oz n’achète que des trucs un peu trop féminin à mon goût, je déteste tout ce qui est neuneu. Alors que je l’ai volé.

- Rends le moi. Répond sèchement Gaël.

Isis arque un sourcils. Un plus grand sourire sournois s’étire sur son visage. Elle commence à soulever le sweat lorsque Gaël se rend brusquement compte qu’elle est en sous-vêtement en dessous, il détourne le regard à la seconde et tends les mains complètement paniqué.

- Non mais pas maintenant ! Enfin je veux dire…Va mettre un truc et tu me le rends après !

Il sent alors quelque chose lui tomber sur la tête, il devine aisément que c’est son sweat, il sent comme une bouffée de chaleur alors qu’Isis passe à quelques centimètres de lui sans pouvoir s’empêcher de sourire. Elle avance tranquillement jusqu’à sa chambre, laissant Gaël seul au milieu du couloir, plus rouge que jamais. Une odeur subtile s’échappe du tissu, une odeur qui lui chatouille le ventre. Il n’en rougit que d’avantage, mal à l’aise et surtout en colère. D’un pas déterminé, il fulmine contre la jeune fille en rentrant à nouveau dans sa chambre. Il se jette sur son lit, son cœur reprend une allure normal, le tissu toujours sur le nez.

Cette fille est horrible, rien que de la voir il en a les poils hérissés ! Elle se moque constamment de lui, son sourire espiègle, sa façon nonchalante de parler, son insolence ! En plus c’est une voleuse ! Elle a beau avoir un an de plus que lui, elle en parait au moins deux de moins et le regarde toujours de haut. Cette gamine de merde ! Elle est insupportable. Gaël soupire. A nouveau ce parfum. D’un geste incontrôlé, il serre le vêtement sur son visage et inspire profondément l’odeur délicate qui s’en dégage. L’odeur de sa peau.

- Qu’est-ce que tu fais ? Interroge Sevan en ouvrant la porte de la chambre.

Gaël jette brusquement le sweat, comme s’il lui avait brûlé les mains.

- Rien du tout ! Il s’écrie.

- Je suis venu te demander si tu avais envie de prendre un petit déjeuner avec nous.

- Ouais ouais, j’arrive !

Sevan fronce les sourcils, il ne sait pas pourquoi Gaël est aussi stressé mais c’est plutôt anormal, il hausse les épaules et referme la porte tandis que Gaël fume littéralement. Il a eu chaud. Il ne manquait plus que ça soit l’autre folle, elle se serait imaginée des choses ! Après tout, il ne faisait que renifler son sweat, qu’elle avait porté, pratiquement nue en dessous. AH ! Merde ! Gaël se secoue la tête et sort de sa chambre rapidement, chamboulé, perturbé.

En bas, Eden zappe les chaines sans même regarder le programme, sa mère est assise devant la table une tasse fumante dans les mains, Eve tient Milli dans ses bras qui boit tranquillement son chocolat, Isis n’est pas là. Il sent soulagé. Sevan lui donne une tape sur le dos ce qui le fait presque sursauter.

- T’es à cran aujourd’hui Gaël. Lui dit Sevan.

- Ce sont les hormones, se moque Eve.

Gaël sent son cœur manquer un battement.

- N’importe quoi !

- Ah..., commence Eden, quand tu te justifie comme ça, c’est qu’il y a pas que du faux dans ce qu’elle dit. Tu aura enfin accepter ton attirance pour Sevan ?

- Très drôle, grimace Gaël.

- Ca serait pas plutôt la jolie Isis, sourit Eve.

Gaël rougit de plus belle.

- AH ! S’écrie à l’unisson Eden et Eve.

- Vous dites de la merde ! Je peux pas la voir cette fille !! Elle est vulgaire, insupportable et en plus c’est une voleuse ! Elle s’habille comme un mec ! Parle comme un mec ! Qui pourrait avoir une once d’attirance pour elle ?

Toute l’assemblée semble choquée, Gaël s’est emporté mais ils ne devraient pas être aussi choqué. Sevan a carrément la bouche ouverte de stupéfaction, Gaël commence sérieusement à avoir peur face à leurs têtes ahuries. Soudainement il comprends, il déglutis difficilement et se retourne en direction du couloir, les yeux écarquillés. C’était un coup du hasard qu’on ne voit que dans les films, le genre de malchance tout à fait spécifique au série télévisée ou aux comédies mais pas à Gaël. Pas à la vie de Gaël Bale.

- Ca tombe bien. Je te trouvais moche aussi. Sourit Isis.

Et elle s’en va. Les ongles plantés dans la paume de ses mains.

Le Chasseur {Chapitre 38}

Le Chasseur {Chapitre 37}

Publié le par danouch

Les yeux exorbités et le souffle court, Eden arrive en trombe sur le parking de l’aire d’autoroute que son père lui avait indiquée. Il a à peine ralenti en prenant l’aile de sortie et la voiture ressemble à un taureau en pleine charge plutôt qu’à une vieille Ford défoncée. Le moteur laisse échapper de la fumée et Eden a roulé plein gaz sur presque quatre-vingt kilomètres. Il aurait préféré éteindre les feux et passer inaperçu mais la lumière du jour dévoile peu à peu tous les protagonistes de l’affaire. Eden ne pensait pas avoir un rôle à jouer dans cette affaire qui pourrait lui coûter la vie.

Il n’ose même pas regarder dans le coffre de sa voiture, il ne veut pas y voir un cadavre ou pire le Marchand qui esquisserait un large sourire en lui présentant le flingue sous le nez. Il ne veut pas sortir pour s’exposer à terrain découvert, en même temps, il ne peut pas rester dans la voiture, inactif, et commettre la même erreur que de s’arrêter.

Une douleur fulgurante lui scie la joue. Du sang perle. Une blessure de plus. Dans un geste inconscient, plus pour se rassurer que pour s’en servir, il attrape les fournitures qu’il vient d’acheter et s’éjecte du véhicule en boule. L’aire était déserte, raison pour laquelle Jack l’avait choisie. Le problème, c’est qu’elle offrait peu de protection à Eden.

Hors d’haleine, le jeune homme frôle les arbres en rampant comme les chats, plié en deux, incapable de se donner une direction. Il court sans s’arrêter, il ne sait pas où mais il court. L’important, c’est de courir. Le cœur au bord des lèvres à cause du sang qui lui monte à la tête, le corps entier douloureux et la panique dans les yeux, il se planque derrière un arbre et vérifie fébrilement son chargeur. Il lui reste deux balles.

Un craquement de branche le raidit et il se recroqueville, les épaules affaissées et les genoux repliés, offrant le moins de surface corporelle possible. Son cœur bat la chamade mais il tente de garder les yeux ouverts et de ne surtout pas perdre son sang-froid.

Il ferme à nouveau les yeux pour s’échapper de la réalité et de la subjectivité de ses sens pour se focaliser sur son environnement sans ses a priori. Le caquètement de l’oiseau à quelques centimètres au-dessus devient plus clair, son ouïe s’affine quand son cœur se calme. Soudain, il entend un tic tac régulier ! Eden rouvre les yeux pour courir le plus loin possible de la voiture. Il percute violemment un obstacle lourd et cligne des yeux avant de reprendre ses esprits. Ce n’est plus une épaule endolorie qui le fait souffrir mais une douleur lancinante qui lui traverse le membre. Eden s’agite et semble perdu en constatant que son corps ne se déplace pas alors que ses jambes bougent. Il est immobilisé. Le Marchand lui enfonce le canon dans les côtes et Eden se glace de terreur. Il hurle mais une main lui bloque immédiatement le son, ce qui fait qu’il n’a pas émit plus qu’un glapissement. Les rares personnes qui boivent leur café ne semblent pas paniquées alors qu’une voiture vient d’exploser !

Eden regarde autour de lui. la voiture est intacte, pas un débris ne jonche le sol et personne ne hurle. Comme dans un autre monde, une dizaine de personnes flâne, se dégourdit les jambes ou prennent une pause avec leur chien qui gambade joyeusement au bout de sa laisse. Lui aussi est en laisse en ce moment. En fermant les yeux, il a imaginé que la voiture explosait, pire, il a entendu l’explosion et vu la voiture éclater en milles morceaux.

Que lui arrive-t-il ? Le contrecoup ? Le choc ? Mais comment a-t-il pu se jeter dans les bras du Marchand de Sable à cause d’une illusion ? Le Marchand de Sable le fouille, Eden sait ce qu’il cherche mais il n’est pas complètement fou, il l’a bien caché. A un endroit où les gens se retourneront forcément s’il est obligé de l’atteindre.

Eden tente de se débattre mais ce n’est pas comme s’il avait une grande latitude de mouvements avec l’arme enfoncée dans ses côtes.

- Où es ton petit copain ? Siffle la voix rauque et froide du Marchand.

- Il est pas là, imbécile. Il ne se jetterait pas dans la gueule du loup.

- Oh si, je suis sûr qu’il ne saura pas résister.

- C’est vous qui êtes fou à lier, pas Sevan. Il n’est pas idiot au point de se rendre.

- Je suis sûr qu’on va trouver un terrain d’entente, susurre le Marchand en passant le canon de son arme sur ses fesses.

Eden se raidit en sentant l’objet sur sa raie. Le Marchand lui attache rapidement les mains dans le dos et le force à le suivre. Ôté de toute liberté de mouvement, Eden ne peut qu’avancer ses pieds l’un devant l’autre. Il cherche partout, scrute chaque arbre ou chaque badaud. Il cherche un indice, une crotte de chien, un paquet de cigarette, un type au portable, n’importe quoi ! N’importe quoi qui lui indiquerait qu’il n’est pas seul. Qu’il ne va pas être enlevé bêtement. Il a cru pouvoir échapper au Marchand, il comprend à présent que le Chasseur et lui ne jouent vraiment pas dans la même cour. Mais comment a-t-il pu se faire avoir aussi facilement ?!

Qu’il soit capturé après un duel sans merci, plein d’acharnement et de violence, qu’Eden a pu perdre, il pouvait l’admettre, mais se jeter dans ses bras parce qu’il a cru qu’une bombe allait exploser, il ne l’admettait pas.

Dans geste de désespoir, Eden gonfle tous ses muscles. Il marche sur les pieds du Chasseur et, conscient que cela ne l’arrêtera pas le moins du monde, bloque son corps pour empêcher leur progression. Le Marchand lui rentre dedans et Eden en profite pour glisser et lui passer en-dessous avant qu’une poigne de fer lui attrape les cheveux et le force à se relever. Il n’a pas utilisé son arme.

- Lâche-le ! Tonne une voix qu’Eden reconnaitrait entre milles.

A sa grande sortie, Sevan se tient devant lui, apparu comme par magie, mais surtout, il tient ferment un révolver entre ses mains. Même si c’est un petit calibre, il peut faire beaucoup de dégâts tiré à bout portant.

- Lâche-le immédiatement ou je tire.

- Alors tire, déclare calmement le Marchand. Qu’est-ce que tu attends ? Tu ne sais pas viser ?

Sevan frémit sous l’insulte mais il sait très bien que le canon de l’arme de son adversaire est logé dans ses reins. Si la balle part, il peut être paralysé à vie. Autour d’eux, les gens commencent à se rendre compte que quelque chose de pas normal se trame sous leurs yeux. Les trois protagonistes sont plongés dans leur bulle et ne voient pas les gens qui courent se mettre à l’abri dans leur voiture pour partir précipitamment

Sevan attend Jack et Oz qui font le tour par derrière. Le Chasseur, quant à lui, est envoyé pour une autre mission de reconnaissance. Il a été chargé d’enquêter sur l’épouse du Marchand. Il l’a bien connue et une source personnelle a plus de chances.

Le rôle de Sevan est seulement de l’arrêter et de gagner du temps. Le mieux serait encore de le capturer tout de suite mais les deux vétérans partent du principe qu’il n’agit pas seul. Et les voilà brusquement stoppés dans leur progression par un déluge de balles. Un groupe de dix mercenaires les encercle dans la seconde qui suit. Les deux hommes se regroupent et se placent dos à dos. Une seconde s’écoule, pas plus, avant que les dix chiens se jettent sur leur proie comme des chacals. Cinq minutes suffiront aux deux hommes pour mettre leurs adversaires au tapis, le problème, c’est qu’ils n’ont peut-être pas ces cinq minutes.

Sevan ne sait pas quoi faire. Le temps semble incroyablement long et ses protecteurs n’arrivent pas alors que la situation est loin d’être sécurisée.

- Idiot ! C’est toi qu’il veut ! Qu’est-ce que tu fous là ?!

- Non mais tu croyais que j’allais te laisser tomber ?! Comment ça, c’est moi qu’il veut ?! Je lui ai rien fait, moi !

Une balle part et lui frôle la joue. Sevan n’a rien vu venir si ce n’est qu’un puissant courant d’air a fait vaciller ses cheveux courts.

- Comment oses-tu affirmer que tu n’as rien fait ?! Siffle le Marchand.

Les deux garçons sont glacés d’effroi face à l’attitude soudainement agressive du Marchand. Jusque-là, il accomplissait tous ces actes par habitude, même si des motivations personnelles les motivaient. Là, l’atmosphère change d’un coup. Le Marchand qui n’était pas spécialement doux, devient acéré et, s’il est possible encore, nettement plus impressionnant.

- Tu ne devrais pas être en vie, tu as tué mon bébé !

- Quoi ? Blêmit Sevan. Je n’ai rien fait du tout ! Je n’ai tué personne.

Une deuxième balle fuse.

- Maintenant, tu te tais où la prochaine se logera directement dans ton cœur et tant pis pour ma vengeance. Soit tu me suis bien gentiment et ton petit copain aura la vie sauve soit tu résistes et je te le laisse imaginer la suite.

- Qu’est-ce que vous me voulez à la fin ?! Tremble Sevan, oubliant son arme pourtant plus lourde que du plomb.

- Moi ? Mais rien d’autre que ton cœur, voyons, souffle le Marchand, presque tendre. Je vais te l’arracher lentement après t’avoir fait souffrir aussi longtemps que moi j’ai souffert parce que tu as volé la vie de mon enfant.

- Arrêtez, je ne comprends rien !

- Ne t’inquiète pas ! Nous aurons tout notre temps pour que je t’explique et bien plus encore ! Alors tu me suis ?

Sevan croise le regard d’Eden, un regard effrayé qui lui intime de ne rien faire. Mais Sevan ne peut pas ignorer les menaces de leur ennemi et il sait qu’il n’hésitera pas à les mettre à exécution. Son destin se jouait sur un parking d’autoroute, délabré.

- Evidemment que je vous suis, déglutit Sevan sans pouvoir ignorer la boule de détresse qui vient de se loger dans sa gorge. Il est terrorisé. Les mots du Marchand n’ont ni queue ni tête mais ils veulent bien dire ce que ça veut dire. Pour autant, jamais il ne pourrait abandonner Eden.

- Arrête, imbécile ! tu ne te rends pas compte !

- C’est toi qui ne te rends pas compte, réplique Sevan avec toute l’autorité que lui confère son ainesse. D’un coup, Eden se calme. « Tu sais très bien que je ne peux pas rester sans rien faire.

- Bien sûr que si…

- Vos retrouvailles sont bien touchantes mais elles m’importunent. Sevan, tourne-toi. Eden, tu lui mets ça, ordonne le Marchand en lui coupant les liens avant de lui tendre des menottes d’acier. Et n’essaie pas de résister.

Eden, le cœur lourd et incapable d’avancer, regarde sans comprendre l’objet entre ses mains. Le Marchand insiste et c’est comme un automate qu’il réduit la distance avec son amant. A ses côtés, il veut le prendre dans ses bras et respirer son odeur, à l’abri de son cœur. Sevan ressent le même élan d’affection mais c’est une lueur de détresse qui noie leur regard.

Eden s’approche de Sevan et ce dernier sent son souffle chaud sur sa gorge. Il tend les mains, soumis, conscient que s’il résiste, une balle se figera dans la seconde dans la colonne vertébrale d’Eden. A peine le bracelet refermé que Sevan a l’impression d’avoir des chaines plus lourdes que le ciment. Il se jette sur Eden qui le prend dans ses bras.

- Où sont Oz et mon père ?

- Je ne sais pas. Ils devraient déjà être là. On s’est séparés avant de prendre la sortie.

Sevan dépose un baiser sur sa nuque et réduit la distance avec le Marchand en se plaçant devant Eden pour le protéger. Ce dernier, incapable de rester sans réagir, se saisit de l’arme que Sevan lui a glissée entre les doigts. Le Marchand n’avait pas jugé utile de leur en débarrasser et il n’hésite pas à tirer. Il la pare sans bouger, avec son pistolet. Il le vise sur Eden mais Sevan se jette entre eux en hurlant.

- Non ! C’est moi que vous voulez. Ne faites rien à Eden !

Mais Eden n’a pas dit son dernier mot. Le Marchand est peut-être impassible mais pas Sevan. Au moment où ce dernier se rend enfin à lui, Eden pose sa main par terre et se tire dessus. La réaction de Sevan est immédiate et il se retourne brusquement. Une seconde d’inattention de la part du Marchand qui suffit à Eden pour lui tirer dessus. Il ne prend pas la peine de viser, il n’a pas le temps, il faut juste que la balle le touche. Il a une chance toute relative aujourd’hui mais elle vient se figer en plein dans son œil droit. Ce dernier hurle et Sevan lui fonce dedans en le faisant tomber par terre. L’un tout juste éborgné, l’autre menotté et enfin le dernier estropié, la lutte devient folle.

Le Marchand donne un coup de coude dans la gorge de Sevan qui lui coupe la respiration. Il échappe à sa prise, le corps en sang, et s’élance au loin en se dirigeant vers une voiture. Les deux garçons le laissent s’enfuir, épuisés et blessés, heureux d’être en vie et incapables d’aller plus loin, paralysés sur place.

Ils s’embrassent passionnément, se saisissent à bras le corps et Eden ne se soucie pas de maculer Sevan de sang en le serrant dans ses bras. Menotté, Sevan est frustré de ne pas pouvoir lui rendre la pareille mais il se laisse glisser contre lui, le nez dans son cou en respirant son odeur, sa transpiration brûlante qui lui confirme qu’il est bien en vie. Aujourd’hui, ils ont réussi à mettre en fuite le plus dangereux assassin de leur époque.

Ça ne s’est pas fait sans séquelle : Eden s’est tiré dessus et Sevan est menotté, porteur d’un billet bon pour un aller simple pour l’enfer. Eden aurait peut-être dû s’inquiéter pour son père qui ne revenait toujours pas mais les deux garçons étaient incapables de se relever. C’est comme s’ils dormaient debout.

Enfin, Jack et Oz arrivèrent, tout aussi blessés. Les cinq minutes se sont transformées en une heure : leurs ennemis étaient bien plus nombreux qu’à la base et équipés. A deux, ils avaient eu plus du mal à contenir leurs assauts. Mais leurs doutes ont été confirmés. Le Marchand de Sable s’est préparé. Il sait que parvenir à ses fins ne sera pas sans difficultés, pour peu qu’il n’y arrive jamais et n’a pas sous-estimé Jack et ses co-équipiers. C’était une véritable armée privée qu’ils ont affrontée, d’autres ne s’en seraient pas sortis, et s’ils avaient foncée tête baissée, ils ne seraient pas vivants à cette heure-ci. Quand Jack et Oz ont entendu les coups de feu répétés, ils ont compris que la situation était loin d’être calmée pour les jeunes mais ils étaient dans l’impossibilité de les secourir.

C’est sous le choc, épuisés et effondrés, qu’ils les retrouvent en plein milieu du parking, Sevan menotté et Eden gravement blessé. Ils sursautent quand Jack pose une main sur chacune de leur épaule.

- Venez, les garçons, allons nous reposer.

Ils se laissent faire, comme s’ils étaient démantibulés. Oz soutient Sevan tandis que Jack prend soin de son fils. Il ne peut s’empêcher de se traiter d’incompétent fini en laissant deux garçons aux prises d’un assassin sans foi ni loi tout en étant fier d’eux. Dans la voiture, ils s’endorment immédiatement, la tête posée l’une contre l’autre tandis qu’Oz conduit et que Jack les regarde, pensivement.

Sevan a bien évolué depuis qu’il l’a vu débarquer chez lui, en colère contre des gens qui se permettent de diriger sa vie sans lui demander son avis, perdu mais en même temps poli et aimable. Il repense à l’attitude d’Eden avant son arrivée. Son fils était beaucoup plus froid, désabusé et marqué par une vie monotone. Au plus profond de lui, Jack voyait Eden comme lui, un militaire compétent et capable de commander tout un régiment. Aujourd’hui, il se rend compte qu’il a pris ses rêves pour la réalité en confiant une mission que d’aucun auraient refusé. Une mission qu’il n’aurait pas confiée à la première recrue qui était pourtant plus apte qu’Eden à accomplir. Mais il a réussi et il a même réussi à faire fuir le Marchand de Sable.

Attendri par le spectacle qui s’offre à lui, Oz se moque gentiment de lui en le traitant de vieux rabougri gâteux.

- Qu’est-ce que tu penses de l’homosexualité ?

- Je pense qu’on s’en fout. Ces petits gars ont accompli un véritable exploit aujourd’hui. T’as dû prendre un coup plus sérieux sur la tête que je ne le pensais, grommèle Oz.

- C’est mon fils, affirme Jack tout joyeux avant de se prendre une claque sur le crâne. Aïeuh !

- Je t’avais prévenu !

- N’importe quoi !

- Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? S’enquit Oz.

- On va traquer le Marchand bien sûr.

- Sans blague ! Par où on commence ?

- Si on n’a pas de nouvelles de Seth, on pourra enquêter sur l’institutrice qui est décédée plus précisément. Il faudrait déterminer où, comment et quand elle a appris pour le père de Sevan.

- Ça ne nous aidera pas à retrouver le Marchand dans l’immédiat.

- Non. Malheureusement, je crains qu’il nous faille un appât.

- Sevan ?

- C’est tout de même trop dangereux.

- Il faut trouver un autre appât. N’importe quoi. Quelque chose qui soit lié de près ou de loin. Son enfant, qu’est-ce qu’on sait sur lui.

- Rien à part qu’il est mort.

- On peut peut-être lui donner des informations sur l’organisatrice du réseau. Je suis sûr que le Marchand de sable ne peut pas passer à côté de la femme qui a mis ça sur place.

- Tu oublies une chose : ce n’est pas un justicier. Il n’est motivé que par sa vengeance et il ne s’arrêtera pas avant d’avoir tuer Sevan. C’est pas un gamin de vingt balais qui va l’arrêter.

- Quoi d’autre ?

- On en sait trop peu sur lui. Sur sa vie privée.

- J’ai une idée un peu folle… On peut lui voler sa vengeance.

- Comment ça ?

- On enferme Sevan dans un huis clos, de manière à ce que personne ne puisse l’approcher. Mais ! On l’enferme avec une bombe…

- Pardon ? S’étrangle Jack.

- Laisse-moi finir. Le Marchand de Sable ne laissera jamais ça arriver : ça fait vingt ans qu’il court après sa vengeance ! Tu crois qu’il va laisser des petits bouseux la lui priver ? Il sera obligé de passer par toi s’il veut atteindre Sevan et c’est là que tu rentres en action.

- Mais on est obligé de lui coller une bombe ?

- Tu crois vraiment qu’on peut berner un type comme lui ?

- Le problème, c’est que tu joues trop sur spéculation avec ton plan. Tu pars du principe que le Marchand agira alors que rien n’est moins sûr.

- Bien sûr que si, il agira.

- C’est aussi risqué que de l’appâter directement avec Sevan.

- Personnellement, je préfèrerai avoir une bombe pour compagnie que le Marchand.

- Parce que c’est toi. Là, on parle de Sevan. C’est trop risqué.

- Depuis quand tu…

- Laisse tomber, je te dis.

- Tu peux toujours passer une annonce au JT : « recherche assassin cruel et sans pitié, prière de contacter le 111 »

Sevan et Eden sont gentiment secoués pour sortir de la voiture. Le deuxième avait la main grossièrement bandée quand le premier est toujours menotté. Ils montent péniblement les escaliers, pris de vertige et de nausée. Eden s’appuie contre Sevan, transpercé par une douleur inimaginable. Ils sont conduits dans une chambre. Jack sort une tronçonneuse et Sevan préfère ne pas demander d’où elle sort. Il tend les mains devant lui en les écartant le plus possible.

C’est plus qu’une libération quand la chaîne se brise. Il a le sentiment de recouvrer sa volonté qui, jusqu’alors, semblait amorphe, comme si le métal lui avait aspiré son fluide vital. Il retrouve une réelle énergie et Jack lui conseille de prendre une douche pendant qu’il s’occupe de son fils. Sevan préférerait rester avec eux mais il reconnait que ça ne peut pas lui faire de mal. Quelque que soit la planque, celle-ci est toujours bien équipée ; des affaires propres sont rangées dans le placard et il se saisit d’une tenue complète à sa taille. Il est loin des planques qu’il s’imagine délabrée, pas chauffée et tout juste habitable si ce n’est qu’elle offre un toit sur la tête. Sevan prend son temps sous la douche en contraste après la récente frénésie.

Qui aurait pu prévoir tout ce qui allait se passer quand il partait ? Que voulait dire le Marchand quand il affirmait que tout était de sa faute ? Sevan secoue la tête en se rendant compte qu’il se lançait dans une conjecture dont il pouvait très bien se passer. Il voulait simplement profiter de la douche, se relaxer et se sentir propre. L’eau chaude coule sur lui de manière délicieuse et il pourrait rester une heure ainsi mais la présence d’Eden lui manque.

Ce dernier se fait toujours soigner par son père lorsqu’il revient dans la pièce, la tête allongée sur l’oreiller, les yeux fermés. Il semble au repos mais il ne fait que somnoler.

- Tu te sens mieux ? S’enquit Jack.

- Oui, en pleine forme.

- Tu devrais manger un morceau dans la cuisine. Il y a toujours des biscuits et du lait qui se conservent longtemps. Il faut toujours manger quand on peut, en mission.

- D’accord, obéit sagement Sevan, n’ayant pas trop la force de discuter.

Il caresse Eden puis l’embrasse discrètement sur la joue avant de sortir. Dans la cuisine, il grignote ses biscuits bretons en avalant son bol de lait goulument plus le verre de jus d’orange. Oz n’était pas là. Propre, nourri et en sécurité, il se sentait effectivement mieux. Et au côté d’Eden quelques minutes plus tard, il se sentait presque heureux. En sentant sa présence contre lui, Eden se colle contre lui.

- Ça va, sa main ? S’inquiète Sevan.

- C’est très douloureux mais ça va bien guérir avec le temps. La balle l’a traversé, il n’y a aura pas plus de dégâts que le trou mais la peau va se reformer. Ça va le lancer pendant quelques temps.

- Pourquoi vous avez mis autant de temps ?

- Notre hypothèse était juste. Notre homme s’est entouré d’une armée de guerre pour mener son plan à exécution sans être gêné par les parasites. Nous avons été ralentis. Excuse-nous, nous avons failli une nouvelle fois.

Sevan garde le silence. Cette séance où ils sont réunis tous les trois. Personne ne parle, chacun se berce par sa présence. Une fois soigné, c’est au tour d’Eden de se laver et de se sustenter. Jack les incite fortement à se reposer.

- Je vous réveillerai s’il se passe quoi que ce soit. Mais nous avons des choses à mettre en place.

Sevan s’enroule sous la couette. En se retournant, il voit Jack et Eden se serrer dans les bras. Ce spectacle l’émut autant qu’il l’attriste. Il ne s’autorise même pas à penser à sa mère. Quand il a voulu retrouver Cédric, il est mort ; la dernière fois qu’il a eu des nouvelles de son père, il était en prison. Et sa mère ?

Eden a le sourire aux lèvres quand il se tourne vers Sevan mais ils s’embrassent rapidement. Sevan parcourt habilement le corps de son amant avec la paume de sa main. Il le caresse tendrement pour retrouver un peu d’amour et d’émotion dans toute cette violence puis dépose des baisers partout, le creux de son bras, sa gorge, son torse et l’intérieur de ses cuisses. Eden le rappelle à lui, ils s’embrassent à nouveau.

- Comment tu te sens ?

- On discutera après. Je veux juste profiter de tes bras. Tu m’as manqué.

- Toi aussi. Je t’aime, Sevan. Quoiqu’il puisse se passer.

Sevan le regarde intensément pour s’imprégner de ses paroles avant de lui rendre ses sentiments.

- Moi aussi. Je suis vraiment heureux d’être avec toi et j’espère qu’on pourra grandir ensemble.

- Embrasse-moi, sourit Eden.

Sevan attrape ses lèvres et danse avec sa langue, retrouvant avec plaisir un corps qui ne lui avait que trop manqué. Il reprend ses caresses et ses baisers. Il parcourt tout le corps d’Eden avec passion et tendresse à la fois. Sa peau était délicieuse et son corps le réclamait.

Il descendit jusqu’à son nombril qu’il mordilla puis plus bas encore où il prit son sexe en bouche. Il a l’impression de revenir à la vie en goûtant sa semence et pour Eden, c’est plus fort encore. Il l’englobe de tout son long en remontant jusqu’à la pointe, jusqu’au gland. Il mordille la peau à son maximum et lèche les parois comme une glace qui pétille dans bouche. Il alterne parfois avec des caresses ou en saisissant ses bourses à pleine mains tandis qu’il attrape son sexe avec ses dents. Eden est tiraillé par toutes ces sensations différentes et attrape les cheveux de son amant pour le faire aller plus loin. Sevan accélère enfin ses va-et-vient tout en mordant sur son gland et avale sa semence quand Eden jouit. Il l’embrasse en la lui faisant goûter. Il prépare ensuite sa cavité en pénétrant un doigt alors qu’il reprend son sexe avec ses dents. Il le laisse s’habituer ensuite avec deux doigts puis humidifie sa cavité avec sa langue. Sentir la pointe de sa langue excite Eden qui veut aller plus loin. Sevan laisse son sexe se promener contre sa cavité, contre ses cuisses avant de le diriger enfin sur sa cavité.

Il le pénètre lentement en le caressant le long de son torse. Eden lui prend la main et la pose avec autorité sur son sexe que Sevan travaille à nouveau tout en l’excitant sur ses tétons. Eden bascule son bassin pour qu’il aille plus loin et Sevan augmente la cadence. Les bassins claquent, c’est un bruit dont il ne se souvenait presque plus. En feu, le cœur haletant, il battait la chamade, mais cette fois, c’était du pur plaisir. Sevan poussa encore plus loin tant que ses muscles le lui permettaient, s’appuyant lourdement sur le matelas pour s’enfoncer encore. Le bassin irradié de désir, il ferme les yeux en savourant cette intensité, ce moment de plaisir incarné avant que ça ne retombe.

Les deux garçons jouissent ensemble, la semence de Sevan s’écoule sur le torse de son cadet. Ils s’effondrent essoufflés, Eden prend un mouchoir pour s’essuyer avant d’embrasser son compagnon passionnément. Ce soir, ils n’iront pas plus loin, ils sont épuisés mais Sevan a l’impression de retrouver Eden. Ses mots résonnent dans son cœur comme une promesse dans l’avenir et il serre fortement son amant avant de s’endormir, comblé, en espérant que ce moment dure à jamais.

Le Chasseur {Chapitre 37}